Il est très regrettable que le catalogue des
nouvelles acquisitions de peinture du Musée du Louvre n’ait pas été
accompagné, comme d’habitude, d’une exposition. Si les œuvres, pour la
plupart, sont exposées dans les salles, leur rassemblement aurait permis de
mieux évaluer le pertinence de tel ou tel achat, et la cohérence globale de la
politique d’acquisition.
Passons sur deux chefs-d’œuvre dont
l’acquisition était nécessaire. Nous voulons bien sûr parler du David, le Portrait
de Juliette de Villeneuve (ill.) et du Poussin, la Vision de Sainte Françoise
Romaine. Ces deux tableaux
font honneur au Louvre. L'esquisse du Déluge
de Girodet trouve également tout naturellement sa place dans
les salles (une confrontation avec le grand tableau serait d'ailleurs bienvenue,
au moins temporairement).
Le Portrait du Comte de Pourtalès, de Paul Delaroche, le Portrait
d'homme d'Eustache Le Sueur ou le Couronnement de la Vierge de Vitale
da Bologna font également partie de ces tableaux que l'on pourrait croire destinés
de toute éternité à intégrer les collections du musée. Deux raretés, le
paysage de Charles Cuisin et un Alfred de Dreux (Fidélité, ill. ci-dessous) inhabituel
pour l'artiste et romantique à souhait, sont également de très bons achats.
Confirmée par Jean-Pierre Cuzin dans sa préface, la
politique d’acquisition du Louvre peut se résumer en deux
axes : acquérir
les trésors nationaux, à savoir les grands chefs-d'œuvre d’artistes majeurs et
combler les lacunes des collections, le Louvre ayant, pour la peinture, une
vocation universelle.
Cette politique est cohérente. Encore faut-il l’appliquer avec
discernement. Est-il nécessaire d'acquérir à tout prix des
artistes absents des collections avec des œuvres de second plan ? Nous ne le
pensons pas. Cela nuit aux peintres plus encore qu’au musée, surtout
lorsqu'il s'agit de maîtres secondaires qui devraient être représentés par des
pièces majeures, ou pas du tout. A cet égard, certains achats, mais aussi
certaines donations sont très décevants : le legs Stuart de Clèves aurait été
parfait sans doute pour un petit musée de Province (et encore !). Mais il n’avait pas sa
place au Louvre. Les paysages anonymes de cette collection sont de pauvres petites choses qui
passeraient bien inaperçues dans une vente courante de l’hôtel Drouot et les
deux natures mortes attribuées à l'école de l'Est de la France sont fort laides.
Bilcoq, pour ne citer que
lui, ne sort pas grandi de son entrée au Louvre.
Ces achats sont souvent dus au mécénat éclairé de la Compagnie de
Saint-Gobain, qui aide aussi le musée à acquérir des esquisses baroques
germaniques. Ces peintures sont extrêmement rares en France et dans les grands
musées européens hors d’Allemagne et d’Autriche, malgré leur brio et
leurs éclatantes qualités. On souhaiterait que ce mécénat puisse s’étendre
également à la Bohème-Moravie, et que le Louvre puisse demain présenter des
toiles de Karel Skreta ou de Josef Stern.
Au final, la moisson paraît inégale. A
celle-ci doit cependant s'ajouter l'importante donation Lemme, qui avait déjà fait
l'objet d'un catalogue. Ne serait-il pas raisonnable, face à des crédits raréfiés,
d'acheter moins d’œuvres, plus importantes ?
Le catalogue lui-même manque grandement de cohérence. Certains tableaux
sont étudiés complètement, alors que d’autre n’ont droit qu'à une petite
notice. La palme revient à la Crucifixion du Maître de Giovanni Barile,
panneau pourtant remarquable et sur laquelle il y aurait beaucoup à dire. La
notice peut être ici reprise intégralement : « Le tableau est
actuellement en cours de restauration ». On n'en saura pas plus1.
Enfin, ce catalogue, avec toutes ses imperfections, est
proposé à un prix prohibitif : Soit 200 % d’augmentation par rapport à
celui d’il y a quinze ans. Manifestement, les prix des éditions de la RMN
sont indexés sur ceux des œuvres qu’elles commentent.
Didier
Rykner
(mis en ligne le 7 avril 2003)
Sous la direction de Jean-Pierre Cuzin, conservateur général, chargé des Peintures et la collaboration de Sébastien Allard, conservateur au département des Peintures, Nouvelles acquisitions du département des Peintures (1996 - 2001), Edition de la Réunion des Musées Nationaux, Paris, 2002. 69 €.
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