Entre christianisme et mysticisme, Jean-Baptiste Frénet
se rapproche par bien des points de son ami Louis Janmot. Tous deux lyonnais,
tous deux pénétrés du sentiment d’être incompris de leurs contemporains,
d’ailleurs non sans raisons, ils sont l’auteur d’une œuvre inégale, mais
dont les réussites devraient leur valoir une place dans l'histoire de l'art
religieux du XIXe siècle. Janmot est, depuis les travaux d’Elisabeth
Hardouin-Fugier, largement réhabilité. Frénet attend encore au purgatoire. Le
livre de Michel Régnier, espérons-le, contribuera à l’en faire sortir.
Elève d’Ingres, il est, comme lui, adepte des déformations
anatomiques. Il pousse d'ailleurs celles-ci jusqu'à la
caricature, comme en témoignent les bourreaux de
l'extravagant Martyre de Sainte Agathe (collection privée, ill., détail).
Ce tableau fut exposé au Salon de Lyon de 1842-1843 comme La Vertu en terre,
et la Vertu aux prises avec les passion des hommes. Ce titre, accompagné
d'un long texte où Frénet tente d'expliquer la symbolique - le terme est de
lui - du tableau, témoigne de la volonté de l'artiste de dépasser l'anecdote
pour atteindre à l'allégorie. Cette prétention sera mal comprise par la
critique : "Si Messieurs les peintres mystiques prennent l'habitude de nous
octroyer ainsi leurs élucubrations littéraires, le livret, en prenant la
dimension d'un in-4°, finira par être aussi incompréhensible que leurs
tableaux..." écrira l'un d'eux.
Parmi
les nombreuses œuvre
inédites révélées par l'ouvrage, on notera également un Songe de Jacob de
1840, dont Alexandre Laemlein dans son tableau éponyme du musée de Grenoble a
pu s'inspirer, ou la gravure représentant Le Triomphe de la Force sur la
terre. Le Christ délivrant l'Innocence enchaînée, version hallucinée du
Christ consolateur d'Ary Scheffer. Inédit encore,
et d'une grande force plastique, le groupe sculpté du Martyre de
Sainte Agathe (collection privée, ill.) qui reprend une partie du tableau déjà cité et qui
rappelle curieusement l'expressionnisme des œuvres des sculpteurs émiliens du
XVIe siècle tels Guido Mazzoni.
Si l'on ajoute que Frénet peignit également des paysages fantasmatiques qui n’ont pas beaucoup d’équivalents dans la peintures de l’époque et fut photographe, on constatera que l'artiste fut assurément un des protagonistes important et mal connu de l'école mystique lyonnaise.
L’ouvrage de Michel Régnier est bien illustré et très agréable à lire. Il
apporte de nombreux renseignements biographiques et une analyse pertinente de
l’œuvre, soulignant notamment les attaches maçonniques de Frénet, visibles
dans plusieurs de ses toiles, et les ambitions politiques de l'artiste qui fut
maire de Charly où il décora l'église. Regrettons cependant l'absence d’index et la non
numérotation des photos qui en rendent la consultation difficile. Encore plus gênante
est l’absence de notes. Les références des nombreuses lettres citées ainsi que les sources sur
lesquelles s’appuient l'auteur échapperont en grande partie aux historiens qui
viendront à sa suite.
Didier
Rykner
(mis en ligne le 7 avril 2003)
Michel
Régnier, Jean-Baptiste Frénet, 1814 -
1889. Peintre, photographe et homme politique lyonnais, préfacé par Pierre
Rosenberg, de l'Académie Française
Nouveautés
en ligne | Index | Plan
du site |
Qu'est-ce
que La Tribune de l'Art ?
| Ecrivez-nous
©La
Tribune de l'Art