Philippe de Champaigne

  Remarquablement illustré. Voilà malheureusement l'un des trop rares compliments que l’on pourra faire à l’ouvrage de Lorenzo Pericolo sur Philippe de Champaigne. Il s’agit en effet d’un livre décevant, tant sur la forme que sur le fond.  

  Sur la forme d’abord. Les photos ne sont pas numérotées, le texte lui-même ne précise pas si les œuvres étudiées sont ou non reproduites et il n'y a ni index, ni table des illustrations. Cela ne contribue pas à faciliter la lecture. Il est également fort regrettable que les nouvelles attributions ne soient pas signalées dans les légendes. La mention « Ici attribué à Philippe de Champaigne » permettrait d’éviter à un lecteur pressé, qui aura, pour les raisons expliquées plus haut, le plus grand mal à trouver le texte se rapportant à l'image, d’imaginer que toutes les compositions du Luxembourg, pour ne citer qu’elles, sont sans doute aucun de notre peintre. 
  Sur le fond, ensuite. L'évolution d’un artiste, quel qu’il soit, est rarement continue et linéaire. Cela nous paraît d'autant plus vrai pour Philippe de Champaigne. Quand Lorenzo Pericolo reconstitue, en l'absence de documents, la chronologie des tableaux, il emploie des arguments stylistiques aussi approximatifs que péremptoires. Pour ne prendre qu'un exemple, il date la Vierge et l'enfant de l'Alte Pinakothek de Münich (reproduit p.108) de 1640-42 ce qui est : « [prouvé] en premier lieu [par] le visage de la Mère, très semblable à celui de l'Annonciation de Montrésor ». La « preuve » est peu convaincante, car on aurait pu comparer, avec autant de pertinence, le visage de la Vierge à celui de l'Annonciation de Caen, qu'il date de 1630, ou du Vœu de Louis XIII (également à Caen), de 1638. Ces ressemblances prouvent seulement que les trois tableaux sont de Philippe de Champaigne...

  Dans sa revue de l’ouvrage parue dans L’estampille-L’objet d’art en janvier 2003, José Gonçalves a rapporté quelques unes des multiples erreurs faites par l’auteur. Nous nous garderons d’intervenir plus avant dans ce débat. On s’interrogera en revanche sur les raisons qui lui font refuser, d’une phrase, l’autographie de certaines œuvres, quand d’autres ont droit à des analyses aussi élaborées qu’alambiquées pour se voir rejetées du catalogue de l’artiste. Les peintures de l'église de Pont-sur-Seine (Aube), récemment publiées dans la Revue de l'Art et l'Adoration des Mages, du Mans sont notamment refusées sans qu'aucune argument ne soit même avancé.
  Lorenzo Pericolo s’interroge peu, sauf peut-être sur les dernières années de l'artiste. Il se montre très sûr de lui, là où la modestie, ou simplement la prudence, voudrait que l’on suggère et que l’on ouvre des pistes. On a cependant Philippe de Champaigne - Portrait des prévôts.JPG (166839 octets) quelque réticence à faire confiance à un auteur qui voit, par exemple, dans le portrait du Prévôt des marchands et des échevins (Louvre), les clés de la ville en bas du crucifix, lorsqu’il s’agit simplement des tibias habituellement utilisés comme représentation symbolique de la sépulture d’Adam, répétant ainsi, sans vérification ni esprit critique, une erreur commise par Louis Marin. Gonçalves le signale, et il suffit de bien observer l’image ou de se rendre au Louvre pour constater que ces clés n’existent que dans l’imagination de l’auteur.
  Le décor du Luxembourg est longuement étudié. Pour une fois, on ne retiendra pas l'argumentation de Gonçalves, qui, se basant sur la date de l'emménagement de Marie de Médicis début 1625, affirme que cela implique nécessairement que les peintures sont déjà en place, et ne peuvent donc être de Champaigne. C'est oublier qu'au XVIIe siècle, les souverains pouvaient fort bien s'installer dans des bâtiments en chantier. Ce qui est en revanche réellement invraisemblable, c'est d'imaginer que la quasi-intégralité des œuvres conservées sont de notre peintre. Parmi les attributions effectuées par Lorenzo Pericolo, reconnaissons cependant que Le Triomphe de Neptune, ou les trois Génies, présentent des affinités troublantes avec l'art de Champaigne et pourraient bien être de lui. Ces hypothèses ouvrent, en tout cas, un débat qui pourrait s'avérer fructueux.

  Cet ouvrage représente une occasion manquée. Car Philippe de Champaigne, et cela est confirmé par la richesse et la qualité des illustrations, est bien l’un des meilleurs représentants de l’atticisme parisien. On aurait aimé, d’ailleurs, qu’une mise en parallèle de Champaigne et des autres représentants de ce courant distingue ce qui les rapproche ou ce qui les sépare. Aucune mise en perspective du peintre dans l’art de son temps n’est même esquissée, en dehors de comparaisons avec Poussin et Lebrun. Espérons que cet artiste majeur verra un jour la grande exposition qu’il mérite ou, au moins, une monographie plus convaincante, qui reste à écrire (le catalogue de Dorival, épuisé, a fortement vieilli).  

Didier Rykner
(mis en ligne le 7 avril 2003)

Lorenzo Pericolo. Philippe de Champaigne, collection Références, éditions La Renaissance du Livre, Tournai, 2002. 74,50 €.
(www.larenaissancedulivre.com)

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