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Notre réaction à la réponse de Monsieur Jacques Philippon
Il est exact que je n'ai pas contacté les services mis en cause pour m'informer des modalités de cette destruction, car ce qui m'a paru le plus important ici est le résultat, c'est-à-dire la destruction effective du château, alors qu'il est évident qu'il aurait mérité une protection qui, au vu des photos, aurait dû probablement être le classement, et non l'inscription.
Je reconnais cependant que les démarches faites par Monsieur Philippon, qu'il décrit en détail, prouvent qu'il a effectivement tenté de sauver le château, et que le terme de complicité est certainement faux. Internet permettant cette manipulation, je supprime bien volontiers la phrase incriminée.
Il reste que cette affaire montre que la protection du patrimoine en France est, et de loin, très insuffisante, et que c'est bien l'Etat ici, à défaut de ses services, qui est à mettre en cause. D'abord parce qu'on comprend mal comment un château de cette qualité peut rester sans aucune protection, même si les propriétaires n'ont rien demandé. La loi sur le classement précise que celui-ci peut être demandé par « le propriétaire, l'affectataire, un tiers intéressé (collectivité locale, association…), le préfet de département ou de région, l'administration centrale ou régionale du ministère chargé de la Culture ». Donc, la DRAC pouvait parfaitement demander son classement.
Il existait une manière légale de sauver ce bâtiment lorsque la DRAC a été informée de sa prochaine destruction : lancer une instance de classement, ce qui ne nécessitait pas l'accord du propriétaire et permettait de protéger pendant un an l'édifice à titre conservatoire. Affirmer que cette instance ne serait pas pertinente « considérant l’état déjà extrêmement délabré des bâtiments et la disparition totale des lambris, des boiseries et même des dalles des sols », c'est accepter d'être mis devant le fait accompli. Au contraire, cette destruction des décors aurait dû inciter à mettre en œuvre toutes les possibilités pour contrecarrer les projets du propriétaire. Un classement d'office était alors tout à fait envisageable, comme la loi le permet. Informer le propriétaire de la procédure à venir, sans avoir aucun moyen de l'empêcher de mener à bien son funeste projet, semble bien insuffisant comme en témoigne le résultat final.
Qui est responsable du code de l'urbanisme, sinon l'Etat ? Qu'on puisse détruire un château, même non inscrit ou classé, sans permis de démolir et sans avis de l'architecte des bâtiments de France, sous prétexte qu'il est situé dans une commune de moins de 10.000 habitants et qu'il n'est pas situé dans un périmètre de protection, prouve que la loi est insuffisante et notre patrimoine bien mal défendu. Cela devrait en tout cas susciter un débat auquel j'invite tous les acteurs du patrimoine et tous les lecteurs de La Tribune de l'Art à participer.
Pour conclure, Monsieur Philippon souligne que je mets en cause « une fois de plus » les services de l'Etat. Il est vrai que le département du Nord a été assez souvent l'objet d'articles polémiques de La Tribune de l'Art. Mais que faire d'autre, lorsqu'un château du XVIIIe siècle est détruit, lorsque les œuvres d'art - dont un tableau déposé par l'Etat - d'un hôpital sont menacées de vente (voir article du 13/6/05) ou quand le chœur d'une église et son retable baroque demeurent en ruine depuis la guerre sans que la restauration nécessaire soit jamais entreprise (voir article du 4/2/04). Dans ces deux derniers cas, d'ailleurs, j'avais contacté Monsieur Philippon et fait part de ses réactions. Il est évident que, dans le contexte actuel, le travail des conservateurs régionaux des monuments historiques ne doit pas être simple et que certains peuvent se sentir offensés par des articles mettant le doigt sur des affaires pour lesquels beaucoup tentent d'agir, parfois sans grands moyens. Il n'est pas dans mon intention de blesser qui que ce soit. Mais ce sujet est trop important pour qu'on se contente de constater les dégâts.
Didier Rykner
(mis en ligne le 22 novembre 2006)
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