La maquette de Giovanni Battista Gaulli, dit il Baciccio, à l'hôtel Boyer de Fonscolombe d'Aix-en-Provence
Le dernier numéro de la Revue de l'Art1 nous a fait découvrir, sous la plume de Marie-Christine Gloton, la maquette2 inédite de Giovanni-Battista Gaulli pour le décor (non réalisé) de la coupole de l'atrium du baptistère de Saint-Pierre-de-Rome (voir rubrique Nouvelle Brève à la date du 29 août 2003). Nous renvoyons à cet article pour ce qui concerne l'historique et l'importance de ce modello, qualifié par Dieter Graf, le spécialiste de l'artiste, d'œuvre « incomparable ».
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1. Giovanni Battista Gaulli,
dit il Baciccio |
2. Giovanni Battista Gaulli,
dit il Baciccio |
Nous souhaitons revenir ici sur la situation dramatique dans laquelle se
trouve ce chef-d'œuvre et sur les conditions de sa renaissance. Nous remercions
Mme Gloton qui nous a procuré les photos en couleur qui illustrent cet article
ainsi que l'essentiel des informations qu'il contient, et qui a accepté de
publier ici même (voir plus bas) un bref historique
de l'hôtel ainsi qu'un texte précisant les bouleversements subis par le second
étage.
Notons que ni le Directeur Régional des Affaires Culturelles de
Provence-Côte-d'Azur (Jérôme Bouet), ni le Président de l'Université
Aix-Marseille III (Jacques Bourdon) n'ont encore répondu à nos courriers,
envoyés par mail le 31 août 2003, qui leur demandaient de préciser leur
position sur les mesures à prendre pour la sauvegarde de la maquette. Nous ne
manquerons pas de vous les faire connaître si nous les recevons.
Le devis de conservation préventive, établi le 27 décembre
2002, précise : "A l'heure actuelle, cette minuscule
pièce est percée de quatre portes. Elle sert de vestibule à trois bureaux et
est ouverte sur le grand escalier, ce qui n'assure plus à ce précieux et
unique modello ni sa bonne conservation ni sa sécurité. En effet, il
semble que cette œuvre conservée en un lieu fermé pendant plus de 200 ans,
n'ait pas subi trop de dommages. Mais en l'état actuel, l'état de conservation
de cette coupolette pourrait très vite se dégrader vu son emplacement mal
adapté."
Si l'on en croit ce rapport, qui date déjà de presque un an,
l'une des causes principale des menaces qui pèsent sur la coupole est
l'ouverture des portes sur la pièce qui la conserve. L'hôtel étant entièrement
classé Monument Historique depuis le 29 décembre 1989, on est en droit de se
poser la question suivante : ces travaux de percement de porte ont-ils été
autorisés par le service des Monuments Historiques. Si non, on attend que la
DRAC intervienne en urgence, que des sanctions soient prises et que l'état
antérieur soit rétabli. Si oui, on peut légitimement s'étonner qu'une telle
autorisation ait pu être donnée.
En réalité, il semble bien que les travaux ont été effectués
de manière illicite. En 1993 déjà, lors de l'installation au premier étage
de l'immeuble de l'Institut d'Etudes Européennes, la galerie XVIIe-XVIIIe
siècle avait été fractionnée, sans autorisation, par une cloison toujours en
place en septembre 2003 !
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3. Giovanni Battista Gaulli,
dit il Baciccio |
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3. Giovanni Battista Gaulli,
dit il Baciccio |
Plus qu'une conservation sur place, ne faut-il pas
plutôt envisager un dépôt de la coupole dans un lieu approprié ?
Celle-ci en effet, toujours le devis de restauration préventive, devrait être protégée
dans un "endroit qui assurerait sa sécurité, mais surtout sa bonne
conservation (hygrométrie, lumière et pollution contrôlée)."
La position des Monuments Historiques semble être de privilégier
la conservation sur place. Principe certes respectable et que l'on doit mettre
en œuvre le plus souvent possible. Mais il y va ici de sa survie même,
menacée à court terme. Ce modèle enfin, s'il fait partie de l'histoire de
l'hôtel était avant tout un élément de la collection Boyer de Fonscolombe,
et celle-ci est dispersée depuis la fin du XVIIIe siècle.
Avant qu'une solution de bon sens ne prévale, il est indispensable
que les portes percées récemment soient condamnées, et que l'accès aux
bureaux soit rétabli comme avant leur percement, dans l'enfilade de
l'appartement ancien, ce qui protègerait l'œuvre et ne coûterait qu'un peu de
gêne. Dans un premier temps, voilà l'engagement minimal que l'on attend du
président de l'Université.
Didier
Rykner
(mis en ligne le 15 septembre 2003)
Chronologie sommaire de l'hôtel Boyer de Fonscolombe (établie par M.C. Gloton)
Hôtel datant à l'origine du XVIe siècle, reconstruit au XVIIe siècle par Charles de Grimaldi-Régusse (vers 1654-1655)
Début XVIIIe siècle, vendu au marquis de Forbin La Barben
Premiers remaniements (grand escalier datant de 1733)
Revendu en 1743 aux Boyer de Fonscolombe.
Nouveaux remaniements : façade (classée MH le 18/4/1944), décors du premier
étage et aménagements du 2e étage (inscrit à l'Inventaire Supplémentaire
des MH le 25/3/1929)
XIXe siècle : passe par héritage à la famille de Saporta.
Après 1923 : Vendu aux de Vitrolles.
1950 : Acquis par l'Etat et affecté au Ministère de l'Education Nationale
en 1955.
Le premier étage est affecté au service d'Orientation professionnelle puis à
l'Institut d'Art (U1) de 1965 à 1993.
Le second étage à l'Institut de Sciences Pénales et de Criminologie (U3)
jusqu'en 2001
1989 : L'hôtel est classé Monument Historique dans sa totalité le 29 décembre 1989
1993 : L'Institut d'Etudes Européennes remplace l'Institut d'Art. Des travaux ont été réalisés sans autorisation du
Ministère de la Culture. En septembre 2003, la cloison qui a fractionné
arbitrairement le décor de la galerie XVII-XVIII° et dont la démolition avait
été demandée en 1994 est toujours en place.
A la suite
de travaux réalisés par l’Ispec
au 2° étage, après 1994 ? et avant 1996, (avec ou sans
autorisation ?) l’ancien petit oratoire privé couronné par le modello,
est devenu, au sommet du grand escalier, un vestibule-couloir pour trois
bureaux3.
2002 : Le second étage est occupé par les bureaux et les salles de cours de l'Institut Universitaire Professionnalisé de Management Public (rattaché à l'Institut d'Etudes Politiques).
Note complémentaire sur le second étage (par M.C. Gloton)
Le désordre des espaces, qui semble évident aux historiens qui
ont "vécu" dans cet hôtel (au temps de l'Institut d'Art) peut
surprendre de nouveaux visiteurs. Un bref et schématique historique aide à
remettre, virtuellemnet du moins, les choses en place.
En 1757, Jean-Baptiste Foyer de Fonscolombe procède à de larges
remaniements du vieil hôtel des Grimaldi-Régusse. Il fait mettre au goût du
jour le décor des salles du premier étage. A l'exception des deux chambres sur
cour dont il conserve le décor XVIIe et qu'il réunit en galerie.
Il aménage et fait décorer de stucs raffinés les chambres en
enfilade sur rue du second étage. Ces chambres de maîtres au second étage
correspondaient sans doute au besoin de gagner en hauteur un espace limité au
sol par les contraintes mitoyennes anciennes de ce vieux et prestigieux
quartier. Ces pièces sont aménagées au-dessus des demi-étages des salles en
façade au premier. D'où leur accès surélevé qui ne manque pas de
surprendre. Pour accéder à ces chambres, un immense escalier se déploie
jusqu'au second étage (l'ample volume de la cage dépasse de manière
surprenante le toit de l'hôtel).
Une nouvelle façade est construite, probablement plus haute que
l'ancienne. De la même hauteur exactement que celle de l'hôtel voisin (Maynier
d'Oppède), construite la même année 17574.
L'accès à l'enfilade en façade du second étage se faisait par
le sud, en fond de palier. Tout au bout de l'enfilade, à côté de l'alcôve de
la dernière chambre, avait été aménagé - avant ou après l'acquisition du
modello par Jean-Baptiste Boyer de Fonscolombe ? - un petit oratoire fermé.
A une date qui reste à déterminer, avant ou après 1950 (date de
la vente à l'Etat), le seond étage a été bouleversé (voir la partie sud).
On a conservé les trois chambres décorées de stucs sur la rue mais
l'installation de locaux publics (bureaux des Contributions puis Université)
ont rendu nécessaire le percement d'une issue de secours sur le grand escalier,
au nord de l'enfilade des pièces, avec construction d'un petit escalier pour
accéder au palier en contrebas. La porte en bois relativement ancienne (XVIIIe
ou XIXe siècle ?) a été, probablement, récupérée dans le bouleversement
des cloisons et des ouvertures, côté sud du second étage, à ce même moment.
Durant les années où
nous avons fréquenté quotidiennement le 1° étage de l’hôtel (jusqu’en
1993), l’accès aux bureaux du 2° étage (dévolu jusqu’en 2001 à l’Institut
de Criminologie) continuait de se faire par l’enfilade des portes côté rue.
Et la porte sur l’escalier était normalement fermée. Jusqu’aux travaux réalisés
par l’ISPEC entre 1994 ? et 19965.
Depuis et jusqu’à ce mois de septembre 2003, cette porte se trouvait
ouverte en permanence pour donner accès aux trois bureaux en façade. Au détriment
du précieux modello
Marie-Christine
Gloton
(mis en ligne le 15 septembre 2003)
Notes :
1. Juin
2003, 140/2003-2.
2. Peint sur une armature de
bois recouvert d'un fin enduit de plâtre blanc, diamètre : 135 cm x 107 cm,
hauteur : 65 cm.
3. Jean-Jacques Gloton, Quelques hôtels aixois
bâtis en 1757, Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art Français,
année 1976, p. 189-200.
4. Ces précisions ont été mises en ligne le 25
octobre 2003, suite à des informations précisant la chronologie des travaux.
L'actuel occupant (l'Institut niversitaire Professionnalisé de Management
Public) n'est pas responsable de la transformation de l'oratoire en vestibule.
5. Les deux derniers paragraphes ont été modifiés
le 25 octobre 2003, pour la raison expliquée par la note 4.
Dernière nouvelle (mise en ligne le 25 octobre 2003) : La situation semble se débloquer de manière heureuse : voir Nouvelle brève du 25/10/03.
La coupole a été déposée en juillet 2004 (voir Nouvelle brève du 17/7/04)
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