
28/1/05
- Acquisition
-
Madrid, musée de Prado - Prêté en 2004 à
l’exposition Isabelle la Catholique à
Valladolid, la Crucifixion1 de Juan de Flandes a été pendant ces deux dernières
années au cœur d’importantes tractations concernant sa valeur financière.
Ses propriétaires souhaitaient la céder pour 12 millions d’euros à l’état
espagnol ou obtenir une autorisation de sortie du territoire. Personne n’a
contesté sa qualité, ni son importance patrimoniale, mais les responsables du
musée du Prado se sont interrogés sur l’opportunité d’acquérir ce chef
d’œuvre à ce prix, et l’ont finalement obtenu ces derniers jours pour 7
millions d’euros, payés par dation2.
Dans
les dernières années du XVe siècle, Juan de Flandes travailla au service de
la reine Isabelle pour laquelle il exécuta plusieurs polyptyques dans une manière
qui évoque Gérard David et Hugo Van der Goes, mais tenant compte des nouveautés
de la perspective italienne. A la mort son mécène en 1504, le peintre partit
pour Salamanque. En 1509, l’évêque Juan Rodriguez de Fonseca lui commanda
une série de douze grandes compositions
destinées à compléter le retable majeur de la Cathédrale de Palencia,
commencé deux ans plus tôt par les sculpteurs Felipe Vigarny et Juan de
Valmaseda. La plupart des panneaux sont encore en place, mais dès le milieu du
XVIe siècle, le Calvaire fut remplacé par un autre tableau3
et déplacé au dessus de la porte de la salle capitulaire de la Cathédrale,
comme cela est établi par divers inventaires, et ce jusqu’en 1923. L’œuvre
fut vendue par la mairie en 1944 au ministre José Manuel Arburúa, puis sa
veuve et ensuite ses filles en ont héritée. Si le Palais Royal de Madrid
conserve quinze petits compartiments du retable portatif de la reine de Castille4, le Prado ne possédait de l’artiste flamand que quatre peintures
provenant du maître-autel de l’église San Lázaro à Palencia, acquises en 1952,
aucune de l'importance de cette Crucifixion5.
1.
Huile sur panneau. 122 x 169 cm.
2.
En Espagne le terme « dacion » est plus large qu’en France et ne
signifie pas obligatoirement que les propriétaires du tableau soient
personnellement les bénéficiaires de la déduction fiscale. Le terme
s’applique surtout à des entreprises payant une œuvre pour le compte d’un
musée et défiscalisant ainsi la somme versée.
3.
Une
représentation de Saint Antolin.
4.
Quatre autres panneaux de cet ensemble sont à la National Gallery de
Washington et un autre, la Résurrection du Christ, est entré récemment
dans les collection du musée Soumaya de Mexico.
5. Si on reconnaît les protagonistes habituels de la
Crucifixion au premier plan, on peut identifier le personnage au pied de la
croix derrière le centurion, comme l'infant Don Juan.
Nous ne disposons pas, pour l'instant, de photo de plus grande dimension.
Documentation et site consulté : www.abc.es.
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