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Une marine de Turner pour le Musée de Houston

Joseph Mallord William Turner - Sheerness as see from the Nore - Houston, Museum of Fine Arts
Joseph Mallord William Turner, RA
Sheerness as see from the Nore, 1808

Huile sur toile - 104,5 x 149,5 cm
Houston, Museum of Fine Arts
© Houston Museum of Fine Arts

30/9/05 – Acquisition - Houston - Museum of Fine Arts - L'année dernière, ce musée avait acquis un Portrait de femme de Rembrandt (voir la brève du 22/6/04). Son directeur Peter Marzio, souhaiterait compléter la représentation du XIXe siècle, et notamment celle du paysage, genre majeur dans l’évolution de la peinture à cette époque. En 2002, son choix s’était porté sur un très grand format de Gustave Courbet, le Coup de vent. Cet été, il a annoncé l’achat de Sheerness as seen from the Nore1, une des grandes marines de Turner encore en main privée. Exposée en 1808 par l’artiste, alors âgé de 33 ans, dans sa propre galerie2, cette toile date de la fin de sa première période et marque une étape importante dans ses recherches sur ce thème qui l’ont occupé tout au long de sa vie. Dans la première décade du XIXe siècle, Turner invente le genre de la marine anglaise, certes appuyée sur les exemples de Jacob van Ruisdael et Willem van de Velde, mais illuminée à la manière de Claude avec une technique largement brossée comme dans les portraits de Gainsborough et Reynolds. La vue est prise depuis un bateau dans l’estuaire de la Tamise, au confluent de la Medway. Un navire marchand et des embarcations de pêche se croisent sur une mer déchaînée ; au loin, on aperçoit le village de Sheerness sur fond de soleil levant. Le tableau est suivi dans de nombreuses expositions (notamment à la Royal Academy) et chez différents propriétaires au cours des deux derniers siècles. Entre 1890 et 1991, il appartenait à la famille Lloyd, avant de passer dans une collection japonaise, puis chez le marchand Richard Green qui l’a cédé au musée pour une somme d'environ 7 millions de dollars (les Turner de jeunesse valent beaucoup moins que les œuvres datées après 1820).

   Depuis quelques années, le musée de Houston dispose de considérables actifs financiers qui lui permettent de rivaliser sur le marché d’art international avec le Getty ou le Kimbell de Forth Worth. Les musées américains possèdent d’importants capitaux placés dont les intérêts servent au fonctionnement et aux acquisitions. Houston se place désormais en sixième position parmi les institutions nord-américaines, grâce notamment à Caroline Wiess Law qui a donné 450 millions de dollars cette année et en a promis 350 supplémentaires. En règle générale, les musées du Texas comptent parmi les plus gros acheteurs actuels, profitant de la générosité des industriels du pétrole. Ces fonds vont à l’achat d’antiquités classiques, d’art asiatique et surtout d'œuvres du XXe siècle ou contemporaines. A Houston, par exemple l’achat cette année de Cicada, un important Jasper Johns de 1979, a coûté 7,5 millions de dollars, et son étude préparatoire à l’aquarelle, 1,5 million (les années précédentes, la collection s’était enrichie d’œuvres telles que la Composition abstraite tubulaire de Joaquin Torres-Garcia ou Deux femmes à la fenêtre de Picasso, mais aussi d’Anselm Kieffer ou de James Turrel).

Michel de Piles

1. M Butlin et E Joll, L'opera completa di Turner1793-1829, tome 1, Milan, Rizzoli,1982, n° 139, p 91.
M Butlin et E Joll, The Paintings of JMW Turner, deuxième édition, New Haven 1984, p.58, no.76, planche couleur 86.
2. Il semble que Turner l’a légèrement modifiée et complétée après cette exposition.

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