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Trésors nationaux et appels à mécénat  

29/08/05 - Patrimoine - France, trésors nationaux - Plusieurs œuvres se sont vu récemment refuser leur certificat d'exportation, tandis que d'autres ont fait l'objet d'un appel au mécénat. Tous ces objets sont donc en attente d'entreprises pour les acheter et les donner à un musée, ce qui leur permettra de déduire 90% de la somme
directement de leurs impôts1.

Refus de certificat

- L'ensemble du mobilier, actuellement conservé au château d'Haroué, et provenant de la commande de Louis XVIII pour l'ameublement du château de Saint-Ouen, offert en 1822 à sa maîtresse Mme du Cayla (Journal Officiel du 12 août 2005). Il comprend six tableaux du baron Gérard (quatre toiles représentant les Saisons, le Portrait de Louis XVIII et le Portrait de Mme du Cayla), trois lustres et une torchère de Pierre Philippe Thomire, un important ensemble de mobilier par Pierre-Antoine et Louis Bellangé et un buste de la Comtesse de Cayla par Jean-Baptiste Pigalle.

- Le buste de Melchior de Polignac par Antoine Coysevox (1640-1720) (J.O. du 18 mai 2005). Selon la commission consultative des trésors nationaux : « ce buste monumental, exécuté à la fin de sa carrière sous la Régence, constitue, par son rendu du mouvement et ses effets de matière, une des œuvres les plus remarquables de cet artiste, tout à fait caractéristique de la virtuosité de son travail du marbre [...] ce très beau buste, qui représente, pour l'époque, un des rares exemples de portrait non royal de cette ampleur réalisé du vivant de son commanditaire, apparaît comme le dernier signé de Coysevox à être encore détenu en mains privées sur le territoire national. »

- Une collection de 26 affiches de Toulouse-Lautrec, dont certaines pièces uniques et dans un excellent état de conservation (J.O. du 10 mars 2005). La commission souligne que : « ce lot réunit des pièces absolument uniques, demeurées dans un état de conservation remarquable ; qu'en effet il se compose notamment d'épreuves d'essais de couleurs, généralement vouées à la destruction, qui représentent des témoins exceptionnels du processus créatif de l'artiste et de son travail à l'imprimerie ; qu'il présente également des épreuves d'état avec des remarques, types de documents d'une grande rareté en raison de leur tirage réduit ; que cet ensemble extrêmement précieux permet de retracer les étapes de la genèse d'œuvres très célèbres, telles Ambassadeurs [sic], Aristide Bruant dans son cabaret ou Le Divan japonais. »

- Edmond de Goncourt, La Fille Elisa, édition originale illustrée de onze aquarelles et cinq dessins d'Henri de Toulouse-Lautrec, Paris, G. Charpentier, 1877 (J.O. du 10 mars 2005). Toulouse-Lautrece a très peu illustré de livres, c'est pourquoi cet ensemble de dessins préparatoires, datant probablement de 1896, sont d'un intérêt considérable. Ce projet inabouti a été soutenu par Maurice Joyant qui conserva le volume.

Appel à mécénat

- Une partie de l'ensemble décoratif peint par Pierre-Paul Prud'hon pour l'ancien Hôtel de Lannoy (J.O. du 17 août 2005). Ce décor est le plus important peint par Prud'hon, entre 1798 et 1801. Il réalisa lui-même celui du Salon de la Richesse, et délégua la réalisation d'une frise représentant Les Saisons, dans une autre pièce, à un peintre-décorateur du nom de Dubois, sur ses dessins2. Les sept panneaux provenant du Salon de la Richesse faisant partie de cet ensemble ont été exposés (à New York uniquement - ils appartiennent à une collection américaine) dans la rétrospective Prud'hon au Grand-Palais en 1998). Ce sont : Les Arts, La Richesse, La Philosophie, Les Plaisirs, Midi, L'Après-midi et Le Soir3. La frise des Saisons, presque intégralement conservée, comporte onze panneaux : quatre représentant Le Printemps, deux L'Eté, quatre L'Automne et un L'Hiver. Le prix demandé est de 3.500.000 €. Le Louvre conserve déjà vingt panneaux pour cet ensemble acquis en trois fois, en 1983, 1988 et 19924.

- Une Nymphe en marbre de Claude Poirier (1656-1729) (J.O. du 16 avril 2005). Cette sculpture où la déesse se présente couchée, fut exécutée entre 1704 et 1711 pour les jardins de Marly d'après un modèle en plom aujourd'hui perdu5. Elle fut achetée à la fin du XIXe siècle par le Marquis de Ganay et est conservée depuis cette date dans le parc du château de Courances. A l'origine, cette statue avait pour pendant une Amphitrite. Le prix demandé est de 1.250.000 €.

   Si les lois sur le mécénat et les trésors nationaux, qui permettent maintenant de retenir en France ou même d'acquérir à l'étranger des œuvres majeures qui autrefois auraient probablement été hors de portée de nos musées, remarquons tout de même que certains tableaux très importants sont récemment sortis de France sans avoir été retenus. Ainsi, il est dommage que le grand Canaletto : Vue du Grand Canal du Palazzo Balbi au pont du Rialto vendu à Londres par Sotheby's et provenant d'une collection française (comme l'a indiqué Le Figaro du 22 juillet 2005) soit sorti du pays, surtout lorsque l'on connaît la relative pauvreté des musées français en œuvres de cet artiste6. L'exportation du Francesco Salviati (voir brève précédente), n'est pas moins regrettable.

1. Nous ne traitons ici que les objets d'art entrant dans le champ chronologique de La Tribune de l'Art.
2. Ces éléments sont tirés du catalogue Prud'hon par Sylvain Laveissière qui traite largement de ce décor, p. 136-149.
3.
Numéros 92 à 98 du catalogue.
4.
Voir les catalogues des Nouvelles acquisitions du département des peintures, 1983-1986 (p. 133-137), 1987-1990 (p. 119-120) et 1991-1995 (p. 189-191). Le département des arts graphiques conserve plusieurs cartons et dessins préparatoires.
N.B. Ces panneaux ont finalement été acquis par le Louvre (voir brève du 23 avril 2006).
5. Voir François Souchal, French sculptors of the 17th and 18th centuries : the Reign of Louis XIV, vol. III, M-Z, Oxford, 1987, p. 144-145.

6. Contrairement à ce que nous avions écrit dans un premier temps, cependant, ce tableau ne pouvait pas être classé Trésor National, car il était entré en France dans les années 60, soit il y a moins de 50 ans. Notons, pour rester dans la Venise du XVIIIe siècle, qu'un tableau de Francesco Guardi a été acquis récemment par le Getty, en provenance du musée de Toulouse - voir brève du 19/7/05).

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