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Deux nouveaux portraits pour le Louvre
17/7/05 - Acquisitions - Paris, Musée du Louvre - Les ventes de tableaux et de dessins anciens qui ont eu lieu à Londres la semaine dernière ont obtenu des résultats stupéfiants et des records absolus ont été établis pour les pièces de haute qualité (peintures de Canaletto et de Guardi de la collection Champalimaud, rare étude d’Andrea del Sarto, dessins attribués à Giorgone ou à Van der Goes...).
1. Maurice Quentin de la Tour
Autoportrait en rieur
Pastel - 59 x 49 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo Christie's Londres |
Dans la vente Christie's du 5 juillet, le Louvre a pu acheter, grâce à une importante participation de la Société des Amis du Louvre, un magistral Autoportrait en rieur de Maurice Quentin de la Tour (ill. 1)1, appelé aussi Autoportrait à l’index, ou à l'œil-de-bœuf. Agréé depuis seulement trois mois, La Tour l’exposa au Salon de 1737 sous le titre « L’auteur qui rit ». Il l’aurait gardé pour lui, puis offert en 1776 à un de ses amis, Jacques Neilson, entrepreneur et directeur des teintures à la manufacture Royale de tapisseries des Gobelins. Considéré jusqu’à présent comme perdu, ce pastel était connu par une multitude de copies et par la gravure de Georg Friedrich Schmidt de 17422 et celle de Petit de 1747. Parmi les nombreuses images qu'il a donné de ses propres traits à divers âges de sa vie, celle-ci reste la plus célèbre. D’après la légende de la gravure, il l'exécuta à la suite d'une plaisanterie qu’il avait faite à son ami l’abbé Jean-Jacques Huber, lors de la venue de ce dernier à son atelier. En fait, La Tour avait une forte personnalité et une excentricité qui le conduira à la démence à la fin de sa vie. Il se comparait lui-même à Diogène, le philosophe vertueux, ironique et « cynique ». Au-delà d’une interprétation poussée de la théorie des expressions, cette représentation en « rieur » est liée à la pensée du XVIIIe siècle et des lumières, époque qui ne prête pas à l’analyse psychologique d’un Rembrandt ou d’un Courbet. La Tour échappe ici à son image de bel homme arrivé en exprimant sa malice et son esprit. A la fin du XVIIIe siècle, après les publications de Lavater sur la physionomie (1775), cette introspection anti-classique aboutira aux têtes grimaçantes de Messerschmidt3, de Lequeu ou de Goya. Joseph Ducreux (1735-1802), élève de La Tour, donnera une version exacerbée du tableau de son maître à travers ses divers Autoportraits en moqueur qui montre du doigt (Salon de 1793 ; Musée du Louvre; autres versions à Versailles, château, et Cholet, Musée d'Art et d'Histoire).
Le département des arts graphique conserve une belle série d’œuvres de Maurice Quentin de La Tour dont déjà deux autoportraits : l’un très différent, où le modèle plus âgé est assis à une table, vêtu d’une robe de chambre bleue, et une très petite ébauche non finie de la face seule. D’autres autoportraits de jeunesse sont célèbres (Amiens, Musée de Picardie, et Saint-Quentin, Musée Antoine Lecuyer, l’effigie coiffée d’un chapeau clabaud, reproduite sur l’ancien billet de 50 francs de 1988).
2. Ecole française, début du XIXe siècle
Portrait du père Fuzelier
Huile sur toile - 97 x 70 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo Osenat Fontainebleau |
Deux jours auparavant, en vente publique à Fontainebleau, le département des peintures achetait par préemption un Portrait du père Fuzelier (ill. 2)4, doyen des treize premiers gardiens du musée Napoléon, futur Louvre. Chargé de la sécurité, du nettoyage et de l’installation des salles, il porte l’uniforme de la maison impériale. Dans le passé, ce tableau était attribué de façon générique à J-L David, mais il revient plus vraisemblablement à l’un de ses élèves, comme Henri Riesener ou Jean-Baptiste Mauzaisse (à qui l’on doit le portrait du restaurateur du musée, Mariano Giosi fils - Paris, Musée du Louvre-).
Michel de Piles
1. Londres, Christie’s, Old Master and 19th Century Drawings, lot 162, pour 657 600 £, en gros 1 million d'euros, soit le prix le plus élevé en vente publique pour une œuvre de cet artiste.
2. Exposée au Salon de 1743. Voir Xavier Salmon, Le voleur d’âmes, Maurice Quentin de La Tour, catalogue de l'exposition à Versailles, Musée national du château et de Trianon, 2004, p. 49. Parmi les versions de bonne qualité, cet auteur reconnaît comme authentique celle du Musée de Genève. Une autre a été vendue comme autographe à Paris, Sotheby's, le 25 juin 2003, lot 29, pour 114 000 euros. Ces deux répliques diffèrent du premier original par l’absence de deux détails réalistes, la lèvre gercée et une verrue sur la pommette, une excroissance que La Tour a mise en évidence ou occultée dans ses autoportraits successifs, suivant son humeur.
3. Voir brève du 27/1/05.
4. Fontainebleau, étude Osenat, vente du dimanche 3 juillet 2005, pour 112 043 euros.
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