
4/9/04
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Décentralisation - Paris, Louvre
- En 1999, La Liberté guidant le peuple, d'Eugène Delacroix,
était transportée au Japon pour y être exposée. Événement médiatique et
médiatisé, cette mascarade n'avait qu'un but diplomatique et publicitaire.
Pourtant (et ce sont deux conservateurs du musée du Louvre dont le chef du
département des peintures qui l'écrivent1)
cette œuvre est « réellement fragile ». Nombreux étaient ceux
qui, à l'époque, s'étaient inquiétés d'une telle utilisation, sans aucun
intérêt scientifique, d'un tableau aussi important.
Cinq ans après, le musée du Louvre récidive. Cette fois, c'est
en France, à Strasbourg, que l'œuvre « réellement fragile » est
déplacée. Sans plus de justification qu'une décentralisation dévoyée.
On imagine les risques inutiles qu'on lui fait courir, on
aimerait aussi connaître le coût de cet événement. Relisons les
conservateurs, à propos du séjour au pays du soleil levant :
« Transportée comme une reine dans un avion affrété spécialement pour
elle, à bord duquel elle voyagea seule, emballée dans plusieurs caisses et
containers en raison de sa réelle fragilité2[...]. »
Notons que nos deux auteurs n'y sont pour rien : la mauvaise action a été décidée par
Jean-Jacques Aillagon (encore lui !) qui a imposé ce déplacement en Alsace3.
Aillagon est parti, la Liberté partira quand même. Unique consolation :
elle seule reviendra.
Ô Liberté ! que de crimes on commet en ton nom !
1. Arlette Sérullaz (conservateur
général du Patrimoine au département des Arts graphiques, directrice du musée Eugène
Delacroix) et Vincent Pomarède (conservateur en chef du Patrimoine, chargé du
département des Peintures) dans leur petit livre : Eugène Delacroix, La
Liberté guidant le peuple, Editions de la Réunion des Musées Nationaux,
Paris, 2004, p. 58.
2. C'est nous qui soulignons. Le tableau mesure 2,60
m sur 3,25 m.
3. Nous pensons tout de même que la direction du
Louvre aurait dû s'opposer avec un peu
plus de force à ce projet Il y a quelques années, les conservateurs du
musée de la Reine Sofia à Madrid s'étaient opposés à leur Premier Ministre,
à leur Roi, ainsi qu'à François Mitterrand et à Jack Lang, pour empêcher le
transport de Guernica à Beaubourg pour une exposition sur L'Art
et la Politique. Ils avaient obtenu gain de cause, une tapisserie d'après l'œuvre
de Picasso ayant remplacé le tableau.
Sur cette affaire, voir aussi notre Editorial du 22 juin 2003.
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