
28/10/04
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Acquisition - Paris, Musée d'Orsay - Proposée
par Sotheby’s New York le 26 octobre
dernier,
La Réception du Grand Condé à Versailles1 peinte par Jean-Léon
Gérôme, a été emportée par le Musée d’Orsay pour 1 296 000 $
(soit 1 036 800 €, frais compris). Reproduite dans les dictionnaires Larousse
et dans les manuels scolaires sous la Troisième République, parangon de l’idée
qu’on se fait de la Cour du Roi Soleil, l’image est célèbre jusqu’à
avoir inspiré Sacha Guitry pour son film « Si
Versailles m’était conté ».
Il s’agit d’un des derniers avatars de la peinture d’Histoire, un tableau
troubadour démesurément agrandi, où l’anecdote se mêle à la tradition
monumentale, dans la filiation du Sacre
de David ou de certains épisodes historiques d’Ingres et de Delaroche. La
perfection technique, la composition vue par en-dessous, basée sur l’X de
l’escalier, la reconstitution minutieuse pourraient paraître surannées et
froides, si l’œil n’était énervé par le chatoiement répétitif des
drapeaux verticaux, si la science de Gérôme ne dramatisait la scène par
l’alternance de la foule, groupée et serrée, et de vides éloquents2,
mettant en valeur l'emphase et la pompe de l'évènement.
Gérôme
avait peint ce tableau dans l'espoir que le duc d’Aumale l’achète pour son
musée de Chantilly, alors en cours d’aménagement, ce qui explique le sujet
lié au Grand Condé, ancien propriétaire du château (bien que pardonné par
Louis XIV depuis 1659 d’avoir mené la Fronde des princes, le grand Condé ne
fut admis à la Cour qu’en 1674, à la suite à sa victoire sur Guillaume d’Orange
à Seneffe). Mais le peintre n’avait pu refuser l’offre de 23 000 $
faite par le collectionneur new-yorkais William H. Vanderbilt en 18783.
Plus récemment la toile a appartenu à Edmond Safra et ensuite à sa banque,
HSBC.
Longtemps affublé du terme péjoratif de « pompier », un
terme général qui couvre des styles non avant-gardistes très divers, Gérôme
a été réhabilité depuis longtemps par le marché d’art, avec des prix très
élevés, et par plusieurs monographies et expositions4.
Depuis sa création, le musée d’Orsay renforce régulièrement la représentativité
de ce peintre dans ses salles autour du Combat
de coqs qu'il tient du Musée du Luxembourg (acquisitions de l’esquisse
pour l’Intérieur grec en 1981 et de
celle de la Nuit en 1984, du Consumatum
est5 en 1995, retour de dépôt du Siècle
d’Auguste, mise en valeur des sculptures de l’artiste). Il y manque
cependant toujours cruellement une toile orientaliste qui constitue le meilleur
de l’œuvre de Gérôme et transcende le genre.
1.
Huile sur toile. 96,5 x 139,7 cm.
2. Sûrement peut-on aussi penser à l'influence de
certains tableaux hollandais de confrérie hollandais ou des Lances de
Vélasquez.
3. Il plaça l'œuvre dans sa bibliothèque
personnelle et non dans sa galerie-musée de la Ve Avenue.
4. Gerald M. Ackerman, La vie et l'oeuvre de
Jean-Léon Gérôme, ACR édition, 1986, pois 1992, 1997 et 2000. Hélène
Lafond-Couturier, Gérôme, Herscher, 1998 et 2000.
5. Appelé aussi Jérusalem ou Le Golgotha.
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