
14/11/04
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Musée - Los Angeles, Getty
Museum - La démission forcée de la directrice du Getty Museum, Deborah
Gribbon, le 19 octobre dernier a révélé une crise profonde de cette
institution qui s'était déjà traduite par de nombreux départs. Le conflit
s'est cristallisé entre Deborah Gribbon, qui était au musée depuis une
vingtaine d'années et le dirigeait depuis quatre ans, et Barry Munitz le chief
executive du Getty Trust, passage obligé pour obtenir le soutien des
membres du Board qui contrôlent les cordons de la bourse. Contrairement
à l'habitude, le conflit est devenu public, Deborah Gribbon s'étant largement
exprimée dans la presse, ce que le Los Angeles Times (21/10/04) a
comparé, pour le monde de l'art, à une dispute publique entre Colin Powell et
Dick Cheney. Le Getty Trust est composé de quatre institutions, réunies en
1997 au Getty Center : le musée, le Getty Grant Program, le Getty
Research Institute et le Getty Conservation Institute. Munitz ne
s'intéresserait pas suffisamment au musée, pourtant le cœur du Getty.
Selon le Los Angeles Times, Munitz, qui n'a pas de passé
dans les musées ni en histoire de l'art, aurait fait échoué l'acquisitions de
« chefs-d'œuvre » tels que La jeune femme assise au Virginal (voir
brève du 2/4/04)1
ou Le Massacre des Innocents2 de
Rubens. L'argument n'est peut-être pas le meilleur, car le Vermeer, pour ne
prendre que cet exemple, n'avait pour lui que d'être le seul sur le marché, et
n'est pas réellement un chef-d'œuvre. Le Getty, qui souhaiterait présenter
une collection universelle reflétant l'histoire de la peinture depuis les
origines, est confronté à la raréfaction des grands chefs-d'œuvre, ce qui
l'amène parfois à acquérir à grand frais des noms, plus que des tableaux
réellement importants. Les fonds du Getty étant quasiment inépuisables, les
autres musées avaient pu craindre un temps que celui-ci épuise le marché en
achetant au plus haut toutes les œuvres majeures passant en vente. Cette
crainte s'est révélée vaine, le Getty dépensant beaucoup d'argent sur ses
autres institutions, et les objets conservés en Europe pouvant souvent être
retenus grâce aux législations de protection du patrimoine (ce fut le cas,
récemment, du Raphaël que l'Angleterre a finalement réussi à acquérir, face
au Getty - voir brève du 14/2/04).
Vu du point de vue des musées européens, il n'est pas sûr que ce
conflit soit une mauvaise nouvelle : en réduisant les moyens du Getty Museum et
en paralysant ses initiatives, il favorisera la conservation de certains
tableaux importants en Europe.
1. Le tableau aurait été acquis
par un collectionneur privé qui serait Steve Wynn, le milliardaire de Las Vegas,
qui expose ses tableaux dans les casinos.
2. Acheté par Lord Thomson chez Sotheby's en 2002
pour 49,5 millions de livres, le Rubens est actuellement en prêt à la National
Gallery de Londres.
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