
7/3/04
– Politique
culturelle
– France
–
Le 4 mars, l'Assemblée Nationale a terminé l'examen du projet de loi relatif
aux Responsabilités locales, c'est-à-dire portant sur la décentralisation et
qui comporte plusieurs dispositions relatives au patrimoine. Cette loi doit
être votée le 7 avril 2004.
Bien évidemment, comme nous le pensions (voir Editorial
du 17/11/03), il n'est pas question dans la loi de la suggestion astucieuse
et justifiée de la Commission Rémond de donner à l'Etat la propriété des
Monuments Historiques majeurs appartenant aujourd'hui à des collectivités
territoriales. Le rapporteur avait souligné qu'il conviendrait que le
Gouvernement mène une réflexion à ce sujet, vœu pieu qui n'apparaît même
pas dans la loi.
La décentralisation de l'Inventaire a été actée. Nous verrons
à terme l'effet de cette disposition. Il est à peu près certain que si
certaines régions mèneront de manière satisfaisante cet inventaire - sans
doute même plus rapidement que l'Etat - il faut craindre que d'autres ne s'en
désintéressent totalement ou presque. On peut également se poser la question,
à terme, de son financement. Regrettons enfin que l'Inventaire ne soit jamais
rapproché de son nécessaire corollaire : la sauvegarde.
L'expérimentation confiant pendant quatre
ans la gestion aux régions ou, à défaut, aux départements volontaires, des
crédits budgétaires donnés par l'Etat pour l'entretien et la restauration des
monuments historiques a été votée. Disposition éminemment dangereuse qui
enlève aux DRAC la possibilité de programmer les interventions sur des
monuments menacés. Qu'adviendra-t-il aux monuments, même protégés, qu'un
département ou qu'une région négligera ou refusera d'entretenir pour des
raisons politiciennes locales ? La lecture du rapport sur ce projet de loi est
d'ailleurs extrêmement instructive. On y voit ainsi que le Sénat préconisait
que, pour cette expérimentation, la possibilité de consultation des
associations de défense du patrimoine soit supprimée. On ne saurait être plus
clair sur les intentions évidentes qui se cachent derrière cette volonté. Le
texte adopté précise en définitive que la convention passée entre l'Etat et
la région « peut fixer les modalités de consultation des associations de
défense du patrimoine [...] ». On ne saurait être moins contraignant.
Enfin, et c'est la seule bonne nouvelle de ce
texte de loi, l'amendement Fauchon (voir notre Editorial
du 2/12/03) a été heureusement repoussé. Nous avions déjà souligné
ici-même l'absurdité de ce texte et des débats qui avaient abouti à son
adoption par le Sénat. Le rapporteur de l'Assemblée en a découvert une autre
qui nous avait échappée. En effet, pour étayer son argumentation (obliger le
Louvre, par la loi, à effectuer des dépôts en province), l'auteur de
l'amendement prenait comme exemple Van Gogh, Cézanne et Gauguin, qui relèvent
évidemment du Musée d'Orsay et non du Louvre...
Cette loi va consacrer un peu plus encore le démantèlement des responsabilités de l'Etat vis-à-vis des Monuments Historiques. Il conviendra que les associations de défense, et tous les amoureux du Patrimoine soient encore plus vigilants qu'auparavant.
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