2/6/04 Marché de l'art Paris, Hôtel Drouot   Le retrait de la vente du 3 juin, à l'Hôtel Drouot (Eve, SVV), du tableau donné à Chardin et très médiatisé ces dernières semaines, Le singe antiquaire, n'est pas une surprise pour ceux qui avaient pu le voir exposé aux Temps Forts de Drouot Montaigne. Celui-ci est en effet de très faible qualité et, à en croire le catalogue, sa « technique et [sa] touche [...] sont inhabituelles dans l'œuvre de Chardin » ce dont on ne voit pas en quoi cela pourrait constituer un critère d'authenticité.
   La presse, qui fait ses choux-gras de ce retrait, écrit que le tableau avait été catalogué dans Tout l'œuvre peint par Pierre Rosenberg sous le n° 95a (sous-entendu : celui-ci s'est trompé). Or, ce numéro correspond à la gravure d'un tableau perdu depuis le XVIIIe siècle, pendant du Singe peintre du Louvre par Chardin, et en aucune façon à la toile présentée à la vente. Dans le catalogue de l'exposition Chardin1, Pierre Rosenberg faisait le point sur les différentes versions du Singe peintre et du Singe antiquaire. Il exposait les pendants du Musée des Beaux-Arts de Chartres (28,5 x 23,5) qui ne posent manifestement pas de problème. Il acceptait l'attribution du Singe peintre du Louvre et écartait le nom de Chardin d"une autre version du Singe antiquaire (également au Louvre), de provenance, de style et de dimensions différentes. Il est d'ailleurs intéressant de noter que le tableau de Drouot mesure 76 x 64 cm, alors que le Singe peintre du Louvre ne mesure que 73 x 59,5 cm. Il est donc assez probable que le tableau retiré n'est pas le pendant du Singe peintre du Louvre, et que cela ne saurait être un argument pour déclasser ce dernier2. Notons enfin que Pierre Rosenberg signale, parmi « les versions très médiocres » connues du Singe antiquaire, celle vendue à Paris le 8 juillet 1942 qui n'est autre que le tableau qui vient d'être retiré de la vente.
   Il est tout de même étonnant que la bibliographie3 de la notice du catalogue de la vente du 3 juin donne ces références à Tout l'œuvre peint et au catalogue de l'exposition du Grand-Palais sans précisions, laissant entendre à tort que Pierre Rosenberg cautionne ainsi l'attribution. Selon Vincent Noce, dans Libération du 29 mai 2004, c'est d'ailleurs ce dernier qui, se manifestant auprès de la SVV Eve, aurait entraîné le retrait du tableau.

1. Nous avons consulté celui de 1979.
2. L'authenticité du tableau du Louvre a été discutée. Pour renforcer la thèse de la paternité de Chardin, le catalogue de la vente affirme que ces deux tableaux sont comparables dans leur technique et leur touche.
3. Celle-ci ne précise pas si le tableau est, ou n'est pas, présent dans le catalogue Wildenstein, qui fait pourtant référence sur le marché international.

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