
28/6/04
– Patrimoine
– France,
Trésor national –
Les amateurs de sculpture qui visitaient l'exposition chez Sotheby's Paris
précédant la vente du 23 juin ont sans doute été frappé par le magnifique Monument
funéraire de Charles de Fresnoy1,
remarquablement conservé et « attribué à l'entourage de Michel
Bourdin ». Il paraissait difficile de croire qu'une telle œuvre puisse
être autorisée à sortir de France. Le catalogue ne mentionnait pourtant
aucune interdiction d'exportation.
Fort heureusement, sauf sans doute pour son propriétaire car il
n'a finalement pas été vendu, le monument a fait l'objet, un peu tardivement,
d'un classement comme trésor national. Les raisons données par la commission
résument parfaitement l'importance de cette sculpture : « Considérant
que l'œuvre pour laquelle le certificat d'exportation est demandé constitue un
remarquable ensemble funéraire du début du XVIIe siècle, dédié à un fidèle
serviteur de la monarchie française, Charles de Fresnoy, noble originaire de
Picardie ; que ce tombeau est dans un parfait état de conservation et, ce qui
est encore plus rare, complet ; qu'il est, en outre, représentatif d'un type de
monument, très répandu à l'époque, mais souvent démembré durant la
tourmente révolutionnaire et existant désormais seulement en petit nombre en
France ; que, érigé par la veuve à la mémoire du défunt, il a probablement
été commandé à un atelier parisien et pourrait résulter de la collaboration
de deux sculpteurs de renom, Michel Bourdin, père et fils ; que l'emplacement
initial du monument a été retrouvé dans l'église de Neuilly-en-Thelle,
proche de Senlis ; qu'en raison de son intégrité préservée et de sa grande
qualité d'exécution il apparaît essentiel de maintenir sur le territoire cet
ensemble funéraire comme un témoin précieux de l'art statuaire français ».
Il faut espérer qu'elle puisse un jour entrer au musée du Louvre2.
Deux autres œuvres ont été classées trésors nationaux : un
tableau de Toulouse-Lautrec, Au lit, le baiser3
et un fragment du cloître de Saint-Guilhem-le-Désert, une figure de femme
voilée, placée sous un arc de petites architectures, représentant peut-être
une Vertu ou une Vierge Folle. Rappelons qu'une grande partie de ce cloître est
aujourd'hui exposé au Cloisters, à New York.
1. Hauteur du priant : 142 cm, largeur
: 75 cm, profondeur : 53 cm.
2. A moins qu'il ne soit possible de la replacer à
son emplacement initial, dans l'église de Neuilly-en-Thelle.
3. Peinture à l'essence sur carton, 1892. Ce sujet
est déjà représenté par deux variantes au Musée d'Orsay et au Musée
Toulouse-Lautrec à Albi. Il s'agit probablement du tableau de la collection
Maurice Rheims, qui n'avait pas été interdit de sortie lors de sa
présentation chez Christie's il y a quelques années. Outre son sujet sulfureux
difficile à exposer dans un musée américain, sa matière picturale (il s'agit
d'une pochade) est assez pauvre.
P.S. Ce tombeau a finalement été acquis par le musée départemental de l'Oise à Beauvais (voir brève du 9/12/04)
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