
23/1/04 – Acquisition – Montpellier, Musée Fabre – Le musée de Montpellier possède depuis sa création un petit panneau représentant La Dormition de la Vierge (ill. 2), trouvé à Florence par Fabre, qui l’a donné comme Giotto, attribution générique sous laquelle on classait au début du XIXe siècle la plupart des fonds d’or italiens du XIVe siècle. A l’exposition de 19651, où le nom de Giovanni Baronzio (avant 1363) était suggéré, le tableau était considéré comme une œuvre importante de l’école de Rimini, fortement influencée par la révolution picturale giottesque. Depuis, les spécialistes hésitent entre une paternité à Pietro da Rimini (actif vers 1420-1450), rénovateur puissant et tragique de cette école, soit à Giovanni Baronzio son élève au style plus doux2. Hier, un autre compartiment du même petit retable portatif passait en vente à New York chez Sotheby's (ill. 1) et a été adjugé au Musée Fabre, qui réunira ainsi côte à côte les deux pendants, pour 160 000 $, un prix raisonnable3 si on prend en compte la qualité exceptionnelle de l’œuvre, son bon état4, et sa rareté.
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1. Pietro da Rimini ou
Giovanni Baronzio |
2. Pietro da Rimini ou
Giovanni Baronzio |
Trois épisodes sont représentés : la Nativité au centre, l’Annonce au
bergers avec les anges et les pasteurs, et au niveau inférieur la Sainte
famille avec à nouveau la Vierge et l’enfant qui reçoit un cadeau d’une
vieille femme. Si la Vierge, habillée de noir et couchée sur un tapis, est un
élément traditionnel des icônes, la modernité de l’œuvre est visible dans
la perspective du toit de la crèche où dort Jésus, ou dans le saint Joseph
pensif dont les drapés sont mis en volume comme sur les représentations du
même personnage dans les fresque de Giotto ou de ses élèves (Taddeo Gaddi à
Santa Croce à Florence, ou Bernardo Daddi). La qualité poétique des jeux de
courbes et de contre-courbes, la saveur plébéienne du groupe en bas à droite
et des bergers sont remarquables5.
1. De Giotto à Bellini : les primitifs italiens dans les
musées de France, Paris, Musée de l’Orangerie, mai-juillet 1965,
catalogue rédigé par Michel Laclotte, n°41, page 27.
2. Voir la catalogue de l’exposition Il Trecento riminese : maestri e
botteghe tra Romagna e Marche, Rimini, Museo della Città, 20 août 1995 - 7
janvier 1996, commissaire Daniele Benati. Voir http://utenti.lycos.it/mascagni/300rimin.htm
3. Soit 187 200 $ avec les frais. D’après l’une de nos sources, ce
petit panneau est passé en vente publique sur la Côte d’Azur, il y a plus d’un
an, comme une icône grecque avec une estimation autour de mille euros. Deux
marchands l’ont poussé jusqu’à 88 000 euros et le vainqueur l’a
remis en vente à New York.
4. La fente à droite n’est pas un défaut rédhibitoire pour un panneau peint
il y a 700 ans.
5. On le comparera, par exemple, à un tableau proche, l’Adoration des mages
peinte par un peintre de l’école de Rimini vers 1330, au musée Fesh d’Ajaccio
(n° 39, p. 26 du catalogue cité en note 1).
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