20/2/04 Attributions Caravage   Sir Denis Mahon, spécialiste bien connu de la peinture baroque italienne, vient d'affirmer l'attribution à Caravage de deux tableaux.
   Depuis quelques jours, une polémique faisait rage entre la National Gallery of Ireland et une italienne, Maria Letizia Paoletti, présentée par la presse anglaise comme une « art expert », à propos du caractère authentique de l'Arrestation du Christ (ill. 1) redécouvert et déposé au musée depuis une dizaine d'années. Cette dernière proclamait qu'une toile appartenant à un marchand romain était l'original, et que cela remettait en cause l'authenticité de la version de Dublin. Le musée, par la voix de Sergio Benedetti, affirmait au contraire que l'œuvre romaine, connue depuis longtemps1, était une copie de faible qualité.
   Tous les spécialistes s'accordent sur l'attribution à Caravage du sublime tableau de Dublin. La discussion semblait donc vaine et sans grand intérêt, jusqu'à ce que Denis Mahon affirme que la toile romaine était une première version autographe du tableau de la National Gallery of Ireland2. Le musée a proposé que les deux toiles soient confrontées à l'occasion d'une prochaine exposition à Milan.

Michelangelo Merisi, dit le Caravage - L'arrestation du Christ - Huile sur toile - Dublin, National Gallery of Ireland (dépôt de la Society of Jesus of Ireland) - © D.R.

D'après Michelangelo Merisi, dit le Caravage (ou original ?) - La vocation de saint Pierre et de saint André - Huile sur toile - Londres, Hampton Court - © D.R.

1. Caravage
L'arrestation du Christ, 1602
Dublin, National Gallery of Ireland (dépôt de la Society of Jesus of Ireland)

2. D'après Caravage (ou original ?)
La Vocation de saint Pierre et de saint André
Londres, Hampton Court

   Presque au même moment, Mahon faisait part de sa conviction qu'une Vocation de saint Pierre et saint André (ill. 2) des collections royales anglaises était pleinement autographe : « Il est tout à fait évident qu'il s'agit d'un original. La seule raison de douter de son authenticité était son état effrayant de saleté. Je suis complètement convaincu. C'est clairement un original ». Ce tableau, acquis par Charles Ier en 1637, avait été publié une première fois par Voss en 1925 dans Malerei des Barock in Rom, puis par Longhi et Friedlander comme copie d'un original du Caravage. Récemment, il avait été reconnu comme authentique par Maurizio Marini, spécialiste de l'artiste, connu pour ses attributions généreuses.

   Dans les deux cas, il s'agit donc d'œuvres répertoriées depuis longtemps3 mais considérées comme des copies. Il est bien sûr toujours possible qu'un tel tableau accède au rang d'original, notamment à l'occasion d'un nettoyage4, mais il faudra attendre l'avis d'autres spécialistes de l'artiste afin d'être certain que deux Caravage viennent effectivement de refaire surface.

1. Il avait notamment été publié par Longhi dès 1943 (Ultimi studi sul Caravaggio et la sua cerchia dans Proporzioni 1, 1943, pp. 1-53) et montré en 1951 (n°55 du catalogue) à Milan, Palazzo Real, lors de l'exposition Caravaggio e i carvaggeschi.
2.
Notons que Mahon pense que le tableau de même composition, conservé au Musée d'Odessa en Ukraine, pourrait également être de la main de l'artiste.
3. Leur appartenance au corpus était discuté dans Le Dossier Caravage d'André Berne-Joffroy de 1959.
4.
Il est très fréquent chez Caravage et les caravagesques que plusieurs répliques d'un même tableau soient connues.

Principales sources : www.scotsman.com ; www.bbc.co.uk ; www.repubblicarts.repubblica.it ; www.iol.ie 


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