30/4/04 Découvertes Botticelli Contrairement aux musées anglo-saxons qui accueillent souvent des œuvres de collections privées en dépôt à long terme, ceux du Sud de l’Europe ont été très longtemps réticents à cette pratique. La situation est en train d’évoluer en Espagne1 puisque le Musée du Prado vient d’accrocher dans ses salles, pour un an au moins, le Portrait de Michele Marullo Tarcaniota par Botticelli (ill. 1)2 appartenant aux héritiers Cambó.
   Francisco Cambó est le plus grand collectionneur espagnol d’art ancien du début du XX e siècle. En 1941, il a donné plusieurs tableaux au Prado, constituant un fond de primitifs italiens qui y étaient alors très peu nombreux. Il légua également à Barcelone une prestigieuse collection3.

Sandro Botticelli - Portrait de Michele Marullo Tracaniota - Tempera sur panneau transposé sur toile - 49 x 35 cm - Espagne, collection particulière, en dépôt temporaire au Prado - Photo service de presse du Prado                             Sandro Botticelli - Histoire de Nastagio degli Onesti, quatrième panneau, 1483 - Huile sur panneau - Environ 83 x 140 cm - Florence, collection particulière - © D.R.

1. Sandro Botticelli
Portrait de Michele Marullo Tarcaniota
Espagne, collection Camb
ó
(en dépôt temporaire au Prado)

2. Sandro Botticelli
Histoire de Nastagio degli Onesti, quatrième panneau, 1483
Florence, collection particulière

   Le tableau prêté est l’unique portrait italien peint avant 1500 exposé au Prado. Il représente un grec byzantin, né à Constantinople et contraint de se réfugier en Italie en 1453 à la suite de la conquête turque. Poète, soldat et humaniste, il vécut à Florence et fut admis dans le cercle des Médicis entre 1489 et 1494. Botticelli l’a représenté de trois-quart, le regard pénétrant, dans une mise en page sobre et élégante, les tons noirs de son habit se détachant sur un fond azur. Daté autour de 1490-1491, ce tableau serait réapparu vers 1919, passé de Munich en Russie avant d’être acquis à Londres par Cambó en 1929. Ce dernier avait tenu à le garder avec lui car il se sentait très proche du modèle, lui même ayant été un homme politique, un humaniste, un exilé après la Guerre civile.
  La donation Cambó au Prado comprenait trois panneaux de l'histoire de Nastagio degli Onesti et le quatrième, non localisé depuis de longues années, vient de réapparaî tre à l'occasion de l'expositon actuelle sur Botticelli au Palais Strozzi de Florence (ill. 4)4. On le croyait dans une collection privée américaine, alors qu'il était en réalité conservé dans une collection particulière florentine, racheté dans les années 1960 par Emilio Pucci, le descendant du commanditaire de la série.
   Ces quatre panneaux racontent l’histoire, tirée du Decameron de Boccace, de Nastagio degli Onesti : alors que celui-ci se promène dans les bois, il voit une jeune fille nue et échevelée, poursuivie par deux chiens et un cavalier qui la menace de mort. Comme Nastagio veut s'interposer, le cavalier lui explique qu'il s'appelle Guido degli Anastasi et qu'amoureux de cette femme, il fut repoussé et se suicida de désespoir avec son épée sans que la jeune fille en éprouve le moindre remord. Peu de temps après, elle mourut à son tour. Aux Enfers, ils furent alors condamnés à cette poursuite, qui se termine toujours de la même manière et doit durer autant d'années qu'elle passa de mois à le torturer : Guido tue la femme avec l'estoc, instrument de son suicide, l'éventre et l'éviscère. Presque aussitôt, celle-ci se relève vivante et la poursuite reprend.
   Nastagio, lui-même amoureux d'une femme qui l'ignore, la fille de Paolo Traversari, l'invite avec sa famille à un grand festin sur le lieu même où la scène doit se reproduire. Observant avec horreur les conséquences possibles de sa cruauté envers le jeune homme, la jeune femme accepte de l'épouser. Le quatrième panneau, celui qui vient de réapparaître, représente le banquet de mariage de Nastagio. 


1. Notamment dans les musées d’art moderne et d’art contemporain, les banques et les fondations ibériques ayant acquis
d’importantes collections au cours des deux dernières décennies et n’ayant pas de locaux pour les exposer.
2. Tempera sur panneau transposé sur toile. 49 x 35 cm.
3. Actuellement conservée au Musée d’Art Catalan de Barcelone.
4. Huile sur panneau. Environ 83 x 140 cm.


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