
30/4/04
– Découvertes
– Botticelli
– Contrairement
aux musées anglo-saxons qui accueillent souvent des œuvres de collections
privées en dépôt à long terme, ceux du Sud de l’Europe ont été très
longtemps réticents à cette pratique. La situation est en train d’évoluer
en Espagne1 puisque le Musée du Prado
vient d’accrocher dans ses salles, pour un an au moins, le Portrait de
Michele Marullo Tarcaniota par Botticelli (ill. 1)2
appartenant aux héritiers Cambó.
Francisco Cambó est le plus grand collectionneur espagnol d’art
ancien du début du XX e siècle. En 1941, il a donné plusieurs tableaux au
Prado, constituant un fond de primitifs italiens qui y étaient alors très peu
nombreux. Il légua également à Barcelone une prestigieuse collection3.
Le tableau prêté est l’unique portrait
italien peint avant 1500 exposé au Prado. Il représente un grec byzantin, né
à Constantinople et contraint de se réfugier en Italie en 1453 à la suite de
la conquête turque. Poète, soldat et humaniste, il vécut à Florence et fut
admis dans le cercle des Médicis entre 1489 et 1494. Botticelli l’a représenté
de trois-quart, le regard pénétrant, dans une mise en page sobre et
élégante, les tons noirs de son habit se détachant sur un fond azur. Daté
autour de 1490-1491, ce tableau serait réapparu vers 1919, passé de Munich en
Russie avant d’être acquis à Londres par Cambó en 1929. Ce dernier avait
tenu à le garder avec lui car il se sentait très proche du modèle, lui même
ayant été un homme politique, un humaniste, un exilé après la Guerre civile.
La donation Cambó au Prado comprenait trois panneaux de l'histoire
de Nastagio
degli Onesti et le quatrième, non localisé depuis de longues années, vient de
réapparaî tre à l'occasion de l'expositon actuelle sur Botticelli au Palais
Strozzi de Florence (ill. 4)4. On le croyait dans une
collection privée américaine, alors qu'il était en réalité conservé dans
une collection particulière florentine, racheté dans les années 1960 par
Emilio Pucci, le descendant du commanditaire de la série.
Ces quatre panneaux racontent l’histoire, tirée du Decameron
de Boccace, de Nastagio degli Onesti : alors que celui-ci se promène dans les
bois, il voit une jeune fille nue et échevelée, poursuivie par deux chiens et
un cavalier qui la menace de mort. Comme Nastagio veut s'interposer, le cavalier
lui explique qu'il s'appelle Guido degli Anastasi et qu'amoureux de cette femme,
il fut repoussé et se suicida de désespoir avec son épée sans que la jeune
fille en éprouve le moindre remord. Peu de temps après, elle mourut à son
tour. Aux Enfers, ils furent alors condamnés à cette poursuite, qui se termine
toujours de la même manière et doit durer autant d'années qu'elle passa de
mois à le torturer : Guido tue la femme avec l'estoc, instrument de son
suicide, l'éventre et l'éviscère. Presque aussitôt, celle-ci se relève
vivante et la poursuite reprend.
Nastagio, lui-même amoureux d'une femme qui l'ignore, la fille de
Paolo Traversari, l'invite avec sa famille à un grand festin sur le lieu même
où la scène doit se reproduire. Observant avec horreur les conséquences
possibles de sa cruauté envers le jeune homme, la jeune femme accepte de
l'épouser. Le quatrième panneau, celui qui vient de réapparaître,
représente le banquet de mariage de Nastagio.
1. Notamment dans les musées d’art moderne et d’art
contemporain, les banques et les fondations ibériques ayant acquis
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