
15/4/04
– Acquisition
– Quimper,
Musée des Beaux-Arts –
Le musée des Beaux-Arts de Quimper a acquis très
récemment une céramique1 de Gauguin. A notre demande de
renseignements sur cette acquisition, son conservateur en chef, André Cariou,
que nous remercions, nous a adressé un texte court qui nous semble bien correspondre à l'esprit de
nos Nouvelles Brèves et que nous reproduisons donc intégralement
ci-dessous.
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Paul Gauguin
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« Cette céramique appartient à un ensemble d’œuvres réalisées durant l’hiver 1887-1888. Suivant les conseils de son ami Bracquemond, Gauguin a entrepris de réaliser des céramiques pour diversifier sa création, espérant ainsi trouver de nouveaux débouchés. Il s’est associé avec Ernest Chaplet, l’un des céramistes les plus créatifs de son temps. Les rares pièces qui sont parvenues jusqu’à nous témoignent d’une grande inventivité, tout autant dans les formes que dans les relations entre les parties peintes ou non. Gauguin traite plus le grès en sculpteur qu’en céramiste (dans sa correspondance il parle de « sculpture-céramique » ou de « céramique à sculpter »). Il façonne les personnages et les anses à partir de colombins de terre et les applique sur le corps central de l’objet.
Cette gourde, avec son couvercle, son anse, son anneau et sa courroie de suspension, correspond aux gourdes des pèlerins de Saint-Jacques. Le peintre-sculpteur applique sur le côté de la gourde deux petits Bretons, en costumes traditionnels, qui se tiennent la main. Le garçon ressemble aux nombreux bergers que Gauguin a dessiné sur les hauteurs de Pont-Aven, appuyé à un arbre ou à un talus, la canne à la main. La fillette, portant la coiffe noire du Pouldu, semble assise sur un talus ou au bord d’une rivière, mais sur le point de glisser et son compagnon la retient par la main. De part et d’autres, des oies. Gauguin a souvent représenté dans ses dessins et peintures des jeunes Bretons gardant des oies. Au-dessus du garçon des branches (ou des nuages) sont traitées à la manière japonisante. Le brun mat du grès correspond bien au cuir de la gourde.
La plupart de ces œuvres de Gauguin ont été détruites en raison de leur fragilité, mais aussi en raison de l’incompréhension de la plupart des contemporains. En soi, chaque sculpture-céramique de Gauguin est rare et précieuse. Celle-ci l’est d’autant plus qu’elle est totalement inédite, jamais montrée depuis plus d’un siècle, inconnue de tous les spécialistes de la sculpture de Gauguin. Elle a été acquise vers 1891 par Hippolyte Durand-Tahier (Saint-Nazaire 1863 – Paris 1899). Ce journaliste, écrivain, poète devint le secrétaire de la Société nationale des beaux-arts. Gauguin l’a sans doute rencontré lorsqu’il exposa quatre sculptures au salon de cette association d’artistes en 1891. Durand-Tahier manifestait un goût certain pour la céramique la plus novatrice de son temps, car il possédait de nombreuses pièces dues à Chaplet, Carries ou Delaherche. Il était très lié avec son voisin, le peintre nantais Maxime Maufra, un camarade de lycée (il est membre à Paris, tout comme Maufra, de l’Association des Bretons de Paris). Il est donc également possible que le collectionneur et Gauguin se soient connus par l’intermédiaire de Maufra. Durand-Tahier est mort très jeune en 1899, à l’âge de 36 ans, des suites d’une malencontreuse intervention chirurgicale. L’œuvre de Gauguin, non identifiée en tant que telle, est demeurée dans une caisse jusqu’en 1982, mort de sa fille. A la succession de celle-ci, l’œuvre a pour la première fois été identifiée en tant que Gauguin. Elle demeure depuis, en indivision, chez les petits-enfants d’Hippolyte Durand-Tahier, jamais montrée, jamais reproduite.
Une telle acquisition est particulièrement importante pour le musée des beaux-arts de Quimper qui possède déjà de Gauguin l’Oie, une peinture provenant du décor de la salle à manger de la buvette de Mairie Henry au Pouldu et la Femme aux figues, gravure de 1894. Ces œuvres prennent place dans un riche ensemble consacré à l’Ecole de Pont-Aven, comprenant des œuvres majeures d’Emile Bernard, Paul Sérusier, Henry Moret, Maxime Maufra ou Charles Filiger.André Cariou »
Rappelons qu'un autre musée Breton, celui de Pont-Aven, a acquis l'an dernier une œuvre de Paul Gauguin, un pastel représentant des Têtes de Bretonnes (voir brève du 21/12/03).
1. Gourde décorée de deux petits Bretons et de deux oies, vers 1886-1887. Grès partiellement émaillé, décor modelé, rehauts peints. H. 18,3 ; L. 14 ; P. 7 cm. Signé en creux à la base de l’anse : PGO
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