17/8/04 Patrimoine - France, trésor national - Ce n’est pas un tableau ordinaire auquel le ministre de la Nicolas Poussin - La fuite en Egypte - Huile sur toile - 97 x 133 cm - Collection particulière - Photo © D.R.Culture vient de refuser le certificat d’exportation par décret paru aujourd'hui au Journal Officiel. La Fuite en Egypte de Nicolas Poussin1 a largement défrayé la chronique judiciaire. Rappelons brièvement son histoire.
   Le 2 mars 1986, il fut vendu à Versailles sous une attribution à l'« Atelier de Nicolas Poussin ». Estimé 150.000 F, il fut acquis par les frères Pardo, marchands de tableaux, pour la somme d'1,6 millions de franc. Ceux-ci étaient en effet persuadés que l'œuvre était un original de l'artiste, celui peint pour Sérisier vers 1658 et gravé notamment par Pietro del Po. En 1994, cette œuvre était publiée par Jacques Thuillier comme un tableau authentique. Ceci vint aux oreilles du vendeur qui attaqua alors en justice pour récupérer son bien. Après d'innombrables péripéties juridiques, celui-ci a finalement gagné, et s'est vu restituer le tableau, privant ainsi les Pardo de leur découverte2.
   Souhaitons que cette toile soit acquise non pas pour le Louvre, qui a déjà une collection de Poussin inégalable et inégalée, mais pour un musée de province. Le cartel pourrait alors rendre hommage aux frères Pardo, héros malheureux sacrifiés sur l’autel d’une justice que l’on peut bien ici qualifier d’aveugle.

P.S. Le tableau a été acquis par le Musée des Beaux-Arts de Lyon (voir brève du 18/7/07)

1. Huile sur toile. 97 x 133 cm.
2.
Si l'on ne doit pas commenter une décision de justice, on peut cependant remarquer les points suivants :
- l'achat était fait en vente publique, de manière parfaitement transparente,
- les frères Pardo n'avaient fait que leur métier et avaient pris un grand risque en payant le tableau une telle somme ; s'il n'avait pas été reconnu comme Poussin, il n'aurait pas valu beaucoup plus que son estimation, et il est peu probable (c'est un euphémisme) que le vendeur les aurait remboursés,
- l'expression "Atelier de Nicolas Poussin" n'était pas fausse : Poussin n'était-il pas membre de son atelier ? (un article du Journal des Arts du 27 mars 1998 avait pour titre : Le maître ne serait plus dans l'atelier),
- l'expert et le commissaire-priseur (qui, en l'occurrence, avaient fait leur travail, car à l'époque personne ne pensait le tableau authentique et un autre exemplaire avait été reconnu comme original par Anthony Blunt) ne devraient-ils pas être tenus responsables de ce qu'ils vendent (ils sont assurés pour cela),
- enfin, que serait-il advenu si les Pardo avaient vendu le Poussin à son prix réel, et s'ils avaient dépensé cet argent avant d'être traînés en justice ? Auraient-ils été condamnés, alors qu'ils avaient eu le seul tort de faire leur travail et d'en recueillir le fruit, à rembourser plusieurs millions d'euros ?

  

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