16/8/04 Exposition - Madrid - A moins d’un an de l’ouverture de nouveaux espaces qui vont ajouter, à l’actuel édifice, le couvent des Hiéronymites et une aile conçue par l’architecte Rafael Moneo, le Prado réorganise ses collections et restaure des tableaux restés en réserves depuis des dizaines d’années, faute de place pour les exposer. Une exposition-dossier se penche cet été sur l’un de ses fonds majeurs, l’ancien Musée de la Trinidad1. Dans chaque galerie, des cartels signalent les œuvres provenant de ce musée disparu, tandis que dans la salle centrale2 des grands formats, rarement vus, sont montrés au public, notamment les volets de Juan Bautista Maino pour le Retable des quatre Pâques3, trois scènes de la série de la Chartreuse de Paular de Vicente Carducho4 (ill. 1 à 3), à coté de célèbres Pedro Berruguete, Greco, Francisco Zurbarán, Claudio Coello ou Alonso Cano.

Vicente Carducho - Miracle de Albañil par le 19e génèral de l'ordre, le R.P. Bosson - Huile sur toile - Madrid, Museo del Prado - Photo Michel de Piles

                                           

Vicente Carducho - Mort du vénérable Odon de Navarre - Huile sur toile - Madrid, Museo del Prado - Photo Michel de Piles

1. Vicente Carducho
Miracle de Albañil par le 19e génèral de l'ordre, le R.P. Bosson
Madrid, Museo del Prado

2. Vicente Carducho
Mort du vénérable Odon de Navarre
Madrid, Museo del Prado

   Après les guerres carlistes, la suppression des ordres religieux en Espagne (1835-1837) a mis sur le marché une quantité considérable de tableaux. On connaît le profit qu’ont tiré de cette situation les collectionneurs anglais ou, en France, Soult et Louis-Philippe, pour monter la Galerie espagnole au Louvre. A Madrid même, des centaines d’œuvres furent rassemblées dans le couvent de la Trinidad (près de l’actuelle gare d’Atocha) dans l’idée de créer un musée national retraçant l’histoire de la peinture espagnole. La majeure partie était constituée de toiles religieuses des XVIe et XVIIe siècles provenant essentiellement de couvents du centre de l’Espagne, mais on pouvait aussi y voir quelques tableaux d’autres écoles : La Fontaine de vie de l’entourage des van Eyck ou le chemin de croix de Giandomenico Tiepolo. Il fut aussi ajouté la collection de l’infant don Sebastián Gabriel de Bourbon, séquestrée à cause de son soutient aux carlistes5 et quelques œuvres furent ensuite achetées, notamment des portraits de Goya.

Vicente Carducho - Saint Bruno refuse l'archevêché de Reggio di Calabria - Huile sur toile - Madrid, Museo del Prado - Photo Michel de Piles

3. Vicente Carducho
Saint Bruno refuse l'archevêché de Reggio di Calabria
Madrid, Museo del Prado

   Ouvert pendant neuf jours en 1838, il fut ensuite fermé pour travaux pendant quatre ans. Réouvert en 1842, son existence fut compromise par la décision d’installer un Ministère dans le couvent de la Trinidad. Peu à peu, des voix ont suggéré de joindre cet ensemble à celui du Prado, jusque là consacré exclusivement à la collection royale, au grand dam de ses conservateurs qui manquaient déjà d’espace pour leur propre collection. Un décret du gouvernement en 1872 força l’incorporation, le Prado gardant 200 peintures et les déposant dans diverses institutions et musées de province où elles furent oubliées pour un siècle (650 ont été localisées, plusieurs centaines ont été détruites ou sont encore perdues).

1. Exposition du 20 juillet au 19 septembre 2004. http://museoprado.mcu.es/msite_trinidad/home1.html et pour le catalogue http://museoprado.mcu.es/msite_trinidad/catalogo.html 
2.
La salle 12 où était exposées Les Ménines jusque récemment.
3.
Le Prado a récupéré La Résurrection et La Pentecôte, antérieurement déposés au musée de Vilanova y Geltrú.
4. En 1629, l’artiste florentin reçut la commande de 56 toiles pour décorer le cloître de la chartreuse de Paular, près de Ségovie sur le thème de la vie de saint Bruno ou de chartreux célèbres. Le Louvre possède 6 esquisses pour ce cycle.
5. Celle-ci lui fut rendue en 1859 et dispersée. Ce n’est que très récemment que le musée a pu acquérir certaines œuvres ayant appartenu au Museo de la Trinidad comme par exemple le Saint Bernard et la Vierge de Cano, le Bodegón de Juan Sánchez Cotán ou La Vierge à l’enfant adorée par les rois catholiques de l’école hispano-flamande vers 1480.


  

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