
14/8/04
– Découverte
- France -
Dans le cadre du « tableau du mois », le Louvre expose une toile
dont l'auteur a
été identifié dans des conditions amusantes et fortuites.
Il s'agit d'un autoportrait, acquis en avril 1925 comme Watteau pour la
somme, conséquente à l'époque, de 300 000 F. Le mois suivant Paul Jamot,
conservateur adjoint du département des peintures réfutait pourtant cette
identification dans la Gazette des Beaux-Arts. Le musée avait appris
quelques temps après qu'à l'occasion d'un rentoilage fait vingt ans plus tôt, une
mention au dos de l'œuvre rendait impossible cette attribution à Watteau car
elle était signée d'un artiste de la seconde moitié du XVIIIe siècle (sans
que le nom de celui-ci ait été noté)1.
L'inscription vient d'être redécouverte en 2002, à l'occasion
d'une restauration qui a permis de révéler le verso de la toile d'origine. On
a pu lire : Jn. Ant. Julien de Parme. / Peint par lui même, à
l'âge de / 39 ans, en 1777. Le faux Watteau est donc un vrai Julien de
Parme ce qui fait faire un bond chronologique d'un demi-siècle à cet autoportrait. Sans cette mention, il est probable que le tableau serait revenu
dans la salle Chardin au lieu de rejoindre les artistes néo-classiques
auxquels il se rattache2.
Cette découverte permet d'illustrer deux phénomènes plus
fréquents qu'on ne le pense parfois. Le premier est la rapidité avec laquelle
une œuvre peut perdre son identité : bien que signé au dos, un rentoilage a
suffi pour oublier le nom de l'artiste3.
Le second est la relativité et les limites du connoissorship : si le nom de
Watteau avait pu être écarté, celui de Julien de Parme (qui vient pourtant
de faire l'objet d'une monographie et d'un catalogue d'exposition par Pierre
Rosenberg4) n'avait jamais été
envisagé, et la toile était située un demi-siècle avant sa date
d'exécution réelle.
1. A cette
époque, Julien de Parme était connu dans les textes mais on ne connaissait pas
ses œuvres qui étaient souvent confondues avec celles de Simon Julien.
2. Tout ce qui précède n'est
qu'un résumé de l'intéressante plaquette écrite par Marie-Catherine Sahut.
Rappelons que l'on peut se procurer celle-ci à la banque d'accueil sous la
pyramide.
3. Il n'est pas rare que des peintures ou des
dessins parfaitement documentés et conservés dans une collection privée se
retrouvent en salle des ventes ou sur le marché de l'art en ayant perdu leur
identité.
4. Pierre Rosenbert, Julien de Parme 1736-1799,
Parme, 1998 ; Catalogue de l'exposition Julien de Parme 1736-1799, Rancate, Pinacoteca
Cantonale Giovanni Züst et Mamiano di Traversetolo (Parme), Fondazione
Magnani-Rocca, 1999-2000.
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