
5/09/03 - Acquisition - Londres, National Gallery - Le
23 janvier dernier, Sotheby’s avait dispersé l’essentiel de la collection
de dessins de Philip Pouncey (1910-1990), l’un des plus éminent
« connoisseur » anglais1, mais ses héritiers avait retenu deux
joyaux, Le Mariage de la Vierge de Ludovico Carraci et Le
Portement de Croix de Polidoro da Caravaggio (circa 1499 - 1543). Le premier
est prêté à la National Gallery, et le second vient d’être
acheté par cette même institution. C’est l’une des trois esquisses à l’huile2
pour le retable monumental commandé en 1534 par la
confrérie des catalans de Messine pour l’église de l’Annunziata et aujourd’hui
conservé au musée de Capodimonte à Naples. Élève de
Raphaël, Polidoro est surtout connu pour ses dessins car il avait peint de
nombreuses façades à Rome, aujourd’hui disparues mais
connues par des gravures. Après le sac de Rome, il se réfugie en Sicile où il
développe un style sombre, anticonformiste, un mélange
de raffinement et de brutalité qui est sa contribution personnelle au début du
maniérisme et que l’on a qualifié de
proto-rembranesque. Son influence sur Parmesan, sur l’école sicilienne et sur
la Renaissance espagnole a été soulignée.
Alors qu’elle tente de réunir les fonds pour acquérir la Madone
à l’œillet de Raphaël, la National Gallery a sûrement dû faire face
à un dilemme dans l’utilisation de ses crédits, mais laisser partir un chef-d'œuvre
de la renaissance italienne, extravagant et sauvage, pour
sauver hypothétiquement un autre n’aurait pas eu de sens. Le tableau sera
présenté au public du 12 septembre au 7 décembre dans le cadre d'une
exposition-dossier (room 1). A cette occasion, une hypothèse récente sera
étudiée : le Portrait d’homme en habit de chevalier de Malte,
anciennement attribué à Rosso (également conservé à la National Gallery), serait un autoportrait de Polidoro
Photo
sur le site de la National Gallery
1. Le cabinet des dessins du Louvre, qui lui doit tant, a
rendu hommage à son exceptionnel talent d’attributionniste dans une
exposition en 1992 (L’œil du connaisseur).
2. Huile sur panneau. 75,3 x 59 cm.
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