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Exposition à Milan sur les Ligari, peintres lombards du XVIIIe siècle

Pietro Ligari - L’Immaculée Conception avec la Trinité - Andalo, église paroissiale de l'Immacolata
1. Pietro Ligari (1686-1752)
 L’Immaculée Conception avec la Trinité, avant 1718
Huile sur toile - 175 x 118 cm
Andalo, église paroissiale de l'Immacolata
Photo M. de P.

19/7/08 Exposition – Milan et Sondrio Avec Carlo Innocenzo Carlone et Giuseppe Antonio Petrini1, Pietro et Cesare Ligari comptent parmi les peintres les plus importants actifs au XVIIIe siècle dans la Valtellina, cette vallée alpine frontalière entre la Lombardie et la Suisse. Après un siècle d’études et de publications spécialisées, une exposition leurs a été consacrée à Milan, occasion de regrouper des œuvres dispersées dans des églises, des musées un peu éloignés des circuits touristiques habituels, des collections privées ou appartenant à des banques,

   Influencés par les modèles romains autour de 1700 (Lazzaro Baldi) et plus encore par ceux qu’il pouvait voir à Milan (Filippo Abbiati, Il Legnanino, Andrea Lanzani …), Pietro Ligari (1686-1752) crée de grands retables structurés par des compositions équilibrées, un modelé solide et une luminosité fortement contrastée. De cette phase milanaise classicisante, vers 1717-1720, datent ses plus belles toiles : l’Immaculée Conception (ill. 1), Saint François Xavier baptisant une princesse indienne (ill. 2) ou les histoires de David (ill. 3).

Pietro Ligari - Saint François Xavier baptisant la princesse indienne Neachile - Sondrio, Banca Popolare di Sondrio
2. Pietro Ligari (1686-1752)
Saint François Xavier baptisant la
princesse indienne Neachile
, 1717
Huile sur toile - 185 x 320 cm
Sondrio, Banca Popolare di Sondrio
Photo : Service de presse

Pietro Ligari - Samuel consacre David - Sondrio, Credito Valtellinese
3. Pietro Ligari (1686-1752)
Samuel consacre David, vers 1717
Huile sur toile - 118 x 147 cm
Sondrio, Credito Valtellinese
Photo : Service de presse

   Dix ans plus tard, à la mort de son père, il reprend l’atelier familial, se fixant définitivement dans la Valtinella. Il reçoit la commande de plusieurs tableaux d’autels d’un style très personnel (ill. 4). On lui doit aussi de beaux portraits, sobres et sombres, dans la traditions réaliste lombarde de Fra Galgario et Giacomo Ceruti. Ceux de son père (Milan, Brera) et de sa fille (Milan, pinacothèque Ambrosienne), portant un regard attendri sur les modèles et d’une grande émotion psychologique, figurent dans les anthologies du genre.

Pietro Ligari - Madone du Rosaire avec les saints Dominique et Jean-Népomucène - Chiavenna, église San Lorenzo
4. Pietro Ligari (1686-1752)
Madone du Rosaire avec les saints Dominique
et Jean-Népomucène
, 1738
Huile sur toile - 240 x 153 cm
Chiavenna, église San Lorenzo
Photo : M. de P.

Pietro Ligari et Cesare Ligari - Anges - Côme, Pinacoteca Civica et Sondrio, Museo Valtellinese di storia e arte
5. Pietro Ligari (1686-1752)
L’Ange gardien, vers 1743
Huile sur toile - 99 x 74 cm
Côme, Pinacoteca Civica
et Cesare Ligari (1713-1783)
L’Ange gardien, après 1743
Huile sur toile - 98 x 73 cm
Sondrio, Museo Valtellinese di storia e arte.
Photo : M. de P.

   Plus inégale, la peinture de son fils Cesare Ligari (1716-1770) est marquée par les exemples vénitiens contemporains de Pittoni, de Piazetta et de la jeunesse de Giovanni Battista Tiepolo. Des années où il travaille côte à côte avec son père, on connaît deux versions de l’Ange gardien par chacun des protagonistes (ill. 5), plus nette chez Pietro, plus floue et vaporeuse chez Cesare. Auteur lui aussi de grandes pala, ce dernier donne son meilleur dans des fresques d’une grande fraîcheur chromatique, évoquées à Milan par une esquisse à sujet profane (ill. 6).

Cesare Ligari - Allégorie - Milan, collection particulière
6. Cesare Ligari (1713-1783)
Allégorie
Milan, collection particulière
Huile sur toile - 38 x 23 cm
Photo : Service de presse

   Avec quatre œuvres, l’exposition donne à Vittoria Ligari (1713-1783), la sœur aînée de Cesare, un rôle plus valorisant que celui auquel elle a été cantonnée jusqu’à la mort de son père, soit fournir pour une clientèle passagère des madones et des copies d’atelier, rôle fréquent des femmes peintres à cette époque. Elle a cependant signé un retable et des moyens formats non dénués de talent.

   La rétrospective était située dans trois lieux différents. Au palais du Crédit Valtellinese à Milan, en face de Santa Maria delle Grazie, étaient montré une quarantaine de leurs tableaux et dessins. Au Museo Diocesano, ils étaient confrontés à des grands formats de leurs contemporains, reconstituant le contexte artistique de leur époque, des peintures peu connues, ou restaurées récemment, plusieurs provenant de la Valtinella, par Andrea Pozzo, Paolo Pagani, Abbiati, Il Gianolo, Pietro Antonio Maggatti… Un dossier consacré à leurs œuvres graphiques était proposé à Sondrio. La manifestation a bénéficié d’un seul catalogue qui reproduit aussi les fresques qui constituent une part non négligeable de leurs activités2. Réalisé par Skira, le catalogue est en tout point conforme à l’exigence de qualité et de fidélité aux couleurs habituelles à cet éditeur. Pour ceux qui n'auront pu voir cette manifestation, ou ses trois étapes, la publication permet à cette brillante dynastie d’artistes de retrouver enfin la place qu'elle mérite dans le baroque et le rococo européen malgré la localisation un peu excentrée et confidentielle des œuvres.

Michel de Piles

1. Voir la brève du 17/12/04.
2. Sont illustrés les cycles de Morgegno et de Lanzana de Pietro Ligari, les fresques de Domaso, de Morbegno, de Ponte in Valtellina et de Chiuro dues à Cesare. Il s’agit d’un catalogue très complet, mais pas d’un catalogue raisonné exhaustif (pour les activités d’architectes, de décorateurs liturgique et d’agronome de Pietro Ligari, on se reportera aux publications antérieures). Depuis la monographie de Laura Melli Bessi de 1974 et de l’exposition sur le Settecento Lombardo, de 1991 à Milan, quelques tableaux signés sont réapparus sur le marché d’art et on été acquis par des institutions locales. Ils sont présentés dans l’exposition (et évidemment dans le catalogue).

I Ligari Pittori del settecento lombardo

Milan, Galleria Gruppo Credito Valtellinese, Palazzo delle Stelline, 12 avril- 19 juillet 2008.
Milan, Museo Diocesano, 12 avril- 19 juillet 2008.
Sondrio, Galleria Gruppo Credito Valtellinese, Palazzo Sertoli, 14 mai – 19 juillet 2008.

Commissaires : Simonetta Coppa, Eugenia Bianchi (Milan), Angella Dell’Occa (Sondrio).

Catalogue : I Ligari Pittori del settecento lombardo, en italien, Skira, Genève-Milan 2008, 288 p., 29 €, ISBN : 978-88-6130-699-1.

 



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