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Tableaux français des XVIIe et XVIIIe siècles dans les ventes de juin
15/6/08 – Marché de l'Art – Paris et Marseille – La seconde moitié du mois de juin et le début juillet constituent l’un des deux moments forts des l’année concernant les ventes publiques de tableaux anciens, la seconde ayant lieu six mois plus tard, fin décembre - début janvier. Les catalogues se multiplient et proposent d’importants tableaux des XVIIe et XVIIIe français, certains se révélant des découvertes inédites.
1. Pierre Puget (1620-1694)
La Sainte Famille au palmier
Huile sur toile - 217 x 148 cm
Vente Marseille, 21 juin 2008
Photo : Leclère |
2. Hyacinthe Collin de Vermont (1693-1761)
Roger arrivant dans l'île d'Alcine
Huile sur toile - 59 x 72,5 cm
Vente Paris, Drouot, 17 juin 2008
Photo : Eve |
Le 21 juin prochain à Marseille, l’étude Damien Leclère mettra en vente la célèbre Sainte Famille au Palmier, en fait une halte pendant la fuite en Egypte, de Pierre Puget (ill. 1). L’auteur du Milon de Crotone n’est pas seulement un sculpteur exceptionnel. Comme Bernin, il a pratiqué tous les arts, en véritable artiste baroque. Son œuvre peint se réduit à moins de vingt numéros, la moitié étant conservés au musée de Marseille1. Cette Madone au palmier contraste évidemment avec tout ce qu’on connaît de rigueur et de classicisme dans l’art français du XVIIe siècle. En 1661, suite à la disgrâce de Fouquet, qui le bloque en Italie où il était allé choisir des marbres, Puget s’installa à Gènes jusqu’en 1669. Ce tableau que l’on date vers 1662 (peut-être au moment du passage à Toulon), montre une réelle connivence avec le style des peintres locaux tels Valerio Castello et Domenico Piola, et plus encore avec les Vierge majestueuses que Van Dyck y avait laissées. Puget choisit une gamme froide dont la musicalité et la mélancolie sont soulignées par la marine vespérale au second plan. On ignore la provenance antérieure à son achat en 1752 par Jean-Baptiste-Laurent Boyer de Fonscolombe, avocat et célèbre collectionneur. Depuis, le retable est resté dans la même famille (branche Saporta). Il faut espérer que ce chef-d’œuvre, qui a figuré dans plusieurs rétrospectives sur l’artiste, ne quittera pas la France et sera acquis par une institution (estimation 300/400 000 €).[Il a finalement été acquis par Marseille. Voir brève du 22/6/08)]
3. Charles Le Brun (1619-1690)
Le Sacrifice d'Abraham
Huile sur toile - 148 x 126 cm
Vente Paris, Drouot, 27 juin 2008
Photo : Piasa |
4. Charles Le Brun (1619-1690)
Le Sacrifice de Manoé
Huile sur toile - 148 x 137 cm
Vente Paris, Drouot, 27 juin 2008
Photo : Piasa |
Le 17 juin à Paris, la maison de ventes Eve de Maître Leroy proposera l’esquisse de Collin de Vermont (ill. 2, estimée 12 000/15 000 €), préparatoire au carton de tapisserie commandé pour les Gobelins en 1740 et conservé au musée de Grenoble2. Une autre ébauche pour le même cycle tiré du Roland Furieux de l’Arioste, le Banquet d’Alcine et de Roger, a été acquise par le Louvre, il y a dix ans3. Dans les deux œuvres, le neveu de Hyacinthe Rigaud montre son attachement aux compositions classiques, qu’elles soient vénitiennes ou françaises, qu’il régénère par la fraîcheur et la grâce de son époque. Dans la même vente, on retrouvera le superbe tableau de jeunesse de François Boucher, La vierge à l’enfant apparaissant à saint Stanilas Koska, toujours en attente d’un acquéreur à cause d’un sujet atypique pour son auteur (voir la brève du 25/4/06, estimé 40 000/60 000 €). Le même jour, à Neuilly, l’étude Aguttes cédera plusieurs tableaux d’amateur, une Vierge à l’enfant attribuée à Nicolas Mignard, un Joseph et la Femme de Putiphar attribué à Jacques Blanchard, et une paire de Natures Mortes de Thomas Germain Duvivier, très proches en qualité de Chardin.
5. Philippe de Champaigne (1602-1674)
La Sainte Face
Huile sur toile - 70,2 x 52 cm
Vente Paris, Sotheby's, 25 juin 2008
Photo : Sotheby's |

6. Nicolas Bertin (1667/68-1736)
Eliezer et Rébecca
Huile sur toile - 40,5 x 54,7 cm
Vente Paris, Sotheby's, 25 juin 2008
Photo : Sotheby's |
Dix jours plus tard, le 27, PIASA mettra aux enchères deux grands formats inédits de Charles Le Brun, des scènes de sacrifices tirées de l’Ancien Testament (ill. 3 et ill. 4). D’après ce qu’indiquent les gravures de Louis Desplaces, ils appartenaient au XVIIe siècle au conseiller d’Etat ordinaire, médecin du roi, Guy Crescent-Fagon (la paire est estimée 150/200000 euros). Ils sont datés de la décennie 1650, lorsque Le Brun et ses élèves travaillent sur de nombreux chantiers dans les hôtels particuliers parisiens de plusieurs mécènes, avant d’être employé par Louis XVIV à Versailles en 1661. Signalons, dans la même vente une nature morte de Louise Moillon et un joli Portement de croix signé par Henri de Favanne.
7. Philippe de Champaigne (1602-1674)
Paysage classique
Huile sur toile - 33,5 x 66,5 cm
Vente Paris, Tajan, 26 juin 2008
Photo : Tajan |
Autour d’une fascinante Sainte Face de Philippe de Champaigne (ill. 5, estimée 400000/600000 €), nouvelle version assez différente des deux autres déjà répertoriées 4, Sotheby’s Paris dispersera le 25 juin plusieurs peintures françaises marquantes et peu connues, par le Maître des cortèges, Charles de La Fosse, Nicolas Bertin (ill. 6)5, Jean-Baptiste Oudry, Louis-Michel Van Loo (Une espagnole jouant de la guitare), Nicolas Vleughels (Moïse sauvé des eaux), ou ce rare tableau de Fréderic Delanoé (le Mariage du jeune Tobie), jadis apparu à Drouot, un artiste bien ignoré malgré une activité documentée dans le second tiers du XIXe siècle, ainsi que des gouaches de Joseph Werner et Giuseppe Pietro Bagetti... Rappelons que le 9 juillet 2008, Sotheby’s Londres vendra dix tableaux de la collection du docteur Gustav Rau, au profit de sa fondation, parmi lesquels un très beau paysage de Patel et deux portraits par Rigaud et Nattier.
8. Jean-Baptiste Corneille (1649-1695)
Dinocrate présente à Alexandre
son projet pour le Mont Athos
Huile sur toile - 300 x 310 cm
Vente Paris, Tajan, 26 juin 2008
Photo : Tajan |
9. Giovanni DomeniTiepolo (1727-1804)
Le Christ apaisant la tempête
Huile sur toile - 49,4 x 58,7 cm
Vente Paris, Christie's, 26 juin 2008
Photo : Christie's |
Le 26 juin, à l’espace Tajan, autour de plusieurs toiles italiennes baroques (Longhi, Benefial, Ubaldo Gandolfi), on verra un Paysage classique inédit de Philippe de Champaigne (ill. 7, estimé 80 000/100 000 €) et un très grand format de Jean-Baptiste Corneille (ill. 8, estimé 60 000/80 000 €), inconnu à ce jour, criard, dérangeant et extravagant comme il convient pour ce maître. Il provient, comme son pendant en collection privé, de la vente de Louis-Philippe de 1851.
Peu de tableaux français importants dans la vacation de Christie’s Paris du 26 juin, qui les réserve sans doute pour la vente londonienne de juillet, mais un extraordinaire Christ apaisant la tempête de Giovanni Domenico Tiepolo, tout en fougue et en fulgurances lumineuses, déjà presque romantique (ill. 9, estimé 300 000 €) assurément le coup de cœur de la saison. Il provient d’un série dispersée et ensuite de la collection Fodor, comme les deux Guardi de cette vente (une Sainte famille et une vue de Venise).

10. Adèle Romany (1769-1846)
Portrait de la famille de l'artiste devant le château de Juilly
Huile sur toile - 113 x 146 cm
Vente Paris, Christie's, 26 juin 2008
Photo : Christie's |
Dans ce même catalogue, de beaux tableaux flamands classiques et un rare primitif valencien attribué à Gonçal Perris, plusieurs portraits néoclassiques (Appiani), dont un ensemble de six effigies familiales par Adèle Romany (ill. 10, estimé 60 000/80 000 €), et d’importantes toiles du XIXe siècle français : deux portraits de Louis-Philippe à cheval, par Eugène Lamy et Horace Vernet, des paysages de Corot et Valenciennes et deux compositions de Gustave Moreau.
Michel de Piles
1. Marie-Christine Gloton, Pierre et François Puget peintres baroques, Aix-en-Provence, 1985. Pour la Vierge aux palmiers, voir pp 94-96, n° 12. Elle aurait été malheureusement transposée en 1952.
2. Gilles Chomer, Peintures françaises avant 1815 : la collection du Musée de Grenoble, RMN, Paris, 2000, pp. 84-85, n°22.
3. Marie-Catherine Sahut, le festin offert par Roger à Alcine dans son palais enchanté de Hyacinthe Collin de Vermont. Une esquisse de tapisserie inspirée de l’Arioste, Paris, Musée du Louvre, 2002, Le tableau du mois, n° 92.
4. Une version de petit format en collection particulière, vers 1630, et une autre, plus grande au musée de Brighton de 1658. Bernard Dorival, Supplément au catalogue raisonné de l'œuvre de Philippe de Champaigne, Paris, 1992, p. 65-67, n° 50 (comme œuvre perdue, reproduction des gravures de Kilian et de Plattemontagne).
5. Thierry Lefrançois, Nicolas Bertin (1668-1736). Peintre d'histoire, Neuilly-sur-Seine, 1981, p. 147, no. 79.(comme perdue).
Nous n’insisterons pas sur les œuvres de Joseph Vernet, d’Hubert Robert, de Pillement ou de Perroneau, assez habituelles dans ce type de ventes.
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