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Le Niobé de David acheté par Dallas

Jacques-Louis David (1748-1825)
Diane et Apollon perçant de leurs flèches
les enfants de Niobé, 1772,
Huile sur toile - 121 x 154 cm
Dallas, Museum of Art
Photo : D. R. |
22/5/08 – Acquisition – Dallas, Museum of Art – Les débuts de Jacques-Louis David ont été laborieux (et il faut bien le dire, la fin de la carrière aussi). Lointain parent avec François Boucher, élève de Vien, collaborateur occasionnel de Fragonard, on sait maintenant que ce n’est qu’au cours d’un long désapprentissage de la manière du XVIIIe siècle, d’une catharsis de près de dix ans, que David est parvenu à créer quelques une des images les plus fortes de l’art occidental, enlevées par une technique somptueuse. Le début de ce processus peut se suivre à travers les différents concours au Prix de Rome auxquels il a participé, de l’agréable Combat de Minerve et Mars (Paris, Louvre, 1771) encore dans la manière de Boucher, à la Mort de Sénèque (Paris, Petit Palais, 1773) et à l’Antiochus et Stratonice (Paris, Ecole supérieure des Beaux-Arts, 1774), qui lui permit d’obtenir enfin la victoire. En 1772, le sujet était Diane et Apollon perçant de leurs flèches les enfants de Niobé, tiré des Métamorphoses d’Ovide, dont le gagnant incontesté fut Pierre-Charles Jombert (Paris, Ecole nationale des Beaux-Arts, voir la recension Dieux et mortels). Le jury avait la possibilité de remettre un second Grand Prix, qui semblait destiné à David. Ayant modifié sa composition en cours d’exécution, et ayant travaillé sur une couche pas encore sèche, il s’était produit un noircissement préjudiciable durant la longue période précédant la délibération. Suite à une cabale, le prix fut donné à Lemonnier (Rouen, musée des Beaux-Arts). Se sentant humilié, le peintre en fut si affecté qu’il voulut se suicider en se laissant mourir de faim, projet dont le dissuadèrent Doyen et Jean-Michel Sedaine.
Le tableau de David est resté longtemps méconnu. Exposé en 1913, il appartenait depuis sa création à la famille du médecin de Louis XVI, Andry. Ses héritiers refusèrent de le prêter à la rétrospective de 1989 au Louvre1, mais Antoine Schnapper lui consacra quelque lignes dans la catalogue : ce « n’est certes pas un chef-d’oeuvre, mais il montre une organisation meilleure des lumières et des groupes, une certaine éloquence des draperies tumultueuses et des expressions... »
Proposé en vente publique à l’Hôtel Drouot sans succès, personne n’enchérissant à la hauteur des 2 à 3 millions d’euros demandés pour un tableau atypique, intéressant uniquement l’histoire de l’art (Million & Associés, 18 mars 2002), il est resté quelques temps accroché chez l’expert de ces ventes, le cabinet Eric Turquin, puis fut présenté à l’exposition du musée Jacquemart-André de 2006 (voir l’article). Il vient d’être acquis par le Dallas Museum of Art au début 2008, grâce au fonds Mrs. John B. O’Hara de la « Foundation for the Arts » (ill.). Une esquisse, apparue dans une vente à l’Hôtel Drouot il y a une douzaine d’années sous le nom révélateur de Gamelin, a circulé sur le marché d’art.
Michel De Piles
1. Jacques-Louis David 1748-1825, Paris, Musée du Louvre et Versailles, musée national du château, 26 octobre 1989 - 12 février 1990, catalogue par Antoine Schnapper et Arlette Sérullaz, p. 48 et aussi p. 38, fig. 21.
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