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Acquisitions récentes d’œuvres symbolistes par le Musée d'Orsay
1. Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898)
Roméo et Juliette ou
Paolo et Francesca, 1892
Huile sur panneau - 39,9 x 32,9 cm
Paris, Musée d'Orsay
Photo : Musée d'Orsay |
30/4/08 – Acquisitions – Paris, Musée d’Orsay – Les nombreuses publications et expositions consacrées au Symbolisme (dont beaucoup sont chroniquées sur La Tribune de l'Art) prouvent l'importance de ce mouvement et l'intérêt qu'il suscite actuellement chez les historiens de l'art et les conservateurs.
Le Symbolisme reste néanmoins difficile à cerner ; de nombreux artistes se situent à la limite de ce qu'on pourrait appeler plus justement une nébuleuse avec ce que cela suggère de flou et de questionnement. Ainsi, Pierre Puvis de Chavanne, qui peut être considéré comme un précurseur de ce mouvement (voire, selon la thèse de Serge Lemoine, de la « modernité »), doit par bien des aspects lui être rattaché.
On ne s'étonnera donc pas que cet article consacré aux acquisitions autour du Symbolisme 1 faites récemment par Orsay commence justement par cet artiste.
2. Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898)
L'Astronomie, 1896
Crayon noir et lavis brun sur toile -
124 x 63,7 cm
Paris, Musée d'Orsay
Photo : Musée d'Orsay |
Le musée a acquis en 2006 un petit panneau représentant soit Paolo et Francesca, soit Roméo et Juliette (ill. 1). Cette œuvre, datant des dernières années, s'éloigne de la manière très hiératique de l'artiste à cette époque, sans doute en raison de son caractère esquissé. Son iconographie même, mal identifiée mais qui renvoie aux sujets littéraires d'après Shakespeare ou Dante, rappelle la peinture romantique. Rappelons que Puvis, à ses débuts, fut très proche du style de Théodore Chassériau.
Egalement par Puvis de Chavannes, Orsay a acquis en 2007 auprès de la galerie de Bayser, qui l'avait montré à la dernière Biennale des Antiquaires, un grand projet en grisaille pour le décor de la Bibliothèque de Boston, dessiné sur toile (ill. 2).
La réalisation de cet ensemble s'échelonna entre 1894 et 1896. Il fut entièrement peint à Paris d'après les mesures fournies par les Américains. Le 4 septembre 1896, Puvis écrivait à sa nièce : « je viens de terminer les trois derniers panneaux de Boston... (qui) réunis aux cinq autres exposés cette année... vont franchir la grande tasse et couvrir des murs que je ne verrai jamais. »2 L'Astronomie, le panneau que prépare la toile acquise par Orsay, est marouflée au centre de la paroi droite de l'escalier de la bibliothèque.
Notons pour la petite histoire que l'œuvre était réapparue anonyme à l'Hôtel Drouot dans une vente sans catalogue. Plusieurs personnes l'ayant reconnue pour ce qu'elle est, le marché a rectifié et l'œuvre fut adjugée pour un prix conforme à son vrai pedigree.
3. Constant Montald (1862-1944)
Paysage symboliste, 1904
Détrempe et inclusions de particule
métalliques sur toile - 115,6 x 104 cm
Paris, Musée d'Orsay
Photo : Musée d'Orsay |
4. Fernand Khnopff (1858-1921)
Futur ou Une jeune femme anglaise, 1898
Marbre et laiton sur fil de cuivre -
45,5 x 28 x 20
cm
Paris, Musée d'Orsay
Photo : Musée d'Orsay |
L'influence de Puvis de Chavannes est évidente dans le Paysage symboliste de l'artiste belge Constant Montald acquis par Orsay (ill. 3) auprès du Cabinet Blondeau-Breton en 2007. Le sujet est complexe à identifier. A l'arrière-plan, deux hommes nus plantent un arbre tandis qu'au premier plan un autre personnage masculin couronné de laurier tient un rameau dans les mains. On se reportera à la notice du site du Musée d'Orsay qui propose d'y voir une allusion à la situation politique belge contemporaine.
De Fernand Khnopff, autre artiste belge, le musée d'Orsay ne conservait que trois photographies et une peinture, le Portrait de Marie Monnom, acquis en 1982. Deux œuvres sont venues les rejoindre récemment, une sculpture et une peinture.
La première est un portrait de jeune femme en marbre intitulé Futur ou Jeune femme anglaise. Ce buste provient du Palais Stoclet à Bruxelles3. On renverra à la notice du musée pour en savoir davantage sur l'interprétation qu'il convient de faire de cette figure qui prend les traits de la sœur de l'artiste.
5. Fernand Khnopff (1858-1921)
L'Encens, 1898
Huile sur toile - 86 x 50 cm
Paris, Musée d'Orsay
Photo : Musée d'Orsay |
La seconde œuvre de Khnopff entrée il y a peu au Musée d'Orsay, L'Encens (ill. 5), est un tableau qui date de la même année (1898) que Futur et qui prend également pour modèle sa sœur Marguerite. Elle provient des galeries Gaubert et Hopkins Custot à Paris. Classée « œuvre d'importance patrimoniale nationale », aucune entreprise française ne s'y est intéressée malgré les déductions fiscales prévues. C'est au Japon que le musée a trouvé son mécène, le groupe Yomiuri Shimbun.
6. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Tapis Flamme
Laine point noué - 340 x 190 cm
Paris, Musée d'Orsay
Photo : Musée d'Orsay |
Le public parisien a pu découvrir l'œuvre d'Akseli Gallen-Kallela en 1987 dans la mémorable exposition Lumières du Nord. La peinture scandinave 1885-1905 au Musée du Petit Palais. Cet artiste finlandais est sans aucun doute un des grands représentants du Symbolisme européen. Si le Musée d'Orsay ne peut toujours pas montrer de peinture de cet artiste, il a pu s'enrichir en 2006, auprès de la galerie bruxelloise Artus, d'un tapis (ill. 6) exécuté d'après un de ses cartons.
7. Charles Guilloux (1866-1946)
Crépuscule, 1892
Huile sur toile - 32 x 46 cm
Paris, Musée d'Orsay
Photo : Musée d'Orsay |
8. Charles Guilloux (1866-1946)
Bords de Seine au crépuscule, 1894
Huile sur toile - 38,5 x 55 cm
Paris, Musée d'Orsay
Photo : Musée d'Orsay |
Revenons en France avec Charles Guilloux, un des représentants les moins bien connus du paysage symboliste, même si de nombreuses toiles sont passées ces dernières années sur le marché de l'art4. L'artiste, encore absent il y a peu des collections du musée d'Orsay, y est dorénavant représenté par deux œuvres. La première, acquise en 2007, a été présentée Galerie Talabardon & Gautier en 2005, puis vendue à une collection particulière, et enfin cédée au musée par l'intermédiaire de la galerie Thierry Mercier à Paris. Représentant un Crépuscule, elle est typique de cet artiste qui reproduit généralement des scènes fluviales, diluant les formes dans de grands aplats colorés qui ne sont pas sans évoquer l'art des Nabis (l'œuvre a d'ailleurs probablement figuré en 1892 dans la galerie Le Barc de Boutteville, celle là même où ces derniers exposaient). Un second chef-d'œuvre de ce artiste, également entrée en 2007, représente aussi une scène de crépuscule (ill. 5). Elle a été acquise auprès de la galerie Frédéric Chanoît à Paris.
9. Lucien Lévy-Dhurmer (1865-1953)
Calanque, 6 heures du soir, 1936
Pastel - 66 x 91 cm
Paris, Musée d'Orsay
Photo : Musée d'Orsay |
10. Lucien Lévy-Dhurmer (1865-1953)
Le Lac Léman, 1925
Pastel - 55 x 73 cm
Paris, Musée d'Orsay
Photo : Musée d'Orsay |
Le musée d'Orsay est déjà riche de nombreux pastels de Lucien Levy-Dhurmer, entrés en 1972 grâce à la donation de M. et Mme Zagorowsky. Il s'est enrichi en 2006 de quatre nouvelles œuvres de la même technique et provenance, entrées par dation. Trois d'entre elles avaient été présentées au Grand Palais à Paris en 1973 dans l'exposition Autour de Lévy-Dhurmer. Visionnaires et Intimistes en 1900.
Calanque, 6 heures du soir (ill. 9) témoigne de la manière dont l'artiste s'est approprié le procédé de Monet de représenter le même sujet à différentes heures de la journée. La calanque en question a été représentée au pastel quatre fois : le matin, à 6 h du soir, au crépuscule et en nocturne. Les quatre œuvres furent exposées en 1936 par l'artiste sous le titre Quatuor de calanques. M. et Mme Zagorowsky avaient offert au musée de Brest celui qui doit correspondre au Matin. Le Musée d'Orsay conservait déjà un pastel sur le thème de la Calanque.
11. Lucien Lévy-Dhurmer (1865-1953)
Florence, 1898
Pastel - 53 x 45 cm
Paris, Musée d'Orsay
Photo : Musée d'Orsay |
Un autre paysage, quasi monochrome et représentant le Lac Léman (ill. 10), fait partie également de cette dation. On y trouve aussi Florence (ill. 11) un portrait d'une dame de l'aristocratie italienne que l'artiste a représenté en allégorie de cette ville et Le Silence (ill. 12), figure hiératique et mystérieuse fortement influencée, comme l'ont remarqué tous les commentateurs, par le Silence d'Auguste Préault que Lévy-Dhurmer connaissait et avait dessiné.
12. Lucien Lévy-Dhurmer (1865-1953)
Le Silence, 1895
Pastel - 52 x 29 cm
Paris, Musée d'Orsay
Photo : Musée d'Orsay |
Nous publierons ultérieurement deux autres brèves aux acquisitions d'Orsay de 2006 et de 2007, l'une consacrée aux Nabis, l'autre aux artistes autour du réalisme.
1. Toutes les acquisitions de cette brève ont été faites avant le changement de direction à la tête du Musée d'Orsay (voire brève du 30/1/08).
2. Cité par Louise d'Argencourt dans le catalogue de l'exposition Puvis de Chavannes, Paris, 1976, p. 232.
3. Profitons-en pour regretter la dispersion progressive de toutes les œuvres conservées au Palais Stoclet que l'Etat Belge se révèle incapable de protéger. Que les primitifs italiens - dont récemment le Duccio acquis par le Metropolitan Museum - soit vendus, soit, mais que ce temple de l'art 1900 s'appauvrisse régulièrement de ses œuvres symbolistes pose un vrai problème patrimonial.
4. Sur Guilloux et les paysages symbolistes, voir la recension de l'exposition Un pais ideal.
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