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Dessins flamands et hollandais récemment acquis par le Louvre
11/3/07 – Acquisitions, exposition – Paris, Musée du Louvre – En 1988, Emmanuel Starky publiait un supplément aux inventaires des dessins nordiques du Louvre rédigés par Lugt1. S’il avait su faire acheter plusieurs dessins de ces écoles lorsqu'il y était conservateur, cet intérêt a décru après son départ pour Dijon2. Par la suite, Françoise Viatte a privilégié des œuvres françaises patrimoniales et tenté de combler les lacunes anglaises et espagnoles. L’entrée en bloc de cent dessins de la collection Fryszman en 1990 a cependant permis de faire entrer quelques feuilles des Pays-Bas. Depuis l’an 2000, les acquisitions ont repris, lentement dans un premier temps, en profitant des opportunités du marché français, puis plus régulièrement depuis l’arrivée de Carel van Thuyll à la tête du département (voir son interview de mars 2005 sur ce site). Jusqu’à fin mai, un nouveau bilan des dessins collectés en vingt ans est montré dans la salle d’actualité du cabinet des arts graphique3 (sans catalogue).
1. Karel van Mander (1548-1606)
Le songe de Joseph, 1590
Plume et encre brune, lavis d'indigo, rehauts de blanc - 24,9 x 13,5 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN / Gérard Blot |
Plusieurs relèvent du maniérisme, comme l’Humanité avant le Déluge de Gerrit Pietersz Sweelink (1566-après 1612), marquée par son maître Corneliz van Haarlem, une miniature à la détrempe de Georg Hoefnagel (1542-1601) d’une série de quatre préemptée en 2001 et le Songe de Joseph par Karel van Mander (ill. 1), négocié en 20064. Cet artiste avait rencontré Spranger durant son voyage en Italie entre 1573 et 1577, où il fut marqué par les Zuccari et, surtout, Vasari au point d’écrire le Het Schilder-boeck (Le livre de peinture), pendant nordique des Vite. La célébrité de son livre avait éclipsé ses œuvres qu’on redécouvre peu à peu (voir la brève du 13/2/07). Passons rapidement sur les dessins acquis il y a une quinzaine d’années (certains ayant déjà été exposés à plusieurs reprises) : deux très beaux et très dissemblables par David Vinckboons (petit Memento Mori et une scène de genre satyrique), un Paysage de Jacques Fouquières, un rare nocturne du graveur Romeyn de Hooghe et deux études à des sculptures, pour La Paix de Nimègue par Martin van den Bogaert dit Desjardins (1637-1694), l’un des bas-reliefs en bronze de la Place des Victoire - conservé au musée du Louvre -, et un Projet de monument funéraire par Abraham van Diepenbeek (1596-1675 ; les autres aspect de sa carrière étaient déjà très bien représentés au département des arts graphiques).
2. Gerrit van Honthorst (1590-1656)
La Diseuse de bonne aventure
Plume et encre brune, lavis gris, rehauts de blanc -
25 x 38 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN / Hervé Lewandowski |
Deux dessins spectaculaires du XVIIe siècle hollandais sont entrés très récemment. L’a priori selon lequel les caravagesques ne dessinaient pas est exagéré, mais ils restent relativement rares. Parmi eux, Gerrit van Honthorst (1592-1656) est celui dont on conserve le plus grand nombre de dessins, principalement à sujets religieux ou mythologiques. Depuis octobre 2006, La Diseuse de bonne aventure (ill. 2) permet de le représenter dans les cartons du musée5. Daté du retour aux Pays-Bas après 1620, il prépare peut être un tableau disparu. Il s’agit ici d’un thème typique du caravagisme où une grande importance a été donnée au chapeau égyptien de la bohémienne.(des tableaux sur ce sujet par Honthorst sont célèbres, par exemple celui conservé à la Galerie du Palais Pitti à Florence).
3. Aelbert Cuyp (1620-1691)
Lisière de forêt avec deux bergers
Pierre noire, lavis noir, gris et jaune - 18 x 30,2 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Christie's New York |
Si Aelbert Cuyp (1620-1691) a toujours été considéré comme l’un des grands peintres et dessinateurs de l’âge d’or hollandais, les prix de ses œuvres se sont envolés ces dernières années (on se rappelle des enchères records de l’Orphée charmant les animaux en 1994 ou du dessin représentant Dordrecht, vue de la rivière par le nord, qui a atteint 2,8 millions de dollars en janvier 2001). La splendide rétrospective monographique de 20026 a encore accru cet intérêt. Le 25 janvier dernier, à la vente Christie’s de New York, le Louvre s’est porté acquéreur d’un Paysage à la lisière d’une forêt (ill. 3) pour 845 000 dollars. Ce dessin date de la jeunesse de l’artiste, vers 1642-1645. La composition décentrée, les feuillage des grands chênes rendus par les petites touches bouclées sont comparables aux paysages de la veine monochrome que pratiquent à la même époque de Van Goyen et Pieter Molijn.
4. Gustave Wappers (1803-1874)
Scène de l'histoire d'Anvers, 1837
Pinceau, plume, encre brune et aquarelle -
31 x 37 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN / Thierry Le Mage |
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5. Eugène Romain van Maldeghem (1813-1867)
Le Sermon sur la montagne, 1851
Graphie, rehauts de blanc, mis au carreau à la sanguine - 41 x 47,4 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN / Thierry Le Mage |
Il est remarquable qu’à côté d’achats à des prix élevés en vente publique (comme ce fut aussi le cas pour le Blake et le Cozens - voir brèves du 3/5/06 et du 27/12/06), le Louvre ait su un réunir un ensemble de dessins néo-classiques et romantiques, négociés à des prix d’amateurs, et ouvrant ainsi la collection nordique sur le XIXe siècle, dans le souci d’universalité qui la caractérise. Il s’agit d’artistes qui tiennent particulièrement à cœur à La Tribune de l'Art et dont nous avons parlés, à de nombreuses reprises, pour d’autres raisons, notamment lors la recension de l’exposition Le Romantisme en Belgique au printemps 2005. Influencé par la ligne de Flaxman, Humbert de Superville (1770-1849) était aussi théoricien et avait une conception visionnaire et médiumnique de la condition de l’artiste (comme Blake ou Théophile Bra). Dédicacé à son mécène Dirk Versteeg, le Persée7 témoigne du néo-classicisme hollandais et constitue une vraie rareté, car la quasi-totalité de son œuvre graphique est partagée entre Leyde et Haarlem.
François-Joseph Navez, élève de David, est représenté par un Groupe de personnages, une étude faite en Italie lorsqu’il fréquente Ingres (pour un autre dessin de Navez acquis récemment par le Louvre, voir l’article de Denis Coekelberghs). Sur un sujet nationaliste et troubadour, la Scène de l’histoire d’Anvers de Gustave Wappers8 (ill. 4) est une parfaite illustration du romantisme tel que le pratiquaient à Paris Delacroix ou Ary Scheffer. Wappers, quoique belge, habitait et exposait dans la capitale française. L’aquarelle met en valeur les effets colorés enlevés qui lui permettait d’inscrire l’art du jeune royaume dans la tradition de Rubens.
Eugène Romain van Maldeghem est bien connu de nos lecteurs par les deux brèves (26/11/03 et 1/12/03) qui lui ont été consacrées en 2003 lors de l’acquisition par le Domaine royal de Randam de son délicieux Songe de Marie-Amélie. Elève de Gustave Wappers, il a peint des scènes religieuse et orientalistes, et de nombreux portraits. Une partie de son fonds d’atelier a été dispersé sur les brocantes parisiennes au début des années 2000. Mis au carreau, entré par donation, le Serment du Christ sur la montagne (ill. 5) est préparatoire à un immense retable de près de 6 m de coté décorant la collégiale Saint-Vincent de Soignies dans le Hainaut.
1. Emmanuel Starcky, Inventaire général des dessins des Ecoles du Nord. 8, Ecoles allemande, des anciens Pays-Bas, flamande, hollandaise et suisse : XVe-XVIIIe siècles : supplément aux inventaires publiés par Frits Lugt et Louis Demonts, Edition de la Réunion des musées nationaux, 1988.
2. Le Louvre n’a pas acquis de dessins nordiques à la vente d’anthologie de l’hôtel Drouot, étude Ader-Tajan du 2 octobre 1994, dite « collection de dessin anciens réalisée par un amateurs belges des années 50 », ni aux ventes de l’atelier Salathé à Paris, ni à la vente de la collection Chavaillon à Chatellerault, en mai 2003, où il a choisi de ne pas enchérir sur deux dessins de Paul Bril représentant des mois qui complétaient une série dont il possédait d’autres éléments, préférant se porter acquéreur d’un beau portrait de Trinquesse (voir brève du 3/6/03).
3. Près de la moitié sont entrées par dons ou en participation, entre autre de la Société des Amis du Louvre.
4. Auprès de la galerie Prouté (catalogue Dolci, 2006, n°1).
5. Acquis sur le marché de l’art new yorkais.
6. Aelbert Cuyp , Washington, National Gallery of Art, 7 octobre 2001-13 janvier 2002, Londres, National Gallery, 13 février-12 mai 2002, Amsterdam, Rijksmuseum, 7 juin -1 septembre 2002. Catalogue Thames & Hudson, sous la direction de Arthur Kingsland Wheelock.
7. Acquis auprès d’Hubert Duchemin en 1998, au moment même de la rétrospective David Pierre Giottino Humbert de Superville, virtuose et savant (1770-1849)exposition des dessins appartenant au Cabinet des estampes de l'Université de Leyde, Musée Fabre, Montpellier, 27 janvier-22 mars 1998, Institut Néerlandais, Paris, 2 avril-31 mai 1998. Sur l’artiste, on consultera la plaquette de cette exposition.
8. Acquis à la Galerie Jacques Leegenhoek à Paris à l’automne 2006 pour 2.000 euros.
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Précédentes articles consacrées à des acquisitions du département des arts graphiques du Louvre :
Préemptions par le Louvre d'un bronze de Corneille van Clève et de trois cartons de Louis Janmot pour Le Poème de l'Âme (23/12/06)
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