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Acquisitions des musées andalous (2) : Séville, Cordoue, Jaén
19/2/07 – Acquisitions– Séville, Cordoue, Jaén, Museos de bellas artes – Si l'on excepte la Tête d’Apôtre de Velásquez (voir brève du 19/1/07) négociée directement par l’Etat à destination de Séville, l’enrichissement des musées espagnols dépend, en règle générale, de la compétence des régions. Le Gouvernement de la Province d’Andalousie vient de publier un bilan des œuvres d’art qu’il a achetées en 2006. Grâce à une augmentation des crédits de près de 80% par rapport à 2005, 31 pièces ont pu être obtenues avec son aide pour 1.463.242 euros, tant auprès des galeries et antiquaires (16), par préemptions en vente publique (11), ou grâce à des achats auprès de particuliers (4). Plusieurs appartiennent à l’archéologie ou à la création contemporaine mais nous privilégions ici celles entrant dans les limites chronologiques de La Tribune de l'Art. Nous indiquons les prix, qui sont publics, dans le but de donner un maximum d’informations à ceux, nombreux, qui ne maîtrisent pas complètement le marché de la peinture baroque espagnole et surtout pour montrer que les importants efforts budgétaires pour l’enrichissement des musées, défendus par la ministre Carmen Calvo, ne sont pas seulement réservés à ceux de Madrid1.
Parmi les acquisitions récentes du Musée des Beaux-arts de Séville citons :
1. Luis de Vargas (1505-1567)
Saint Sébastien
Huile sur panneau - 112 x 52 cm
Séville, Museo de Bellas Artes
Photo : Junta de Andalucía |
- Luis de Vargas (1505-1567), Saint Sébastien (ill. 1)
Né et mort à Séville, ce peintre, après avoir passé vingt-huit ans en Italie, a introduit les nouveautés maniéristes dans la capitale andalouse, alors en plein essor économique (malheureusement plusieurs de ses fresques ont disparues). Si les églises de Séville possèdent nombre de ses œuvres, il était insuffisamment représenté au Musée. Le Saint Sébastien (obtenu en 2006 pour 100.000 €) témoigne de l’influence des modèles qu’il avait étudiés à Rome : Michel-Ange, Perino del Vaga, et les romanistes2.
2. Angelino Medoro (1576-1631)
La Vierge à l’enfant avec saint Jean-Baptiste,
saint Joseph endormi et saint Dominique
Huile sur toile- 163 x 123 cm
Photo : Junta de Andalucia
Séville, Museo de Bellas Artes
Photo : Junta de Andalucía |
- Angelino Medoro (1576-1631), La Vierge à l’enfant avec saint Jean-Baptiste, saint Joseph endormi et saint Dominique (ill. 2)
La vie de Medoro est passionnante et révélatrice de son époque. Né à Rome, marqué par le maniérisme florentin et par Zuccaro, il séjourna à Séville en 1586-1587 et partit très vite pour l’Amérique du Sud où il fit carrière en Colombie et au Pérou, s’inspirant de gravures nordiques et formant des élèves. A son retour à Séville en 1624, Medoro dut prouver ses capacités devant un tribunal de maîtrise composé d’apprentis âgés de vingt ans (Velásquez et Alonso Cano). Il fut obligé de s’adapter au changement esthétique radical survenu durant son absence : l’abandon du maniérisme et la conversion au naturalisme. Il est vraisemblable que cette toile, à la fois savante et d’une naïveté délicieuse, appartienne à cette dernière période (son prix était de 55.773 €).
3. Bernabé de Ayala (vers 1600-1672)
Sainte Lucie
Huile sur toile – 220 x 110 cm
Séville, Museo de Bellas Artes
Photo : Junta de Andalucía |
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4. Bernabé de Alaya (vers 1600–1672 )
Saint Roch
Huile sur toile – 220 x 110 cm
Séville, Museo de Bellas Artes
Photo : Junta de Andalucía |
- Bernabé de Ayala (vers 1600 - 1672), Sainte Lucie et Saint Roch (ill. 3 et 4)
Ces tableaux de dévotion, les premiers du peintre à entrer au Musée de Séville, sont caractéristiques de sa production religieuse inspirée de Zurbarán (chacun a été payé 15.000 euros). Bernabé était un parent, peut-être le frère, de la célèbre Josefa da Obidos, et de son père Baltasar Gomes Figueira , l’auteur de l’exceptionnelle Nature Morte au poisson du Louvre. Contrairement à ceux-ci, il ne rentra pas au Portugal et fit carrière à Séville.
Depuis, notre brève précédente sur ce même sujet (du 2/9/04), le Musée de Séville s’est également enrichi en 2005 d’un tableau de jeunesse de Francisco de Herrera l’ancien, le Mariage mystique de Sainte Catherine, d’œuvres de Juan de Roelas, de Juan de Uceda et d’Adrien Dauzats.
- Plusieurs tableaux costumbristes de peintres sévillans sont venus compléter les salles du XIXe siècle : Un couple de majos de José Gutiérrez de la Vega (1791-1865), pour 21.000 euros, qui n’était présent jusqu’ici que par des portraits et une scène religieuse, alors que sa renommée tient surtout à ses scènes de genre romantiques d’amoureux et de musiciens, et une Danse dans un taverne de Manuel Rodríguez Guzmán (1818-1867), occasion qui a été saisie tant l’artiste est absent sur le marché d’art (pour 41.000 euros).
La Maison de Murillo à Séville (Casa de Murillo) a acquis (pour 29 560 €) un Repos pendant la fuite en Egypte de Juan Simón Gutiérrez (1644-1718). Les œuvres de cet élève de Murillo, qui fut l’un des premiers membres de l’Académie de peinture fondée par le maître, sont relativement rares. Cependant, certaines toiles anonymes au musée de Séville lui ont été rendues récemment dans un article de la revue Puerta del Sol.
5. Antonio del Castillo (1616-1668)
Le sommeil de Saint Jean-Baptiste
Huile sur toile 98,6- 181,3 cm
Cordoue, Museo de Bellas Arte
Photo : Junta de Andalucía |
Parmi les huit nouvelles œuvres du Musée des beaux-Arts de Cordoue, la plus importante est Le sommeil de Saint Jean-Baptiste par Antonio del Castillo (1616-1668) acquis pour 200.000 € (ill. 5), remarquable par son attention au paysage. Citons aussi une peinture anonyme, réalisée à Cordoue dans la seconde moitié du XVIe siècle, représentant Saint Jean l’Evangéliste, une Vue de Cordoue par Rafael Romero Barros (1832-1895), quatre dessins d’Antonio del Castillo et un dessin de Federico Madrazo y Kunst (1815-1894), le Portrait de le reine Isabelle II. Le Musée archéologique de Cordoue s’est vu octroyé un Buste d’Empereur romain du Ier siècle après J.C, classé Trésor national (pour 272.082 euros).
6. Sebastián Martínez (1599-1667),
Saint Jean-Baptiste
Huile sur toile – 129,5 x 97 cm
Jaén, Museo
Photo : Junta de Andalucía |
Le Musée de Jaén a reçu une toile d’un artiste natif de la ville, Sebastián Martínez (1599-1667), représentant Saint Jean-Baptiste (négociée auprès d’une galerie de Madrid pour 108 000 euros, ill. 6)3. Actif en Andalousie, il travaillait aussi à la Cour, où Philipe IV lui avait accordé le titre de Peintre du roi. Sa connaissance de Rubens, de Vélasquez et surtout de Cano est perceptible dans cette œuvre de maturité, par exemple dans le traitement délicat du paysage. Il s’agit de la seconde toile de ce peintre au musée de Jaén, la première, une Sainte Catherine, ayant été achetée en 2005.
Pour la Casa de los Tiros, musée de l’histoire de Grenade (et des voyages romantiques), signalons un buste d’Eugénie de Montijo en céramique, un album de lithographies de John Frederick Lewis (1805-1876) et un dessin de Francis Hopkinson-Smith4.
Michel de Piles
Remerciement pour la rédaction de cet article : service de presse de la Junta de Andalucia, Silvia Sánchez Ramos, Jérôme Montcouquiol.
1. Grâce à la loi sur le mécénat (dación en pago), l’Etat espagnol vient d’acquérir et de déposer deux magnifiques petites toiles, le Portrait de Paulo au col blanc daté de 1922 le Portrait d’Olga de 1923 (pour trois millions d’euros) de Picasso. Dans le même temps, le Portrait de Marie-Thérèse Walter de 1937 a été acheté suivant la même procédure pour quatre millions d’euros du Musée National d’art catalan de Barcelone. On voit que les entreprises espagnoles appliquent sans problème la loi de mécénat par défiscalisation, pas uniquement pour la Capitale, mais aussi à destination des métropoles régionales (sur le problème en France, voir l’éditorial Echange croûtes contre Poussin).
2. Nous donnons les dates de vie et de décès de Luis de Vargas aujourd’hui admises. L’un des rares dessins connus de Luis de Vargas est précisément sur le même sujet , mais saint Sébastien y est nu et attaché. Voir le catalogue de l’exposition Dessins Espagnols : maîtres des XVIe et XVIIe siècles , Musée du Louvre, Paris, 18 avril-22 juillet 1991 Alfonso Emilio Pérez Sánchez, Lizzie Boubli et Claudie Ressort, n° 16, p. 70-71.
3. L’autre acquisition importante de 2006 est un Bodegón dans le paysage de Quesada de Rafael Zabaleta (1907-1960) de 1949.
4. Le Musée des Beaux-Arts de Málaga a choisi de développer la représentation d’artistes nés dans cette ville au XXe siècle par un inattendu Bodegón de fruit et papier de 1929 du peintre réaliste de l’entre-deux guerre, représentant la Neue Sachlichkeit (nouvelle objectivité) en Espagne, Alfonso Ponce de Léon (1906-1936) pour 120.000 euros, une toile abstraite de Eugenio Chicano (né en 1936, pour 30.000 euros) et six céramiques de Manuel Ángeles Ortiz, un ami proche de Picasso avec il travailla à Vallauris (d’autres institutions andalouses ont obtenues de ses poteries).
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