|
Acquisition de six tableaux du Settecento par le Musée du Louvre

1. Giambattista Tiepolo
Projet de décor pour
un dessus-de-porte
Huile sur toile - 67 x 31 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Christie's Paris
|
29/1/07– Acquisitions – Paris, Musée du Louvre – Dès jeudi 1er février, le public poura admirer dans les petits cabinets de peinture italienne de l'aile de Flore1, l’esquisse de Giambattista Tiepolo représentant un Projet de décor pour un dessus-de-porte de la Salle du Trône du Palais Royal de Madrid dont nous avions annoncé l'interdiction temporaire de sortie du territoire français dans une brève datée du 21/11/05, à laquelle nous nous permettons de renvoyer le lecteur pour l'analyse stylistique et l'historique. Celle-ci a en effet été offerte au Louvre par la société Ponthieu-Rabelais dans le cadre de la loi sur le mécénat2.
Par ailleurs, vingt-deux ans après la donation Kaufman et Schlageter et neuf ans après celle de Fabrizio et Fiammetta Lemme, qui avaient permis au Louvre de réunir un important ensemble d’esquisses et de tableaux d’amateur du Settecento romain, un nouvelle libéralité (don sous réserve d'usufruit en 2006), due à Madame Marisa Carella, va permettre de compléter au mieux cette partie de la collection avec quatre toiles, dont trois sont dues à des artistes jusque là absents des cimaises3 auxquelles s'ajoute une peinture napolitaine, également du XVIIIe siècle.
Un premier tableau d’Andrea Casali (1705-1784) représente Lucrèce faisant le récit de son déshonneur (ill. 2). Elle constitue l’esquisse d'un tableau entré au musée avec la donation Lemme. On pouvait lire dans le catalogue4 que l'œuvre définitive avait été présentée à Londre en 1761 à la première exposition de la Free Society of Artists et avait été peinte pour le comte de Besborough et on y apprenait aussi l'existence de deux autres répliques, l'une peinte en camaïeu et exposée en 1766, à nouveau à la Free Society, l'autre présente en 1972 dans la collection Stein à Paris, d'un format intermédiaire (60 x 40 cm) entre la présente esquisse et le tableau achevé.
Casali fait partie de ces nombreux artistes italiens qui, au XVIIIe siècle, parcoururent l'Europe. Il fut agréé le 28 janvier 1741 à l'Académie royale de Peinture et de Sculpture à Paris, séjourna plusieurs années en Angleterre où il réalisa de nombreux décors et voyagea en Prusse et en Hollande.
2. Andrea Casali (1705-1784)
Lucrèce faisant le récit de son déshonneur
Huile sur toile - 36 x 30,5 cm
Paris, Musée du Louvre
(donation sous réserve d'usufruit)
Photo : D. R. |
|
3. Domenico Maria Muratori (1661-1744)
La mort de Cléopâtre
Huile sur toile - 97 x 128 cm
Paris, Musée du Louvre
(donation sous réserve d'usufruit)
Photo : D. R. |
Parmi les très nombreux peintres qui ont réalisé des tableaux d’autels à Rome au XVIIIe siècle, Domenico Maria Muratori est l’un des plus austères. Bien qu’ayant eu pour maîtres Pasinelli et Dal Sole, il s’inspire des Carrache, de Reni et surtout du Dominiquin, à travers une conception intégriste de la tradition bolonaise. Ce style s’adoucit un peu dans ses tableaux à sujets profanes, comme dans La mort de Cléopâtre qui vient d’entrer au Louvre (ill. 3) et qui rappelle aussi les canons de la peinture italienne de la seconde moitié du XVIe siècle. Le Musée Fesch conserve une série de douze prophètes réalisées par plusieurs peintres du Barocchetto, dont l'un est dû à Muratori, où l’on retrouve le style serpentin, néo-maniériste, visible sur cette peinture.
Un toile de Francesco Mancini, Flore (ill. 4), est une réplique d’un des tableaux les plus célèbres du XVIIIe siècle romain, conservé à Rome à la Galleria dell’Accademia di San Luca. Son auteur poursuivit dans la première moitié du XVIIIe le style de Carlo Maratta, en y ajoutant la charme et la grâce de ce siècle.
4. Francesco Mancini (1679-1758)
Flore, vers 1725
Huile sur toile - 51,5 x 39,5 cm
Paris, Musée du Louvre
(donation sous réserve d'usufruit)
Photo : D. R. |
 |
5. Lorenzo de Caro (1719-1777)
La Gloire de saint François de Sales
Huile sur toile - 103 x 76 cm
Paris, Musée du Louvre
(donation sous réserve d'usufruit)
Photo : D. R. |
Lorenzo de Caro appartient à l’école napolitaine (mais les contacts avec Rome sont nombreux à cette époque). Il a été formé au moment où les élèves de Solimena dominent la scène régionale en classicisant son style. Au contraire, Lorenzo de Caro avec Mondo et Cestaro, appartient à une génération plus rococo, qui se réfère aux œuvres tardives de Solimena (celui-ci meurt en 1747). La composition de La Gloire de saint François de Sales (ill. 5) qui vient d'entrer au Louvre, rappelle fortement celle d'une Madonne du Rosaire, donnée en 2000 à la Picker Art Gallery de Hamilton aux Etats-Unis5.
On lisait encore récemment que le peintre était connu à Naples entre 1740 et 1761 ou 1762. Grâce à une page très documentée du site Wikipedia (en français), on apprend que des recherches d'archives publiées notamment dans une monographie récente parue en Italie6, ont levé le doute sur les dates de naissance et de mort de l'artiste, toutes deux à Naples : 1719-1777.
6. Antonio Cavallucci (1752-1795)
La Vierge à l'enfant et des anges
Huile sur toile - 50 x 30 cm
Paris, Musée du Louvre
(donation sous réserve d'usufruit)
Photo : D. R. |
Comme les trois précédents artistes, Antonio Cavalucci était jusqu'à aujourd'hui absent des cimaises du Louvre. La Vierge à l'enfant et des anges (ill. 6) vient donc combler une lacune en permettant de montrer au Louvre ce protagoniste important du Settecento romain. Elève de Stefano Pozzi, puis de Gaetano Lapis, il s'orienta vers un style néo-classique très suave, d'un style comparable à celui de Giuseppe Cadès et de Christoph Unterberger, deux peintres déjà représentés au Louvre, bien différent du goût français et se rapprochant davantage des peintres classiques du Seicento.
Cavalucci s'était spécialisé dans l'exécution de moyens formats pour amateurs d'esquisses qui, malgré leur monumentalité de pala d'autel, n'avaient pas pour objectif d'être réalisés en grand.
Jérôme Montcouquiol et Didier Rykner
1. Dont il faut se réjouir qu'elles soient ouvertes depuis peu une journée de plus, le dimanche. Il reste cependant encore un effort à faire afin que ces collections puissent être vues également, les lundi, mercredi et vendredi.
2. Pour la somme de 550.000 € dont 90% sont déductibles des impôts).
3. Nous ne disposons malheureusement que de photographies noir et blanc.
4. Notice due à Olivier Michel, auquel nous avons emprunté l'essentiel des informations biographiques sur le peintre.
5. Une photo de ce tableau (donné par les Friends of Visual Arts) est conservé dans le dossier Lorenzo de Caro du Service d'Etude et de Documentation du département des peintures du Musée du Louvre.
6. Cette page Wikipedia a également été classée dans le dossier de ce tableau au Service d'Etude et de Documentation. La monographie est la suivante : Mirella Marini et Rosario Pinto, Lorenzo De Caro, Pittore del’700 napoletano, Oèdipus ed. Salerno/Milano, 2005. ISBN : 88-7341-027-8.
Brève précédente - Brève suivante
Retour vers Nouvelles Brèves
Retour vers la page d'accueil
Précédentes brèves consacrées à des acquisitions de tableaux du XVIIIe siècle italien :
La donation Orst-Bosch révélée à Valence (Espagne) (13/11/06)
Le Musée des Augustins achète une esquisse de Baciccio (12/6/06)
Un grand tableau de Benedetto Luti acheté par le musée de Messine (8/6/05)
Un important tableau du Baciccio pour le musée des Beaux-Arts de Caen (15/4/05)
|