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Deux tableaux religieux du XIXe siècle redécouverts à Abbeville
1. Charles Gleyre (1808-1874)
Saint Jean à Patmos, 1839,
Salon de 1840
Huile sur toile - 234 x 144,5 cm
Abbeville, collégiale Saint-Vulfran
Photo : Daniel Bettefort, musée Boucher-de-Perthes |
31/8/06 – Découvertes - Abbeville, Collégiale Saint-Vulfran – Les réserves des musées sont, on le sait, des lieux où les découvertes sont toujours possibles, voire probables. Nouveau conservateur du musée Boucher-de-Perthes, à Abbeville, Stéphane Paccoud a ainsi retrouvé un imposant tableau de Charles Gleyre1, Saint Jean sur l'île de Patmos, qui se trouvait avant la guerre dans la Collégiale Saint-Vulfran. On avait longtemps cru cette œuvre disparue dans les bombardements de 1940 qui ont en partie détruit la ville. L'auteur de la monographie qui fait autorité sur le peintre, William Hauptman la décrit comme étant en main privée, alors qu'elle a en réalité été déposée, à une date inconnue, dans les réserves du musée. Il explique qu'il s'agit du premier tableau important entrepris par l'artiste après son retour de son voyage au Proche-Orient. Terminée en 1839, elle est exposée en novembre de la même année par la Société des Amis des Arts de Lyon. La critique est mitigée, regrettant les couleurs sombres, le manque de proportions et le réalisme de la figure qui aurait dû être plus idéalisée. Le tableau est ensuite présenté au Salon de 1840, enregistré à la dernière minute. Il est remarqué par Haussard, Janin et Planche qui l'applaudit. Seul le critique du National est négatif comme pour toutes les peintures religieuses. L'œuvre est achetée par l'État à l'issue du Salon, d'abord demandée par une église de Roanne. Elle est finalement envoyée à Abbeville pour décorer la collégiale Saint-Vulfran. Elle y retournera après restauration.
2. Herminie Dehérain (1798-1839)
Le Christ au Jardin des Oliviers, Salon de 1834
Huile sur toile - 230 x 264 cm
Abbeville, collégiale Saint-Vulfran
Photo : Daniel Bettefort, musée Boucher-de-Perthes |
Le second tableau, un Christ au Jardin des Oliviers par Herminie Dehérain (ill. 2), a été remarqué par Jacques Foucart alors que qu'il était recouvert de chancis et à peu près illisible2. Classé Monument Historique par arrêté du 12/01/04, il vient d'être restauré et sera réaccroché dans la collégiale après une exposition au musée Boucher-de-Perthes jusqu'au mois de septembre.
Herminie Dehérain fut une spécialiste des tableaux religieux. Selon Louis Batissier, auteur d'un article nécrologique dans L'Artiste (1839, tome 3), « son talent la portait à traiter des sujets de sainteté ». Originaire d'Abbeville, elle était élève de Madame Haudebourt-Lescot et exposa pour la premièr fois au Salon en 1830 avec une Vision de Jeanne d'Arc. Restée veuve à 35 ans, elle dut vivre de sa peinture pour élever ses quatre enfants3, ce que confirment des lettres de recommandation adressées à l'administration, qui parlent de son absence de ressources4. Elle mourut en 1839, à l'âge de 41 ans.
Son Christ au Jardin des Oliviers est un joli tableau, qui trahit l'influence d'Ary Scheffer, même s'il témoigne de la justesse du jugement de Louis Batissier qui notait que : « Il ne [lui] manquait, pour être un très grand artiste, que d'avoir une exécution plus solide et plus sûre. Son dessin était un peu indécis, et sa touche avait un peu de mollesse ». Il ajoutait cependant : « Sa couleur ne laissait pas cependant que d'être brillante ; les tons avaient souvent beaucoup de franchise et de finesse », qualités dont témoigne également cette toile.
Merci à Stéphane Paccoud qui nous a fourni l'essentiel des renseignements contenus dans cette brève et à Jacques Foucart qui a attiré notre attention sur ces tableaux.
1. Lien vers la notice Charles Gleyre sur le site SIKART (dictionnaire des artistes suisses).
2. Sous la maîtrise d'ouvrage de Pierre-Yves Corbel, conservateur en chef au service des Monuments Historiques de Picardie, par Sophie Deyrolle et Bertrand Bedel de Buzareingues pour la couche picturale, Emmanuel Joyerot pour le support et M. Fontaine pour le cadre.
3. Source : éphémérides de Tillette de Mautort, érudit abbevillois (selon Stéphane Paccoud).
4. Archives Nationales, information transmise par la COARC de la ville de Paris à Stéphane Paccoud.
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