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Un quatrième Quentin Metsys pour le Louvre
Quentin Metsys (1465/66-1530)
Marie-Madeleine
Huile sur panneau - 79 x 85 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo RMN / Gérard Blot |
16/6/06 – Acquisition – Paris, Louvre – L’acquisition auprès de la branche française de la famille Rothschild d'une Marie Madeleine par Quentin Metsys, pour laquelle un appel au mécénat, en tant que trésor national, avait été lancé au Journal Officiel du 18 mars 20061, constitue un événement car ce peintre est totalement absent du marché de l’art. La qualité se devait d’être exceptionnelle puisque le nouvel arrivé sera confronté aux trois chefs-d’œuvre de l’artiste déjà dans les salles : Le Changeur et sa femme (1514), universellement connu, la Piéta, autre tableau dans la tradition flamande de l’attention aux détails réalistes et la Vierge à l’enfant, dite Rattier (1529) plus marquée par l’idéalisation italienne. La Madeleine qui ouvre son pot à onguents, appartient à cette double filiation, reprenant l’iconographie, traditionnelle au nord de l’Europe, d’élégance et de richesse des habits de la sainte, mais largement influencée par la Renaissance dans sa recherche de grâce. Là où ses contemporains anversois plaquent des motifs antiques sur des formes encore gothiques, s’inspirent de détails lombards ou mantouans, Quentin Metsys, dès 1520, modèle avec un clair-obscur délicat et donne à ses personnages une monumentalité, une présence psychologique toute léonardesque. Placée entre deux colonnes comme l’était Mona Lisa à l’origine, mais avec un large parapet incliné cher à son auteur, la Madeleine est imprégnée des découvertes de Léonard, depuis la recherche de mouvement jusqu’à son intégration dans un paysage « mental ». Les ravins touffus et broussailleux à droite, percent dans le lointain sur un port et des collines décolorées qui rappellent les perspectives au second plan de la Joconde et de la Sainte Anne2. Il semble que Metsys ne soit jamais allé en Italie ou en France, où se trouvaient ces modèles, mais qu’il ait assimilé la leçon de Vinci à travers des copies qui circulaient à Anvers.
Un autre panneau de Metsys représentant Marie Madeleine en demi-figure est célèbre (Anvers, Musée Royal des Beaux-Arts). Elle est plus statique et méditative, située dans un paysage urbain plus rapproché et plus nordique. Metsys, le meilleur connaisseur et le plus attaché à la tradition septentrionale, a le mieux compris les apports de la culture italienne, dans son fonds humaniste ; il possède surtout un génie apte à créer des images limpides, facilement lisibles, sophistiquées et évidentes. Il ne fait aucun doute que ce nouveau tableau s’imposera comme une œuvre populaire de l’école flamande au Louvre3.
1. A hauteur de 2,5 millions d'euros pour un prix total de 5 millions. Nous ne savons pas si un mécène a effectivement contribué à son achat. Le tableau était répertorié en 1882 chez les héritiers du Baron James de Rohtschild comme de Metsys. Il fut par erreur donné au Maître de la Madeleine Mansi (du nom d'un tableau conservé à la Gemäldegalerie de Berlin) en 1884 par Henri Hymans dans sa traduction du Livre des peintres de Karel van Mander, nom sous lequel il est resté jusque récemment. Il fut remis en lumière par Andrée de Bosque, Quentjn Metsys, Arcade-Garnier, 1975, fig. 59, p. 177 qui l'attribue toujours au Maître de la Madeleine Mansi, en mentionnant toutefois le nom de Metsys.
2. Témoignant d'une intéressante évolution de la part d'un peintre qui avait collaboré avec Patinir. Metsys a aussi fait la synthèse entre le réalisme flamand et la veine caricaturale et sarcastique de Léonard (Profil d’homme du musée Jacquemart-André à Paris, Vieille Femme grotesque au Prado de Madrid, et la National Gallery à Londres). Marinus Van Reymerswaele suivra cette voie.
3. La salle 9 Pays-Bas 1ère moitié du XVIe au Louvre s’est enrichie d’autres peintures ces dernières années, la Crucifixion de Joachim Beuckelaer en 1994, et le Saint Jérôme de Jan Cornelisz Vermeyen, en 2003, qui propose, à une date similaire, une réponse maniériste et tourmentée, complètement différente à l’influence italienne (voir brève du 2/11/2003).
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