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Acquisition d'un dessin de Philippe Chéry par le Musée du Louvre

Philippe Chéry - Allégorie avec Minerve, Apollon, Chronos, Clio (?) et Erato (?) - Paris, Musée du Louvre
1. Philippe Chéry (1759-1838)
Allégorie avec Minerve, Apollon,
Chronos, Clio (?) et Erato
(?)
Plume et encre de chine, aquarelle et rehauts de blanc -
35,2 x 49 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : S. Pinta

31/5/06 – Acquisition – Paris, Musée du Louvre – Parallèlement au Salon du dessin, où plusieurs œuvres ont été acquises par des musées (voir brève du 17/5/06), de nombreux marchands organisaient au mois d'avril des expositions d'art graphique. Deux des plus jolies feuilles proposées à cette occasion étaient visibles chez Stéphane Pinta. La première était un Géricault, aujourd'hui dans une collection particulière parisienne. La seconde a été achetée fort judicieusement par le Musée du Louvre.

 

Philippe Chéry - Portrait d'homme - Chatou, collection particulière
2. Philippe Chéry (1759-1838)
Portrait d'homme
Crayon, lavis de brun, rehauts de blanc - 55,5 x 42,5 cm
Chatou, collection particulière

   Il s'agit d'une Allégorie (ill. 1), dont le sens exact reste mystérieux, due à Philippe Chéry, un peintre encore très peu étudié1. On connait de lui, notamment, La Mort d'Alcibiade (Musée de La Rochelle, en dépôt du Musée de Tarbes) qu'il présenta au Salon de 1791 et David apaisant Saül (Musée de Soissons), exposé en 1808. Il semble avoir peu produit et n'a participé que rarement au Salon2.
   Un des principaux titres de gloire de Philippe Chéry est d'avoir été blessé lors de la prise de la Bastille. Il fut un révolutionnaire convaincu, ami de Hennequin et de Topino-Lebrun. En 1817, il tenta avec succès de faire oublier son passé et se rallia à Louis XVIII en exposant Le Dauphin Louis recevant le viatique, acquis par l'Etat et déposé à Sens, puis, récemment semble-t-il3, à Versailles. Le dessin nouvellement entré au Louvre n'est pas daté (voir cependant le P.S. ci-dessous).
   La production tardive de l'artiste est inconnue. C'est l'occasion de publier ici un Portrait d'homme (ill. 2) inédit, conservé dans une collection privée de la région parisienne, signé et daté de 1819, qui montre qu'il a su s'adapter à la clientèle bourgeoise de la Restauration, tout en conservant le style des portraits aristocratiques de la fin du XVIIIe.

1. La littérature récente est rare. Nous avons utilisé le catalogue de l'exposition de 1989 au Grand Palais à Paris, La Révolution française et l'Europe 1789-1799 (voir notamment p. 867-868).
2. Le dernier Salon où il a exposé est celui de 1835.
3. Le tableau n'est pas répertorié dans le catalogue des peintures du château de Versailles paru en 1995, mais il est situé dans ce musée sur la base photos RMN.

P.S. Jérôme Montcouquiol nous propose à titre d'hypothèse l'interprétation suivante : Minerve, déesse du Bon Gouvernement et de la Raison, fait s'ouvrir le ciel où apparaît Apollon qui envoie ses lumières sur une personnification de l'Histoire en train de s'écrire. Elle est aidée par un Génie ailé qui semble recueillir un fragment d'arc-en-ciel ; à droite, l'orage (Thermidor) s'éloigne, à gauche la vie reprend (une plante fleurit). La paix est revenue et le commerce peut à nouveau s'établir. Le vieillard Chronos - il tient l'anneau - laissé en retrait est couronné par un Génie enfant, démasqué : celà signifie que les Temps Nouveaux sont révélés par la vérité (le masque ne cache plus le visage). La complexité de ces éléments réunis permet d'imaginer qu'il s'agit d'un thème lié à la Constitution de l'An III, régénératrice, par comparaison iconographique avec la thématique présente dans les gravures de l'époque, les salons de l'Hôtel de Lannoy de Prud'hon (récemment entré au Louvre, voir brève du 23/4/06) et le décor du Temple Décadaire de Perpignan. Ce dessin pourrait donc être daté entre 1795 et 1800, la fin du Directoire. Le style de l'œuvre est encore caractéristique de la fin de l'Ancien Régime, influencé par la peinture d'histoire de Callet, de Jollain ou de Lebarbier.

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