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Un tableau exceptionnel de Menzel entre à la National Gallery de Londres
Adolf Menzel (1815-1905)
Une Après-midi aux Tuileries, 1867
Huile sur toile - 49 x 70 cm
Londres, National Gallery
© The National Gallery, London |
5/4/06 – Acquisition - Londres, National Gallery - En septembre 1855, Menzel séjourne quinze jours à Paris à l'occasion de l'Exposition Universelle où il présente l'un de ses tableaux Frédéric II à Sans-Souci. Il s'intéresse aux scènes de la vie parisienne et exécute des pochades dont il tirera le célèbre Théâtre du Gymnase (Berlin, Nationalgalerie), mais aussi une huile sur carton Dame et agent de police auxTuileries (idem), par petites touches lumineuses et spontanées. Douze ans plus tard, il revient dans la Capitale à l'occasion d'une nouvelle Exposition Universelle. Après avoir vu La Musique aux Tuileries de Manet (1862, Londres, National Gallery), il réalise un sujet analogue, L'après-midi aux Tuileries, dans lequel il témoigne de son attachement pour la vie sociale urbaine, la modernité au sens de Baudelaire et de Courbet. Une thématique qu'il approfondira avec une toile de dimensions identiques, Un jour de semaine à Paris (1869, Düsseldorf, Kunstmuseum), mais aussi dans des petits formats (Une salle au Louvre, Hambourg, Kunsthalle). Même si on a souvent écrit que les ébauches rapides de Menzel peintes à la fin des années 1840 annonçaient l'Impressionnisme, les rapports entre le mouvement français et le plus grand peintre allemand de son époque sont plus complexes : son réalisme fait de vibrations lumineuses doit autant aux pré-Impressionnistes qu'aux paysages de plein air de Meissonnier1.
A peine sèche, L'après-midi aux Tuileries a été achetée au peintre en 1868 par Fritz Meyer, un banquier juif. En 1935, ses héritiers avaient été contraints de la céder à la Neue Meister Staatliche Kunstsammlungen de Dresde, qui l'exposa pendant 70 ans (ils furent déportés en 1942). Rendue aux descendants de ces derniers au début 2005, elle a été vendue à Londres pour 3,2 millions de livres par une association de marchands allemands et américains. Par son affinité avec le tableau de Manet, légué en 1917 par Sir Hugh Lane, le tableau de Menzel, le premier à entrer dans une collection anglaise, y avait évidemment sa place. On sait l'exigence de qualité requise pour accéder aux cimaises de ce musée et l'occasion de trouver une toile comparable en importance de cet artiste ne se reproduira peut-être pas2. Longtemps les seuls artistes représentant le XIXe siècle étaient français, mais tous les grands musées généralistes souhaitent désormais ouvrir leurs collections à d'autres pays. Depuis 25 ans, la National Gallery a acquis des œuvres de Caspar-David Friedrich, Ferdinand Olivier, Eduard Gaertner, Christoffer Wilhelm Eckersberg, Christen Købke et Akseli Gallen-Kallela3.
Michel de Piles
1. En France, ses créations furent appréciées non seulement par Degas qui le copia, mais aussi par les critiques du XIXe siècle (voir la recension du livre De Grünewald à Menzel sur ce site) et il bénéficia de plusieurs rétrospectives, du Pavillon de la ville de Paris en 1885 à celle du musée d'Orsay en 1996. Malheureusement, l'antagonisme entre la Prusse et la France , explique pourquoi les musées nationaux ne possèdent aucune de ses peintures.
2. L'importance européenne de Menzel a encore récemment été réaffirmée par l'ouverture du musée personnel qui lui est consacré à l'intérieur même de la Alte Nationalgalerie de Berlin (cette aile est d'ailleurs assez ratée).
3.Plus étonnant encore, une ouverture vers le Sud est tentée depuis l'année dernière, avec le prêt d'une Suzanne du peintre romantique italien Hayez. En effet, cette politique de diversification du XIXe siècle, à Washington, à New-York, à Chicago, au Louvre et à Orsay, s'applique essentiellement aux artistes du nord de l'Europe et presque jamais aux peintres italiens ou espagnols.
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