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Acquisition d'une Vanité de Valdés Leal par le musée de Lille (et d'un Mendiant de Francesco Sasso par le Louvre)
1. Juan de Valdés Leal (1622-1690)
Vanité
Huile sur toile - 42 x 74 cm
Lille, Musée des Beaux-Arts
© Musée de Lille |
16/1/06 – Acquisitions - Lille, Musée des Beaux-Arts (et Paris, Louvre) - Peintre fougueux, luministe, pleinement baroque, Juan de Valdés Leal a réalisé au cours de sa carrière de nombreux tableaux religieux pour Séville et Madrid en concurrence avec Murillo. Ses deux toiles les plus célèbres, parce que les plus spectaculairement morbides, demeurent les deux grandes Vanités (Finis Gloriae Mundi et In ictu oculi), placées de part et d'autre de la tribune, à l'entrée de l'église de l'Hôpital de la Charité de Séville (1672). Dans le même esprit macabre, mais avec une composition très simplifiée, le musée de Lille vient d'acquérir l'une des rares natures mortes indépendantes de cet artiste, inédite1. Deux autres étaient connues aux musées de York (Art Gallery) et de Hartford (Wadsworth Atheneum Museum of Art). Les amoncellements de livre, plumes et encrier, mêlés à des crânes, qu'on trouve aussi sur les représentations de la Madeleine et de saint Jérôme sont fréquents dans la peinture européenne du XVIIe siècle, symboles du triomphe de la Mort sur le savoir et les sciences. La touche andalouse est ici donnée par cette cruche rustique cassée, à la glaçure caractéristique et qui se rattache à la tradition des bodegones2 (en Flandres et en Hollande, on préfère peindre des récipients plus précieux). Cette cruche se trouve déjà chez Vélasquez (Vieille femme faisant cuire des oeufs, Edimbourgh, National Gallery of Scotland), chez Francisco López Caro (Bodegone, commerce d'art) et jusqu'à Meléndez et Picasso.
Alain Tapié poursuit à Lille la politique d'acquisition subtile et intelligente qu'il avait menée à Caen, son poste précédent. Il y avait organisé les mémorables expositions d'iconographie sur les Vanités, la symbolique des fleurs et l'art jésuite3, et ne pouvait qu'être séduit par cette œuvre. Elle vient compléter les réflexions sur la vanité présentes dans de nombreuses œuvres nordiques de Lille (la Vanité avec l’ange aux ailes de papillon de Jan Sanders van Hemessen acquise en 1994 ; Pieter Boel ; Pieter Codde) et renforcer le beau fonds espagnol du Palais des Beaux-Arts : XVe catalan et valencien, deux Greco (Saint François, le Christ au jardin des Oliviers), Ribera, et Goya. D’une certaines façon d’ailleurs, les chefs-d’œuvre du musée, le Bélisaire de David et Les Jeunes et Les Vieilles de Goya, sont l’aboutissement de la vision du siècle des lumières, personnalisée, laïcisée, du thème même de la vanité de la condition humaine4.
2. Francesco Sasso (avant 1720-1776)
Mendiant
Huile sur toile - 124 x 105 cm
Paris, Musée du Louvre
© Cabinet Blondeau-Breton |
Autre acquisition liée à l'Espagne, par le Musée du Louvre, d'un tableau de Francesco Sasso5. Né à Gênes, il se rendit à Madrid vers 1753 où il devint rapidement professeur à l'Académie de San Fernando et protégé de la reine-mère Isabelle Farnèse. A la mort de celle-ci, en 1766, il fut nommé pintor de cámarra de l'infant don Luis. Il réalisa plusieurs plafonds allégoriques et des tableaux religieux à la Granja de San Ildefonse dans un style rococo impersonnel qui lui valut d'être remarqué par Corrado Giaquinto qui l'employa pour les copies des cartons de tapisserie du Palais du Pardo. Dans un genre bien différent, il peignit aussi des tableaux mettant en scène des miséreux. Deux d'entre elles sont conservées au Prado (Réunion de mendiants et Le charlatan de village) qui témoignent de l'assimilation des compositions de plusieurs personnages en plein-air de Giacomo Ceruti. La peinture du Louvre procède aussi de l'influence directe de ce grand peintre lombard : cadrage serré, description attentive des guenilles, gamme colorée restreinte, tricorne, la puissance de l'expression psychologique en moins6.
Michel de Piles
1. Acquise de la galerie Turquin.
2. Peintures d'objets de cuisines.
3. Voir l'article sur ce site.
4. Plusieurs musées français possèdent des tableaux de Valdés Leal à sujet religieux : Brive, Castres, Grenoble, Le Mans, Lyon, Valence et le Louvre (trois tableaux : L'Immaculée Conception entre saint Philippe et saint Jacques le Mineur, Les Noces de Cana et Le Repas chez Simon et trois dessins).
5. Acquis du Cabinet Blondeau-Breton.
6. Nous avons consulté : le catalogue de l'exposition L'Art européen à la Cour d'Espagne au XVIIIe siècle, Bordeaux, Paris, Madrid, 1979-1980, p. 195 et le livre de José Luis Morales y Marín, Pintura en España 1750-1808, Manuales Arte Cátedra, Madrid, 1994, p. 91-93.
Voir aussi : Jesús Urrea, La pintura italiana del siglo XVIII en España, Valladolid, 1977.
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