L'enquête, dirigée par Thierry Bajou, a pour objectif de recenser l'art français conservé dans les collections publiques1 d'Europe centrale et d'Europe de l'Est. Elle est placée sous l'autorité d'un comité scientifique international dans lequel on trouve Alain Mérot, Christian Michel, Michel Laclotte, Jean-Pierre Cuzin et Jacques Thuillier, auxquels se rajoutent les principaux partenaires étrangers des pays visités.
Initialement, seuls les artistes nés
avant 1750 (date de la naissance de David) étaient considérés, mais la date a été repoussée
à 1755 (date de naissance d'Elisabeth Vigée-Lebrun). Si le répertoire concerne
principalement les tableaux, tous les dessins, sculptures et objets d'art rencontrés,
ainsi que les œuvres postérieures, sont repérés et signalés aux
spécialistes, dès lors que leur intérêt est
avéré.
La notion d'école française peut parfois être ambiguë. De
manière générale, tout artiste français sera inclus dans cette étude.
Faut-il, ou non, prendre en compte la production des français à l'étranger,
lorsqu'ils sont complètement intégrés aux écoles de peinture locale ? En
attendant que ce point soit tranché, Thierry Bajou répertorie toutes les œuvres.
On découvre ainsi des peintres presque inconnus en France comme Valentin
Metzinger2, un Lorrain actif en Slovénie.
Les attributions doivent souvent être revues, car un nombre important de
tableaux sont conservés faussement sous des noms
parfois très flatteurs (Hubert Robert, Georges de la Tour, ...) ou attribués abusivement à l'école
française. Mais le
fait même que des œuvres soient ou aient été exposées comme françaises
témoigne de la vision de cette école par les pays concernés et fait
partie de l'histoire du goût. Ils sont donc pris en compte dans l'étude.
Géographiquement, le champ s'est agrandi. L'Allemagne est naturellement demeurée hors de l'étude car Pierre Rosenberg prépare actuellement une exposition consacrée à l'art français qui y est conservé3. Cinq pays avaient été retenus dès l'origine : l'Autriche, la Hongrie, le Liechtenstein4, la République Tchèque et la Slovaquie. Puis, la Roumanie et la Slovènie furent ajoutés en raison de leurs liens avec les Habsbourg. Fort logiquement, la Croatie et la Pologne sont venus les rejoindre en 2003. En revanche, la Russie et les ex-républiques soviétiques n'ont pu être incluses, principalement pour des raisons de moyens, l'équipe n'étant composée que de deux personnes5.
Internet s'est révélé un
outil très utile pour un premier repérage. Les sites des musées et châteaux de ces pays
étant souvent
très aboutis et complets. La bibliographie disponible a été
systématiquement dépouillée. Thierry Bajou, dans un premier temps, a visité
tous les pays. Puis chacun d'entre eux seront approfondis les uns après les
autres.
Début 2004, environ un millier d'œuvres a déjà été repéré,
dont un nombre important d'inédits, du moins dans des publications et des
langues facilement accessibles. Quelques découvertes déjà effectuées ont
été citées par Thierry Bajou dans un article paru dans les Nouvelles de
l'INHA6 : un Lubin Baugin au Musée
national de Bucarest7, un Portrait
d'homme par l'atelier de Hyacinthe Rigaud au Musée Municipal de Bratislava,
un tableau de Nicolas Vleughels Thalie et Terpsichore au château de
Zwollen, toujours en Slovaquie ou un Portrait de Miklos Eszterhàzy
par Louis Tocqué au Musée historique de Budapest.
Des expositions et des colloques seront organisés. Une exposition sur la peinture française au XVIIIe siècle conservée en Pologne est envisagée pour l'année prochaine. Outre les catalogues d'exposition, le résultat de ce travail donnera lieu à la création d'une base de donnée informatisée, qui sera accessible par Internet via le site de l'INHA selon des modalités qui restent à définir.
Didier Rykner
(mis en ligne le 24 mai 2004)
1. Les musées, les châteaux, les
abbayes, toutes les collections publiques sont concernées. A ceci se rajoutent
les collections privées présentées au public de façon permanente, par
exemple la collection des Princes de Liechtenstein à Vienne (voir Brève du
18/3/04).
2. Sur Valentin Metzinger, on peut voir plusieurs œuvres
sur le site
de la Galerie Nationale de Slovénie.
3. Cette exposition est prévue printemps 2005 aux
Galeries Nationales du Grand Palais.
4. Le Liechtenstein était concerné surtout pour la
collection princière. Celle-ci est aujourd'hui exposée en grande partie à
Vienne (voir Brève
du 18/3/04)
5. Voir ci-dessous la remarque de Thierry Bajou à
ce sujet. Thierry Bajou est assisté de Marie-Aude de
Miscault.
6. Numéro 11-12, novembre 2002, p. 6-7. Les Nouvelles
de l'INHA sont accessibles sur Internet via le site de l'Institut (lien
vers la page permettant d'y accéder).
7. Voir le catalogue de l'exposition Lubin Baugin aux
musées d'Orléans et de Toulouse en 2002, cat. 32, p. 146 et 147 (repr.).
Les chercheurs intéressés par cette enquête peuvent joindre Thierry Bajou : thierry.bajou@inha.fr
Nous avons reçu de Thierry Bajou quelques précisions utiles sur ce
projet :
Seuls les tableaux sont pris
en compte et il n’a jamais été question d’inclure des œuvres
d’autres techniques dans cette enquête ; j’espère que d’autres équipes
travailleront sur ces autres techniques et sur d’autres pays dans le futur ; simplement,
j'avais, il est vrai, pensé inclure la totalité des œuvres françaises
(sans distinction de techniques ni d’époque) pour la seule Slovénie, avant
de m’y rendre pour travailler en profondeur sur les œuvres qui s’y
trouvent. Toutefois, je reviens juste de ce pays et j’y ai trouvé de
nombreuses œuvres (j’entends des peintures d’artistes nés avant 1755),
tant à Ljubljana que dans les musées de provinces, œuvres incontestablement
françaises, originales ou copies, dont certaines de grande qualité. Je pense
donc que je vais traiter ce pays comme les autres et me limiter aux seules
peintures d’artistes nés avant 1755. D’autant que les œuvres d’autres
techniques sont extrêmement peu nombreuses et dans l’ensemble sans grand intérêt
(à l’exception notable toutefois d’un calice avec sa patène ayant
appartenu à Marie-Josèphe de Saxe, objet déjà connu des spécialistes…).
Il n’est pas exact d’indiquer que nous n’avons pas inclus la Russie et les autres républiques satellites pour des raisons de moyens (financiers ou humains). Disons que ce ne sont vraiment pas les seules raisons ni les plus importantes… En effet, nous nous sommes toujours fixés pour limite les anciennes possessions des Habsbourg (revues à la lumière des frontières actuelles par commodité) ; c’est pour cette raison que nous avions pensés initialement ne considérer que l’Autriche (et le Liechtenstein), la Hongrie, et les Républiques tchèque et slovaque. La Roumanie a été rajoutée dans un second temps à la suite de contacts noués à l'institut avec des partenaires roumains et parce qu’une grande part avait été en fait rattachée à l’empire. La Croatie n’avait pas été incluse initialement parce qu’elle n’a été placée, d'ailleurs partiellement, sous leur autorité que peu de temps puisque qu’elle était rattachée à l’empire Ottoman sur l’essentiel de la période qui nous intéresse. Quant à la Pologne, il y avait un peu de cette raison (puisque l’essentiel du pays était lui-aussi extérieur à l’empire) ; mais également pour le très grand nombre d’œuvres que l’on pensait devoir s’y trouver… nous pensions, très pragmatiques, que c’était un trop « gros morceau »… ; enfin parce qu’il nous paraissait plus logique de l’inclure dans une enquête menée par une autre équipe sur les pays du nord-est de l’Europe, Russie comprise cette fois. Seule l’organisation par nos collègues du musée de Varsovie d'une exposition sur la peintures française du XVIIIe siècle dans leur pays nous a décidé à nous rapprocher d’eux dès maintenant, mais en élargissant le propos - le nôtre, pas celui de leur exposition – au programme valant pour les autres pays.
Thierry Bajou
(mis en ligne le 7 juin 2004)
Lien vers l'article sur l'Institut National d'Histoire de l'Art
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