Réouverture du Musée Granet d'Aix-en-Provence
1. Robert Campin dit le Maître de Flémalle
(actif entre 1406 et 1444)
La Vierge en gloire entre saint Pierre et saint Augustin, vénérée par un
donateur, vers 1440
Huile sur panneau - 47 x 31 cm
Aix-en-Provence, Musée Granet
Photo : D. Rykner
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Les inaugurations doubles sont à la mode. L'ancien ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, n'avait pas hésité à célébrer officiellement l'ouverture de musées vides, plusieurs semaines voire plusieurs mois avant que le public ne puisse s'y rendre, afin d'avoir son nom inscrit en lettre d'or sur une plaque à l'entrée du bâtiment (notamment à la Galerie des Gobelins ou au Centre des Monuments Nationaux). Le musée Granet, lui aussi, a connu deux inaugurations. La première a eu lieu en 2006 à l'occasion de l'exposition Cézanne (voir l'article) mais il était depuis la fin de celle-ci demeuré quasiment fermé. De nombreuses personnes sont d'ailleurs revenues furieuses d'un séjour dans cette ville croyant pouvoir le visiter.
En juin dernier, la réouverture définitive a enfin permis de découvrir le nouvel agencement des collections. Disons-le d'emblée : la déception est grande. Pourtant, la volonté de montrer beaucoup d'œuvres était louable. L'accrochage est souvent très dense et permet d'admirer les immenses richesses du Musée Granet, ce qui consolera d'une muséographie menée en dépit du bon sens. Passons sur la couleur des murs, souvent trop blancs, parfois rouges mais d'un rouge bien peu pompéïen, bien qu''il tente en vain d'imiter celui en vigueur au XIXe siècle. Passons même sur les éclairages défectueux qui pourront sans doute, on l'espère, être améliorés. Le vrai problème réside dans la disposition désastreuse des tableaux sur les murs.
2. Aix-en-Provence, Musée Granet
Vue de la salle des nordiques du XVIIe siècle
Photo : D. Rykner |
3. Attribué à Gian Lorenzo Bernini, dit le Bernin
Cheval cabré
Terre cuite dorée
Aix-en-Provence, Musée Granet
Pratiquement invisible, derrière sa vitrine ronde
Photo : D. Rykner |
Un chef-d'œuvre, La Vierge en gloire de Robert Campin (ill. 1), accueille le visiteur dès la première salle consacrée aux Primitifs. Celle-ci, comme la suivante (ill. 2) où sont exposés les peintres nordiques du XVIIe siècle, malgré un mur un peu blanc, reste exempt de reproches. Les choses se gâtent nettement dans la troisième salle. On y voit de petits tableaux (par exemple un Martyre de Sainte Martine de Pierre de Cortone) placés en hauteur, au dessus des grands qui, eux, sont accrochés trop bas. Les reflets de la vitrine ronde au milieu de la salle empêchent absolument de voir les terres cuite qu'elle abrite, mais permet de se contempler dans une vision déformante digne de la foire du trône (ill.3 ). Dans cette même pièce, deux natures mortes sont exceptionnellement situées à hauteur d'yeux. Manque de chance, elles sont particulièrement médiocres. Une sculpture placée juste devant une peinture (ill. 4) empêche de voir celle-ci, un dispositif que l'on retrouvera plus loin.
4. Aix-en-Provence, Musée Granet
Sculpture présentée devant un tableau
Photo : D. Rykner |
Le musée Granet possède un grand nombre de tableaux italiens du XVIIe qui, malgré leur qualité, cherchent encore une paternité. Plusieurs sont exposés dans la salle suivante, tel un Saint Sébastien (ill. 5) ou un Saint Religieux en extase. On peut aussi admirer une belle Annonciation de Daniele Crespi (ill. 6). Toutes ces œuvres proviennent de la collection Bourguignon de Fabregoules, l'un des grands donateurs du musée au XIXe siècle.
5. Naples, XVIIe siècle
Martyre de saint Sébastien
Huile sur toile
Aix-en-Provence, Musée Granet
Photo : D. Rykner |
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6. Daniele Crespi (1598-1630)
L'Annonciation
Huile sur panneau - 48 x 68 cm
Aix-en-Provence, Musée Granet
Photo : D. Rykner |
On débouche alors sur un escalier, qui mène au premier étage et à la peinture française du XVIIe siècle. Là encore, la présentation est très décevante. Les tableaux de Lubin Baugin ou de Pierre Puget sont beaucoup trop bas (ill. 7), ce qui nuit à leur vision et présente un grave risque pour leur conservation, n'importe quel visiteur pouvant les abîmer involontairement. Une fois de plus, de petits tableaux placés trop haut sont à peu près invisibles (ill. 8)
7. Aix-en-Provence, Musée Granet
Salle de peinture française du XVIIe siècle
Tableaux de Pierre Puget, accrochés trop bas
Photo : D. Rykner |
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8. Aix-en-Provence, Musée Granet
Salle de peinture française du XVIIe siècle
En haut à droite, Sainte Cécile par Jacques Stella
Photo : D. Rykner |
9. Aix-en-Provence, Musée Granet
Salle Granet
Isolé, au milieu, Portrait de Granet par Ingres
Photo : D. Rykner |
Quelques salles plus loin commence le XIXe siècle avec, bien sûr, Granet et Ingres.
Les accrochages très resserrés, que l'auteur de ces lignes apprécie pourtant particulièrement, sont ici, à nouveau, complètement ratés, en raison d'un agencement particulièrement loufoque. Ainsi, salle Granet, le portrait du peintre par Ingres est isolé au centre d'un mur ; tel Moïse traversant la Mer Rouge, il repousse tous les autres tableaux sur les côtés (ill. 9), eux-même disposés en carrés serrés d'un curieux effet. Un bel Achille mourant par le sculpteur aixois Jean-Baptiste Giraud, aurait dû être exposé différemment, plutôt que de perturber la vision du Jupiter d'Ingres, l'une des œuvres les plus importantes du musée. Encore est-elle bien traitée si on la compare à un petit tableau de Géricault, coincé en hauteur dans un passage entre deux salles et tout à fait impossible à voir (ill. 10). La pièce suivante, dotée d'un rouge pompéïen de bonne tenue et d'un accrochage façon Salon du XIXe siècle serait presque parfaite si, là encore, une disposition étrange ne venait gâcher cette impression : les tableaux de petit format semblent former une ronde autour du grand paysage du milieu (ill. 10).
10. Aix-en-Provence, Musée Granet
En haut, à droite, Jeune grec endormi sur un rocher au bord de la mer par Géricault
Photo : D. Rykner |
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11. Aix-en-Provence, Musée Granet
Salle de paysages XIXe
Photo : D. Rykner |
Au second étage, dans des pièces basses de plafond ne permettant qu'une disposition sur un seul rang, les Paul Guigou sont disposés suivant leur taille : un grand, un petit, un grand, un petit... On pourrait multiplier ces exemples à l'infini et ajouter que les cartels semblent avoir été tirés au sort puisque nombreux sont ceux qui ne correspondent pas au tableau qu'ils décrivent (c'était le cas en juin, la situation a pu s'améliorer depuis).
12. Aix-en-Provence, Musée Granet
Galerie des sculptures
Photo : D. Rykner |
On mettra à part la galerie des sculptures (ill. 12), très heureusement agencée et restituée telle qu'elle était au début du XXe siècle. La lumière met harmonieusement en valeur les plâtres, les terres cuites et les marbres, même si le passage réservé au visiteur semble bien étroit et que les œuvres peuvent craindre d'être frôlées de trop près (le doigt d'une statue en aurait déjà fait les frais).
13. Francesco Guardi (1712-1793)
La place Saint Marc
Huile sur toile - 35 x 45 cm
Aix-en-Provence, Musée Granet
Photo : D. Rykner |
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14. Fernand Léger (1881-1955)
Le pot rouge, 1926
Huile sur toile - 65 x 92 cm
Aix-en-Provence, Musée Granet
Photo : D. Rykner |
Le parcours se conclut sur la donation Philippe Meyer, déposée par le Musée d'Orsay. A l'exception de quelques tableaux anciens dont un joli Guardi (ill. 13) et une nature morte de Chardin, elle est essentiellement composée de toiles modernes (Alberto Giacometti, André Masson, Pablo Picasso, Nicolas de Stael, Bram van Velde, Fernand Léger - ill. 13...). La muséographie sobre leur convient bien.
Que conclure de cette réouverture du Musée Granet que nous aurions aimé pouvoir encenser ? Un accrochage peut toujours être revu. Du point de vue architectural, il n'y a pas grand chose à dire. Les salles se prêteraient facilement à une présentation mieux adaptée. Espérons qu'à l'avenir ces défauts seront corrigés et qu'on n'en retiendra que la qualité des collections et la volonté d'exposer un grand nombre d'œuvre.
Didier Rykner
(mis en ligne le 20 août 2007)
Pour l'occasion est paru, dans la collection BNP/Paribas, l'ouvrage consacré au Musée Granet.
Denis Coutagne, Christophe Beyeler, Barbara Forest, Ludmila Virassamynaïken, Le Musée Granet, Aix-en-Provence, Fondation BNP Paribas, 128 p., 23 €. ISBN : 978-2-7118-5292-5.

Signalons aussi qu'on trouvera actuellement en solde, à la Librairie du Louvre, pour seulement 20 €, l'excellent catalogue de la galerie des sculptures du Musée Granet publié par Somogy sous le titre Sculptures en 2004 (auteurs : Alexandre Maral, Anne Pingeot et Luc Georget).
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