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Réouverture des salles Moyen-Age et Renaissance du Palais des Beaux-Arts de Lille
1. Région de Lille,
début du XVIe siècle
Sainte Catherine
Calcaire polychrome
Lille, Palais des Beaux-Arts
Photo : D. Rykner |
La réouverture du Palais des Beaux-Arts de Lille, en 1997, pouvait laisser croire que cet établissement en avait fini pour un moment avec les travaux. C'était sans compter avec les remontées d'eau qui rappellent que la ville est construite à l'origine dans un environnement marécageux1. En 2000, ces infiltrations ont nécessité la fermeture des salles du Moyen-Âge et de la Renaissance, situées au sous-sol. Depuis le 5 mars 2006, cette partie du musée peut à nouveau se visiter. Les partis pris qui ont présidé à cette nouvelle présentation sont exemplaires et la réussite est totale.
Ce travail est dû à Florence Gombert, jeune et brillante conservatrice à qui l’on devait déjà une exposition qui a fait l'unanimité (et que nous regrettons de ne pas avoir vu ni traité sur ce site), Le Maître au feuillage brodé. Exemple de coopération remarquable entre les musées français et américains dans le cadre du FRAME2, cette manifestation scientifique de haute tenue s'était tenue dans ces mêmes salles qui ont bénéficié de ses enseignements et hérité d'une partie de sa muséographie.
2. Tyrol, vers 1280
Retable de saint Georges
Bois polychromé - 313 x 193 x 61 cm
Lille, Palais des Beaux-Arts
© Palais des Beaux-Arts de Lille |
Pas moins de 16 peintures et 30 sculptures ont été extraites des réserves (ill. 1). Aucune œuvre n'y est retournée. Comme l’affirme fièrement Florence Gombert : « Je ne rentre rien, je ne fais que sortir. C'est mon principe ! » Un état d'esprit que l'on aimerait voir partagé par tous les musées. La conservatrice est allée jusqu'à exposer des objets encore en attente de restauration mais méritant d'être montrés dans les salles. Les critères : qu'ils soient de qualité, lisibles et qu'une présentation ne fasse pas courir de risques à leur conservation. Qu'importent de menus accidents qui montrent qu'il s'agit d'œuvres qui ont vécu. Cela ne vaut-il pas mieux, à tout prendre, que certaines restaurations trop poussées ?
Le tout n'est pas d'exposer, encore faut-il rendre le propos compréhensible, suggérer des rapprochements, ouvrir des voies à la recherche. Sur ce plan là aussi, le pari est gagné avec une intelligence confondante. Rarement accrochage aura semblé mieux pensé.
3. Palais des Beaux-Arts de Lille
Département des Antiquités, du Moyen Âge et de la Renaissance, salle 2
A gauche, deux panneaux de l'école colonaise du XVe siècle
à droite, Calvaire avec un donateur par le Maître de la vie de Marie
Photo : D. Rykner |
4. Angleterre, XVe siècle
Le repas chez Simon
Albâtre
Lille, Palais des Beaux-Arts
Photo : D. Rykner |
Dans la première salle, consacrée à l'Allemagne, où se trouve face à l'entrée, à la place d'honneur, le retable de Saint Georges (ill. 2), on voit à gauche (à droite sur l'ill. 3) un chef d'œuvre de l'école colonaise du XVe siècle, donné au Maître de la vie de Marie, représentant le Calvaire avec un donateur. Au revers de l'entrée, moins immédiatement visibles pour le visiteur, ont été accrochés deux panneaux sortis des réserves, de qualité moindre mais d'une date comparable et très proches par le style (Sainte Catherine et Saint Jean-Baptiste ; Sainte Barbe et deux saints). Mise en valeur des panneaux les plus importants et comparaisons pertinentes se combinent, offrant ainsi plusieurs lectures possibles.
La galerie du Moyen Âge n'a pas vraiment été modifiée par rapport à la présentation antérieure. On peut y voir des œuvres françaises, italiennes et espagnoles du XIIe au XVe siècle, notamment le fameux relief de Donatello, Le Festin d'Hérode, et la Vierge à l'Eglantine, peinture de Sebastiano Mainardi.
On arrive ensuite dans une salle consacrée à la sculpture lilloise du XVe siècle. Deux anges en calcaire sont exposés à proximité d'une Vierge polychrome dite de Saint-Sauveur, ce qui permet de comparer le traitement des plis, très semblable, et d'envisager qu'ils proviennent d'un même atelier.
5. Palais des Beaux-Arts de Lille
Département des Antiquités, du Moyen Âge et de la Renaissance
Galerie de Peinture et de sculpture
des anciens Pays-Bas, XVe et XVIe siècles (salle 7)
Photo : D. Rykner |
Après être passé dans une galerie d'étude qui présente, provenant des réserves, plusieurs albâtres anglais de très belle qualité (ill. 4), on arrive dans une salle dédiée aux retables sculptés autour de 1500, dominée par un grand Calvaire en bois polychrome de la fin du XVe siècle, à l'origine incertaine pour aboutir à la grande galerie de peinture et de sculpture des anciens Pays-Bas aux XVe et XVIe siècles (ill. 5)
6. Dirk Bouts (vers 1415-1475)
L'Ascension des Elus, vers 1470
Huile sur panneau - 115 x 69,5 cm
Lille, Palais des Beaux-Arts
© Palais des Beaux-Arts de Lille |
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7. Dirk Bouts (vers 1415-1475)
La Chute des Damnés, vers 1470
Huile sur panneau - 115 x 69,5 cm
Lille, Palais des Beaux-Arts
© Palais des Beaux-Arts de Lille |
Au centre de cette galerie, les retables peints scandent l'espace et permettent de voir facilement les revers des panneaux. De part et d'autre, sculptures et peintures se succèdent en se répondant mutuellement. Par des rapprochements de forme et d'iconographie se combinant avec une présentation autant que possible chronologique, le visiteur peut se laisser aller à la pure délectation esthétique ou rechercher dans des confrontations stimulantes les liens entre les différentes œuvres.
C'est ici que l'on pourra voir les triptyques de Jean Bellegambe, La Trinité et le Bain mystique, ainsi que les panneaux de Dirk Bouts, L'Ascension des Elus et la Chute des damnés (ill. 6 et 7), l'Adoration des Bergers (ill. 8) qui a donné son nom au Maître de l'Adoration de Lille ou encore la désormais célèbre Vierge entourée d'Anges musiciens du Maître au Feuillage brodé, dont on sait depuis l'exposition dont nous parlions plus haut qu'il s'agit d'un nom de convention regroupant plusieurs mains différentes.
8. Maître de l'Adoration de Lille (Anvers, vers 1520)
L'Adoration des Bergers
Huile sur panneau - 86 x 63,5 cm
Lille, Palais des Beaux-Arts
© Palais des Beaux-Arts de Lille |
La visite des nouvelles salles s'achève avec celle du XVIe siècle français et italien. On peut y voir des peintures maniéristes (plusieurs Déploration mises en relation, dont celle de Luca Penni,...), des émaux limousins, des sculptures. Une partie de cette dernière pièce est réservée à des accrochages temporaires, étudiant tel ou tel aspect de la collection lilloise. Intitulée Regard sur les collections du Moyen Âge et de la Renaissance, cette série était inaugurée par un sujet sur la composition des Vierges florentines et montrait quelques dessins de Raphaël et d'Andrea del Sarto autour d'une très belle copie ancienne de La Vierge, l'Enfant Jésus, saint Jean et trois anges d'après ce dernier peintre. Depuis le 15 mars et jusqu'au 18 juin est proposée une réflexion autour de l'attribution d'une Crucifixion : Peter Pourbus ou Barthel Bruyn le Jeune.
Le programme à venir du musée de Lille est particulièrement attractif : une présentation (et une publication) de son fonds de cartons de vitraux du XIXe siècle3, en 2007 la rétrospective Philippe de Champaigne, très attendue, ainsi qu'une exposition qui, sous le titre énigmatique de L'homme-paysage, s'attachera à l'étude du paysage anthropomorphique. Combinant un travail sur ses collections permanentes (indispensable et parfois oublié par certains musées), un programme d'expositions scientifiques et des acquisitions de premier plan (voir brève du 4/6/04 et brève du 16/1/06), le Palais des Beaux-Arts de Lille poursuit, sous la conduite d'Alain Tapié, la brillante politique menée par Arnauld Brejon de Lavergnée.
Didier Rykner
(mis en ligne le 31 mars 2006)
1. Etymologiquement, Lille vient tout simplement de « l'île ».
2. French Regional Museums Exchange
3. Nous parlerons de cette exposition.
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