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Le Musée des Arts Décoratifs rouvre ses portes
Musée des Ars Décoratifs
Nef centrale
© Philippe Chancel |
Enfin ! Après dix ans de fermeture, un temps beaucoup trop long, le Musée des Arts Décoratifs rouvre ses portes aujourd'hui.
Malgré certaines imperfections, l'ensemble est plutôt réussi. L'architecture de la nef centrale (ill.) semble avoir été respectée, même s'il est difficile de se rappeler son aspect antérieur. Grâce à cet axe, qui structure le bâtiment, le visiteur peut à tout moment se repérer aisément, d'autant que de nombreuses fenêtres permettent de se situer par rapport à l'extérieur. La signalétique est cependant encore déficiente et pourrait être améliorée. De même, les cartels manquent dans bien des endroits ce qui est étonnant vu le temps dont le musée disposait pour les réaliser. Quand ils existent, ils sont souvent peu pratiques (on ne saurait trop regretter cette mode des cartels collectifs regroupant plusieurs œuvres, ce qui oblige à faire un va-et-vient incessant entre l'objet et sa « légende »), incomplets ou parfois même trop généreux, faisant croire à une attribution plus flatteuse que la vraie (ainsi Diane au bain, une copie, sans doute du début du XVIIe siècle, d'un tableau de François Clouet conservé à la National Gallery de Washington, est présentée comme attribuée à ce maître, ce qui est abusif).
Le parcours chronologique est clair et agréable à suivre. Si les surfaces d'expositions sont hélas beaucoup trop petites pour montrer l'ensemble des collections, l'accrochage n'a rien de minimaliste comme dans de trop nombreux musées. Presque partout, l'abondance règne. Parfois trop même, comme dans cette salle où les commodes sont exposées dans des niches qui montent jusqu'au plafond, une idée qui paraît vraiment curieuse. Les vitrines sont pleines à craquer, ce dont on ne se plaindra pas, mais la disposition des objets est parfois un peu sage, trop rectiligne, ennuyeuse. Péché véniel qui pourra aisément être corrigé mais qu'on retrouve cependant dans l'accrochage de certains tableaux, en particulier dans les galeries Moyen Age et Renaissance. Dans une caricature de cabinet Renaissance, une succession de petits portraits sont alignés, comme à la parade, du plus grand vers le plus petit, sous une lumière verdâtre très désagréable. Dans une autre salle, des chefs-d'œuvre rarissimes (le Van Eyck, Bernardo Daddi...) ne bénéficient d'aucune protection, fusse une simple barrière au sol qui les préserveraient des mains baladeuses ou des sacs à dos. De même, dans la salle principale de cette section « Haute Epoque », parfaitement réussie et simulant une nef de chapelle, certains retables en bois peints sont trop près du spectateur, sans que rien ne dissuade de les toucher.
Le reste du parcours prêtera peu le flanc à la critique. Les period-rooms sont magnifiquement reconstituées, qu'il s'agisse de celles du XVIIIe siècle, du XIXe siècle, ou du XXe avec de remarquables ensembles Art Déco. L'alternance de ces pièces avec des salles d'exposition plus classiques évite la monotonie. Quelques-unes de ces dernières sont, malgré tout, ratées. Celle consacrée à la Duchesse de Berry est trop vide, et le ton criard des murs est assez laid. Le plafond de l'Hôtel de Verrüe, datant de 1720, est mal mis en valeur : sa vision est perturbée par deux vitrines, pourtant manifestement dessinées spécialement pour ce lieu, mais beaucoup trop hautes. Deux accrochages de dessins viennent s'insérer dans le parcours, permettant de montrer un échantillon d'un riche cabinet d'art graphique. La visite se poursuit jusqu'aux combles du bâtiment, où le XXe et le design contemporain trouvent parfaitement leur place.
Une galerie d'étude, qui court sur douze salles et sur deux niveaux, permet de doubler ce parcours chronologique par une approche plus thématique, ce qui est également l'occasion de sortir des objets des réserves. Pour ce premier accrochage, sous le titre "A quoi ça sert ?", sont exposés des sièges et de la vaisselle.
La redécouverte des collections du Musée des Arts décoratifs permet de se remémorer à quel point celles-ci sont souvent complémentaires de celles de son prestigieux voisin. Pour ne prendre que quelques exemples, on peut voir pas moins de trois importants François de Nomé, quand le Louvre n'en possède qu'un petit ; de même, les fabuleux Pillement portugais, malheureusement très mal accrochés, sont sans équivalent, comme les Borrassa ou les Maître Bertrand, absents du Louvre. Le musée montre aussi des peintres figuratifs des Années 30, non présentés à Beaubourg et la démonstration pourrait s'appliquer aussi aux meubles et aux objets.
Les inaugurations se sont succédé au rez-de-chaussée, prouvant que cet espace est très pratique pour organiser des cocktails. Il s'agirait d'un espace d'exposition. On ne peut cependant s'empêcher d'imaginer, comme pour le Musée du Petit Palais, que ce lieu, qui pourrait accueillir une partie de la collection permanente actuellement en réserve, ne serve en réalité à rentabiliser le musée en le louant pour des soirées privées. L'avenir dira si cette crainte était vaine.
Didier Rykner
(mis en ligne le 15 septembre 2006)
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