Les dessins de la collection Ratjen acquis par la National Gallery de Washington


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1. Giulio Romano (1499 ?-1546)
Les Quatre Eléments, vers 1530
Plume et encre brune, lavis brun - 24,2 x 33,7 cm
Washington, National Gallery
Photo : D. R.

28/8/08 – Acquisitions – Washington, National Gallery of Art – Fin 2007, le musée s’est enrichi d’un importante ensemble de dessins appartenant à la Fondation Ratjen, faisant entrer d’un coup dans ses collections 66 feuilles italiennes du XVIe au XVIIIe et 119 œuvres allemandes, autrichiennes et suisse datant de 1580 à 1900, ce qui en fait désormais le fonds graphique germanique le plus important outre-atlantique.
Wolfgang Ratjen, né en 1943 à Berlin dans une famille de banquiers, s’installa au Liechtenstein alors qu’il était enfant. Une partie de sa collection de dessins italiens provenait de celle du photographe Herbert List décédé en 1975 mais il continua par la suite à acheter, notamment des dessins allemands, n’hésitant pas à revendre certaines feuilles pour s’en procurer d’autres plus importantes. Après sa disparition en 1997, les œuvres demeurèrent à Vaduz pour être conservées par une fondation portant son nom qui a finalement vendu l’ensemble à la National Gallery1.

On en trouvera la liste complète sur le site du musée qui n’en reproduit cependant qu’un nombre assez réduit. Une exposition devrait être organisée et un catalogue publié. On se contentera ici d’en souligner les principaux points forts.

Parmi les dessins italiens, on signalera ainsi2 :

- Giulio Romano, Les Quatre Eléments (ill. 1). Provenant des collections Crozat et Mariette, ce dessin représente les éléments l’Eau, le Feu, la Terre et l’Air, personnifiés respectivement par Diane, Apollon, Saturne et Borée. On n’a pu le rattacher à aucune œuvre connue de l’artiste.


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2. Luca Penni (vers 1500-1557)
Le Banquet d’Acheloüs
Plume et encre brune, lavis brun-vert
rehaussé de blanc - 30,4 x 47,4 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : D. R.


- Luca Penni, Le banquet d’Acheloüs (ill. 2). Cette feuille a été publiée pour la première fois par Sylvie Béguin dans le catalogue de l’exposition L’Ecole de Fontainebleau (Paris, 1972). On lui doit d’avoir identifié le probable sujet, tiré des Métamorphoses d’Ovide.


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3. Jacopo Ligozzi (vers 1547-1627)
Le Christ devant Hérode
Plume et encre brune, lavis brun,
rehaussé de blanc - 46,9 x 37,4 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : D. R.


- Jacopo Ligozzi, Le Christ devant Hérode (ill. 3). Ce dessin fait peut-être partie d’un cycle consacré à la Passion du Christ. D’autres exemples comparables se trouvent notamment à l’Albertina. Un autre Ligozzi, La Marmotte, a été acquis par Washington avec la collection.


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4. Baldassare Franceschini dit il Volterrano (1611-1689)
Assomption de la Vierge, 1667-1670
Sanguine - 19,4 x 15,4 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : D. R.


- Baldassare Franceschini, Assomption de la Vierge (ill. 4). Il s’agit d’une étude pour le décor de la Santissima Annunziata à Florence. On reconnaît aisément la manière très caractéristique et virtuose du Volterrano qui, d’un entrelacs de traits, réussit à extraire une forme reconnaissable. La collection comprend un autre dessin de l’artiste (La Fuite en Egypte).


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5. Pierre de Cortone (1596-1669)
Le Massacre des Innocents, début des années 1630
Plume et encre brune, lavis brun, rehauts de blanc -
26,1 x 36,5 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : D. R.


- Pierre de Cortone, Le Massacre des Innocents (ill. 5). Si aucune toile de l’artiste sur ce sujet n’est connu, le dessin est en relation avec une toile de Giovanni Francesco Romanelli passée en vente chez Christie’s Londres le 9 juillet 1993. Il est possible que ce dernier, qui était au début des années 1630 - période probable d’exécution de cette feuille - dans l’atelier de Pierre de Cortone, s’en soit servi pour composer son propre tableau. Le thème est fréquent dans la peinture romaine de l’époque et la composition rappelle notamment le tableau de Poussin du Petit Palais à Paris, de quelques années antérieur.


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6. Pier Francesco Mola (1612-1666)
L’Ange apparaissant à Agar et Ismael, 1655-1659
Plume et encre brune, lavis brun - 18,9 x 27 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : D. R.


- Pier Francesco Mola, L’Ange apparaissant à Agar et Ismael (ill. 6). Cette feuille (et son verso, à la sanguine) est préparatoire à un tableau conservé à la Galleria Colonna à Rome.


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7. Gaspare Diziani (1689-1767)
Le Sacrifice d’Isaac, 1750-1755
Sanguine, plume et encre gris-brun,
lavis brun, rehauts de blanc - 39,1 x 28,4 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : D. R.


- Gaspare Diziani, Le Sacrifice d’Isaac (ill. 7). Ce dessin, au style caractéristique de l’artiste, n’a pas pu être mis formellement en relation avec une œuvre peinte, même si Diziani a réalisé au moins deux fois ce sujet.


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8. Carlo Maratta (1625-1713)
Saint Jacques le Majeur, 1686-1687
Sanguine et craie blanche - 42 x 25,4 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : D. R.


- Carlo Maratta, Saint Jacques le Majeur (ill. 8). Il s’agit d’une étude préparatoire à La Vierge à l’enfant avec l’apôtre saint Jacques le Majeur et saint François peint pour l’église Santa Maria di Montesanto à Rome.


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9. Antonio Canal dit Canaletto (1625-1713)
Festival du "Giovedi Grasso" devant le Palais des Doges
Plume et encre brune, lavis gris, rehauts de blanc -
38,5 x 55,3 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : National Gallery of Art


- Canaletto, Festival du "Giovedi Grasso" devant le Palais des Doges (ill. 9). Ce dessin fait partie d’une série de douze représentant des scènes de festival à Venise, gravés par Giambattista Brustolon.


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10. Ubaldo Gandolfi (1728 -1781)
L’Immaculée Conception
Plume et encre brune, lavis brun -
29,8 x 21,1 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : D. R.


- Ubaldo Gandolfi, L’Immaculée Conception (ill. 10). Le dessin étudie un tableau autrefois conservé dans l’église du Couvent de Santo Spirito à Cingoli, aujourd’hui propriété de la municipalité. Un dessin de Gaetano Gandolfi, Etudes de Callisto fait aussi partie de l’ensemble acquis par Washington.

On notera encore (liste non exhaustive) des feuilles de Federico Barocci, Pompeo Batoni (2), Ferdinando Galli Bibiena, Guillaume Courtois, Stefano della Bella (2 dessins dont La chute de Phaëton), Aniello Falcone, Ciro Ferri, Francesco Fontebasso, Luca Giordano (2), Guerchin, Benedetto Luti, Palma le Jeune (3), Piranèse (3), Giulio Cesare Procaccini, Matteo Rosselli, Ventura Salimbeni, Pellegrino Tibaldi (La sainte Famille avec saint Jean-Baptiste enfant), Giovanni Battista Tiepolo (deux dessins dont un recto-verso : Homme nu assis sur le sol), Giovanni Domenico Tiepolo (2 dont l’un, La Présentation au Temple, fait partie de la célèbre série de dessins pour la Bible illustrée), Lorenzo Tiepolo, Giorgio Vasari, Francesco Zucarelli...

Voici également quelques dessins allemands de la collection. Celle-ci est riche de nombreuses œuvres baroques du XVIIIe siècle (Cosmas Damias Asam, Johann Wolfgang Baumgartner, Frantz Anton Maulbertsch, etc.), mais nous n’en avons pas de reproductions. Les visiteurs les plus attentifs de la récente exposition L’Âge d’or du romantisme allemand au Musée de la Vie Romantique (voir l’article) auront remarqué la présence de plusieurs feuilles de la collection Ratjen prêtées par la National Gallery3.


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11. Johann Rottenhammer (1564-1625)
Minerve et les Muses
Aquarelle, plume et encre brune et grise
Washington, National Gallery of Art
Photo : D. R.


- Johann Rottenhammer, Minerve et les Muses (ill. 11). L’artiste a au moins traité une fois ce sujet dans une peinture conservée à Nuremberg, au Germanisches Nationalmuseum. Celle-ci est encore marquée par la peinture vénitienne et le maniérisme d’un Sustris ou d’un Tintoret. Si l’on retrouve une même élégance dans les poses, le dessin, daté vers 1610, montre l’évolution de Rottenhammer vers un plus grand classicisme.


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12. Adam Elsheimer (1578-1610)
Cérès changeant Stellio en lézard
Gouache
Washington, National Gallery of Art
Photo : D. R.


- Adam Elsheimer, Cérès changeant Stellio en lézard (ill. 12). Le sujet est tiré des Métamorphoses d’Ovide. Le Musée du Prado conserve une peinture sur cuivre de l’artiste représentant le moment précédant, celui où Stellio, un jeune enfant, se moque de Cérès qui va le transformer en lézard.


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13. Carl Blechen (1798-1840)
Paysage de forêt avec ruine gothique au bord de l’eau,
vers 1834-1835
Plume et pinceau, encre brune et grise,
mine de plomb, aquarelle - 25 x 34,2 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : National Gallery of Art


- Carl Blechen, Paysage de forêt avec ruine gothique au bord de l’eau (ill. 13). Ce dessin, où l’on voit l’influence de Dahl et de Friedrich dont l’art marqua fortement l’artiste, rappelle que Blechen fut également décorateur de théâtre. Cette ruine gothique pourrait servir d’arrière-plan pour un opéra romantique. Un autre dessin de Blechen, David et Bethsabée a été acquis avec la collection Ratjen.


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14. Caspar David Friedrich (1774-1840)
Le Massif des Schneegruben vu de Hainbergshöh
Mine de plomb et aquarelle - 26,2 x 36,4 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : National Gallery of Art


- Caspar David Friedrich, Le Massif des Schneegruben vu de Hainbergshöh (ill. 14). Il s’agit ici d’une vue d’un paysage réel dont l’artiste a exécuté au moins un autre exemple, à une heure différente du jour, conservé dans une collection particulière et présenté à l’exposition du Musée de la Vie Romantique.


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15. Julius Schnorr von Carolsfeld (1794-1872)
Ruth et Booz, 1824
Plume, encre brune, mine de plomb - 21,7 x 25,8 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : National Gallery of Art


- Julius Schnorr von Carolsfeld, Ruth et Booz (ill. 15). Il s’agit d’une étude préparatoire à une planche de La Bible en images, un ensemble de 240 gravures paru entre 1852 et 1860. L’artiste nazaréen peignit également une toile d’après ce dessin, conservée à la National Gallery de Londres. Trois autres Schnorr sont conservés dans la collection Ratjen dont l’un représente des feuilles mortes.


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16. Moritz von Schwind (1804-1871)
Apparition dans la forêt, 1825
Plume, encre brune, mine de plomb - 33,2 x 47 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : Engelbert Seehuber


- Moritz von Schwind, Apparition dans la forêt (ill. 16). La scène représentée n’a pas été identifiée. Il peut s’agir d’une invention de l’artiste, reprenant des éléments fantastiques communs dans la littérature romantique de l’époque.


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17. Philippe Veit (1793-1877)
Germania, 1833
Aquarelle, mine de plomb - 42,3 x 28,8 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : Engelbert Seehuber


- Philippe Veit, Germania (ill. 17). Il s’agit d’une étude préparatoire à un décor mural pour le bâtiment du Städel Museum de Francfort commandé à l’artiste (qui en était le directeur) en 1832. Les fresques furent détachées du mur en 1877 et transposées sur toile.


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18. Adolf Menzel (1815-1905)
Emilie, 1851
Pastel et pierre noire
Washington, National Gallery of Art
Photo : National Gallery of Art


- Adolf Menzel, Emilie (ill. 18). Il s’agit d’un portrait de la sœur de l’artiste. La collection Ratjen contient quatre autres feuilles de Menzel.

La National Gallery est décidément habile pour acquérir des ensembles, comme la collection de peintures et dessins américains (promised gift, c’est-à-dire donation sous réserve d’usufruit) en 2004 (voir brève du 11/5/04), les 74 dessins anciens provenant de la collection Woodner offerts en 2006 (voir brève du 30/6/06) ou encore, plus récemment, les bronzes de la Renaissance offerts par Robert H. Smith (voir brève du 28/5/08). Nous reviendrons par ailleurs bientôt sur les autres acquisitions récentes de ce musée.

English version


Didier Rykner, jeudi 28 août 2008


Notes

1De la collection Ratjen, la National Gallery conservait déjà trois dessins acquis en 1998 et 2000.

2Plusieurs expositions ont été dans le passé consacrées aux dessins italiens de la collection Ratjen, notamment en 1977-1978 à Münich, Berlin, Hambourg, Düsseldorf et Stuttgart (Stiftung Ratjen. Italianische Zeichnungen des 16.-18. Jahrhunderts) et à la Frick Collection en 1996-1997 (Italian drawings from the Ratjen Foundation, Vaduz). Nous avons tiré plusieurs informations du catalogue de cette dernière exposition (dû à David Lachenmannn).

3Sous la direction de Hinrich Sieveking, L’Âge d’or du romantisme allemand. Aquarelles & dessins à l’époque de Goethe, Paris, 2008. Certains éléments de cette brève sont tirés des notices de ce catalogue.





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