C’est dans le cadre du Mois européen de la photo que la présente exposition a été organisée grâce à un partenariat entre le Musée d’Histoire de la Photographie Fratelli Alinari de Florence et l’Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la Ville de Paris. Un choix conséquent issu de la collection Alinari illustre l’histoire de la photographie en Italie des origines aux années 1940. Outre les responsables de ces deux institutions, Monica Maffioli et Anne Cartier-Bresson, l’exposition a pour commissaire Béatrice Riottot-El Habib, directeur du Pavillon des Arts où se tient la présentation ; Béatrice El Habib fêtera cette année ses vingt ans de présence Terrasse Lautréamont : profitons de cette occasion pour rendre hommage à un lieu, une direction et une programmation uniques à Paris pour leur singularité et leur créativité. On doit aussi évoquer les menaces qui pèsent sur le Pavillon des Arts à propos duquel courent des rumeurs de disparition pure et simple, un trait de plume qui interviendrait sous le prétexte du grand chambardement que connaîtra sans doute prochainement le site des Halles (nouvelle démonstration de la coûteuse durée de vie (!) de cette « architecture » du dernier tiers du XXe siècle..). Si ce projet funeste devait se confirmer, tous les parisiens amateurs d’art et d’intelligence regretteraient cet espace ouvert sur toutes les cultures et réputé pour son indépendance.
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1. Vitrine présentant les
précieux |
2. Evocation de l'atelier
Alinari (1899) |
Organisée de manière thématique et chronologique, l’exposition illustre la diffusion des techniques photographiques en Italie dès les grandes découvertes de Daguerre et Niepce et révèle l’apport de la société familiale Alinari, fondée en 1854 et dont les collections n’ont cessé de s’enrichir de divers fonds jusqu’à la création de son Musée en 1985 (plus de trois millions d’images). Parmi les 3200 daguerréotypes conservés à Florence, un choix présente ici quelques raretés dans une scénographie soignée (ill. 1) dont la Vue de Florence sous la neige de Vincenzo Amici (1841), le plus ancien cliché réalisé en Toscane. De ces années 1840 à 1860 on retient la volonté des photographes de saisir la vie avec cette invention « miraculeuse » (portraits et scènes de rue), mais aussi de fixer avec fierté les vestiges archéologiques et les monuments majeurs italiens (dont l’état du moment qui nous est révélé est d’ores et déjà un apport essentiel à la connaissance au-delà même de la beauté des images) ; cependant, on trouve également la trace d’une recherche esthétique avec des paysages choisis pour leur composition propice à un travail de création comme avec les admirables Pinède de Castel Fusano et Cyprès à la Villa d’Este de Giacomo Caneva (1855), que nous ne sommes malheureusement pas autorisés à reproduire. La majesté des ruines antiques, des monuments de la Renaissance et des vues urbaines s’impose dans des images qui frappent soit par leur solitude, soit par la présence fantomatique d’un monde disparu.
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3. Filippo Belli |
L’histoire de la photographie italienne, dans laquelle les Ateliers Alinari tiennent une place importante (par le fonctionnement de leurs ateliers (ill.2) mais aussi par des campagnes photographiques de sites archéologiques et d’œuvres d’art) n’est pas éloignée de celles des autres pays d’Europe ; après les travaux des pionniers, on trouve des tendances « romantiques » dans les années 1850, puis un réalisme soucieux de restituer la vie populaire dont témoigne, par exemple, la Paysanne du Latium de Filippo Belli, 1875, (ill. 3) ; on constate également l’existence d’une esthétique inspirée par l’impressionnisme (avec de sublimes vues de Venise de Carlo Naya) ou encore la présence d’un pictorialisme italien.
Dans l’exposition, les individualités éclairent cette évolution à travers de nombreuses photographies de première importance, depuis les vues poétiques d’Altobelli : Rome, Vue de nuit des forums impériaux (ill. 4) et La Cascade « delle Marmore » à Terni (ill. 5) et les mises en scènes du peintre Vincenzo Giacomelli : La Dénonciation secrète (1880, ill. 6) jusqu’aux photographies de Wilhelm von Gloeden. ; de cet artiste, dont on connaissait déjà l’œuvre à l’érotisme homosexuel inspiré par une Antiquité reconstituée (qualifiée non sans une pudibonderie qui fait sourire dans le dossier de presse d’ « idéal puriste de beauté »), on découvre ici les images saisissantes du tremblement de terre qui détruisit Messine en 1908 (ill. 7). Les clichés de l’époque des Avant-Gardes et du Néo-réalisme ne nous retiendrons pas pour des raisons de chronologie mais elles complètent ce panorama remarquable dont il faut souligner la scénographie harmonieuse, l’élégance de l’accrochage et les astuces bienvenues de présentation (par exemple, les superbes autochromes que le visiteur est appelé à .révéler en leur donnant lui-même la lumière).
Le catalogue qui accompagne l’exposition présente la quasi totalité
des photographies exposées ainsi que des analyses historiques et esthétiques,
permettant de comprendre l’histoire de la photographie italienne et de deviner
la richesse des collections du Musée Fratelli Alinari. On doit regretter que
pour d’obscures raisons de droits, le Musée Alinari n’ait permis à la
presse la reproduction que de quelques images peu représentatives de la beauté
de l’ensemble. Il faut donc voir cette exposition pour se rendre compte de son
intérêt évident.
(mis en ligne le 8 janvier 2005)
Vu
d’Italie 18541-1941, La photographie italienne dans les collections du Musée
Alinari, Pavillon des arts, 10 novembre 2004 – 6 mars 2005.
Catalogue
coédité par le Musée Alinari et Paris-Musée, textes d’Anne Cartier-Bresson
et Monica Maffioli, 258 pages, 200 illustrations, 44 euros. ISBN 88-7292-472-3.
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