LETTRE D'INFORMATION
Chaque semaine,
soyez informé des nouveautés

ABONNEZ-VOUS

Catalogue livres d'histoire de l'art

LIVRES PROPOSES EN
PARTENARIAT AVEC
DESSIN ORIGINAL

 
Accueil
Editorial
Brèves
Expositions
Publications
Musées
Patrimoine
Débats
Acquisitions
Etudes
Artistes
Liens
Calendrier des expositions
Colloques
Courrier
Annonces
Archives
Nouvelles mises à jour
Contact
 

Todeschini (1664-1736) et les peintres de la réalité en Italie au XVIIIe siècle

Reims, Musée des Beaux-Arts, du 5 octobre 2005 au 8 janvier 2006 (exposition terminée ; la recension porte sur l'étape du Havre).

Giovanni Francesco Cipper, dit Todeschini - L'Excision de la pierre de folie - Le Havre, Musée André Malraux
1. Giovanni Francesco Cipper, dit Todeschini
L'Excision de la pierre de folie
Huile sur toile - 175 x 229 cm
Le Havre, Musée André Malraux
Photo : Service de presse

   Véritable bijou, le musée André Malraux constitue un des attraits majeurs du Havre. Ancré à la pointe du port, à tribord de la capitainerie, ce bâtiment, œuvre des architectes havrais Audigier et Lagneau fut le premier musée reconstruit après la seconde guerre mondiale. Le parti des concepteurs fut d’orienter l’édifice vers la mer, visible de quasiment tous les points du musée. La nouvelle muséographie mise en place par l’architecte Baudoin renforce encore cette sensation, et à tout moment l’œil passe d’un Renoir à un Bonnard, d’un Vouet à un Ribera en faisant une halte sur la grande bleue et son spectacle toujours fascinant. La collection permanente du musée, récemment enrichie des œuvres du XIXe siècle et du début du XIXe siècle de la donation Senn-Foulds, vaut déjà largement le déplacement. Mentionnons également le célèbre mur de vaches d’Eugène Boudin, composé de 200 petits panneaux représentant le célèbre ruminant normand. Profitez en, car dans les mois à venir le musée fermera pour travaux, afin d’intégrer définitivement les œuvres de la donation Senn-Foulds, et plus de la moitié des bovidés devraient partir en réserve. Le mur sera entièrement réaccroché pour présenter des aspects plus variés de l’œuvre de ce peintre.
   Enfin, une fois sur place, il convient de faire un tour en ville pour découvrir le centre reconstruit après-guerre par Auguste Perret. Récemment classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, cet étonnant ensemble architectural, tant décrié il y a encore dix ans, est désormais devenu furieusement tendance. A vous de vous faire votre idée, mais que vous aimiez ou non, vous ne pourrez qu’être époustouflé par l’église Saint-Joseph et son clocher évidé en béton qui culmine à 100 mètres de haut. Tout le bâtiment, nef en croix grecque et clocher, est agrémenté de carreaux de verres de couleurs différentes, et la sensation qu’on éprouve à l’intérieur est tout simplement magique.

Giovanni Francesco Cipper, dit Todeschini - La Rixe - Reims, Musée des Beaux-Arts2. Giovanni Francesco Cipper, dit Todeschini
La Rixe
Huile sur toile - 114 x142 cm
Reims, Musée des Beaux-Arts
Photo : Service de presse

   Giovanni Francesco Cipper, dit il Todeschini (1664-1736) est un des principaux représentants du courant naturaliste implanté en Italie au XVIIe siècle et pendant la première moitié du XVIIIe siècle. D’origine autrichienne, il s’installe et travaille en Lombardie de 1696 à 1736. Alors que dans toute l’Europe s'épanouit la peinture d'histoire avec son lot d’allégories mythologiques, de grands seigneurs dans toute leur splendeur et d’apologie des puissants et de leurs conquêtes, Todeschini et les autres suiveurs de cette école s’attachent à peindre et à montrer les petites gens, dans leur misère, voire leur laideur pour des yeux du XXIe siècle.
   L’exposition regroupe autour des toiles de Todeschini présentes dans les musées français, des œuvres d’autres tenants de ce style. Quelques prêts étrangers publics, ou privés viennent compléter cet ensemble particulièrement homogène. Il n’en demeure pas moins que ce sont les tableaux de Cipper qui arrêtent l’œil et captent notre attention. Les thèmes abordés se concentrent autour de la vie quotidienne des classes populaires : buveur dans une taverne, partie de cartes, marchands, opération chirurgicale en plein air, lavandières, fileuses, chanteurs des rues, etc.

 

   Qui connaît bien de nos jours l’œuvre de cet artiste ? La surprise et la révélation sont au moins égales à l'oubli qui entourait jusqu’à récemment son travail. Ce qui marque le plus, tout au long de ce parcours, ce sont les figures, les trognes devrait-on dire, souvent peu gracieuses, mais fait étonnant, très souvent souriantes. Ainsi dans L’Excision de la pierre de folie, (ill. 1)(Le Havre, musée André Malraux), même le fou semble hilare, alors qu’à la vue de l’opération pratiquée par le « médecin » l’on serait en droit de l’imaginer hurlant de douleur. Autour de lui, la vieille femme semble très absorbée par l’acte chirurgical et la jeune femme, plutôt interloquée, tient dans ses bras un bébé qui dort paisiblement. Cette présence permanente du rire nous semble souvent déplacée comme la sérénité presque joyeuse du jeune homme dans Le Dentiste bohémien (ill. 3) qu’on imaginerait moins serein à la vue de la dent qu’on lui a retirée, sans anesthésie. Dans La Rixe (ill. 2) l’adolescent qui est sur le point de recevoir un coup de poing incontestablement peu amical semble s’en réjouir. Seul l’opéré dans Le Charlatan, (ill. 4) montre par une grimace toute sa souffrance. Dans le même temps cette constante joyeuse constitue également le symbole d’une humanité très forte comme l’illustre Le Petit Piffaretto (ill. 5) où l’enfant, tout comme la femme (mère ou grand-mère ?) rayonnent de bonheur et de paix.

Giovanni Francesco Cipper, dit Todeschini - Le Dentiste bohémien -Brno, Château de Rajec3. Giovanni Francesco Cipper, dit Todeschini
Le Dentiste bohémien
Huile sur toile - 96 x 133 cm
Brno, Château de Rajec
Photo : Service de presse

Giovanni Francesco Cipper, dit Todeschini - Le Charlatan - Brno, Château de Rajec
4. Giovanni Francesco Cipper, dit Todeschini
Le Charlatan
Huile sur toile - 96 x 133 cm
Brno, Château de Rajec
Photo : Service de presse

   L’autre grande force de Cipper se trouve dans sa maîtrise incontestable de la nature morte. Que ce soit dans Le Petit Piffaretto ou Vieille femme entourée de deux personnages (Chambéry, musée des Beaux-Arts) avec le biscuit à la cuillère, dans Jeune homme tenant un canard (Saint-Etienne, musée d’Art Moderne) et Marchand de gibier (Mâcon, musée des Ursulines) où le canard, bien que mort semble animé par la puissance de la peinture. Todeschini joue également avec nous en plaçant de manière récurrente des objets familiers tels qu’une pipe ou une cruche, créant ainsi des repères fixes et rassurants au milieu de ces faciès souvent inquiétants.

Giovanni Francesco Cipper, dit Todeschini - Le petit Piffaretto - Arbois, Musée Sarret de Grozon
5. Giovanni Francesco Cipper, dit Todeschini
Le petit Piffaretto
Huile sur toile - 132 x 100 cm
Arbois, Musée Sarret de Grozon
Photo : Service de presse

   Cette exposition nous offre le plaisir de la découverte d’une peinture particulièrement forte et virile. Le seul défaut réside dans l’espace dévolu aux expositions. En effet, venant des salles très lumineuses de la collection permanente, le visiteur se retrouve dans un lieu bien sombre et triste.
   Le catalogue rédigé sous la direction de Béatrice Sarrazin, peu volumineux, ce qui de nos jours constituerait presque une qualité, est très clair, avec une maquette agréable et des textes permettant une approche sensible du contexte dans lequel cet œuvre a vu le jour. Certains sujets sont abordés de manière très réussie, par exemple la question de savoir qui collectionnaient ces tableaux ou celle de leur rapport avec le théâtre. Un seul regret, la reprographie très moyenne qui ne permet pas de prendre toute la mesure de la puissance de cette peinture.

Thierry Cazaux
(mis en ligne le 23 août 2005)


Musée André Malraux du Havre. Exposition terminée le 18 septembre, puis au Musée des Beaux-Arts de Reims du 5 octobre au 8 janvier 2006. Elle a été présenté auparavant au Musée des Beaux-Arts de Chambéry. En revanche, l'exposition ne connaîtra pas d'étape italienne.

Sous la direction de Béatrice Sarrazin, Autour de Giacomo Francesco Cipper. Gens d'Italie aux XVIIe et XVIIIe siècles , Editions Fage, 120 p., 25 €, ISBN : 2-84975-044-1.