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Joshua Reynolds : The Creation of Celebrity 

Joshua Reynolds - Portrait de Lady Worsley
1. Joshua Reynolds
Portrait de Lady Worsley,
vers 1776
Huile sur toile - 236 x 144 cm
© The Earl and Countess of Harewood and
the Trustees of the Harewood House Trust

   Entre le début des années 1750 et sa mort en 1792, Joshua Reynolds a régné sur le portrait anglais et son marché lucratif. La peinture d’histoire ne l’a guère retenu, le genre qu’il s’était choisi pour briller et s’enrichir lui suffisait pour être reçu partout. Le peintre avait cependant des lettres et fréquentait les hommes qui en faisaient profession, comme Samuel Johnson dont le génie caustique égalait la laideur. De plus, Reynolds aimait à passer pour aussi savant qu’eux ; ses traités sur la peinture en font foi. Ses tableaux aussi, émaillés de références plus ou moins appuyées aux vieux maîtres, Raphaël et Corrège comme Rembrandt. Reynolds avait en effet le cœur large et le pinceau flexible. Il est vrai qu’en Angleterre les grands portraits, héroïques par nécessité, appelaient le souvenir de Titien, Van Dyck et Rubens. Mais, quand l’intime, la rêverie ou la mélancolie l’emportent sur l’emphase, la palette devient moins sonore et la manière plus caressante.

   Ce que cette belle exposition, belle par sa construction et la couleur des murs, comme par la qualité des œuvres, réussit à nous faire comprendre concerne moins la fabrique du tableau que sa fonction sociale, son rôle de médiateur dans l’image publique des modèles de Reynolds. Il est de cet âge qui voit se développer simultanément l’estampe de reproduction, la publicité de la peinture à travers la récente Royal Academy et l’idéologie du grand homme, utile à la Nation, voire à l’humanité. Religion qui remplace au siècle des Lumières le culte des saints, que les Anglicans avaient toujours tenu en suspicion. Il s’agissait donc de mettre l’accent sur les mécanismes de la « célébrité », celle que le peintre s’est acquise avec pugnacité (section des autoportraits), celle qu’il contribuait à fixer chez ses modèles. L’époque était favorable, on l’a dit, d’autant plus que la carrière du peintre s’est développée durant une période de guerres continuelles. D’où un grand nombre de militaires dans cette galerie d’effigies pleines d’énergie et d’orgueil, sinon de vanité. La gravure se chargea de transporter au loin, jusqu’en France par exemple, ces images de combattants valeureux et victorieux sur terre et mer.

Joshua Reynolds - Portrait d'Omaï - Collection privée
2. Joshua Reynolds
Portrait d'Omaï, vers 1776
Huile sur toile - 236 x 145,5 cm
Collection privée
Photo : Sotheby's Picture Library, Londres

   La réputation du peintre se mesure donc au rang comme au nombre de ses modèles. Ils n’appartenaient pas tous, loin s’en faut, à la gentry comme la belle Lady Worsley (ill. 1) , revêtue de rouge comme la passion qu’elle éveillait dans le cœur des hommes et les uniformes de ceux qui partaient se battre en Amérique. Les modèles de Reynolds comptèrent aussi des personnages interlopes, écrivains, acteurs et mêmes prostituées de haut vol. Sa peinture semble n’avoir craint aucun obstacle et aucun tabou. Le parcours se clôt d'ailleurs sur le portrait d’Omaï (ill. 2) , un jeune Polynésien qu’on avait « attiré » en Angleterre en 1774. Cette pièce magnifique, dont on ne serait pas étonné d’apprendre qu’elle entrât un jour à la Tate Britain, est associée à l’étude sur le vif du visage de ce « bon sauvage ». L’écart entre le réalisme de cette dernière et le portrait final est plus que parlant. L’exotisme comme la célébrité insulaire était un travail d’orfèvre.

Stéphane Guégan
(mis en ligne le 21 juin 2005)

Londres, Tate Britain. Exposition terminée le 18 septembre 2005.

Martin Postle, son commissaire, est aussi le principal auteur du catalogue de l’exposition. Publication qui prouve que l’on peut varier les approches d’un sujet aussi rebattu que le portrait anglais.

Martin Postle, Joshua Reynolds : The Creation of Celebrity, 296 p., £ 29,99. ISBN : 1-854-37564-4