Giovan Battista Moroni. Lo sguardo sulla realtà 1560-1579
 

   Parce que Titien recommandait aux gouverneurs de Venise en poste à Bergame de s’adresser à Giovan Battista Moroni, les anglo-saxons l’avaient considéré comme l’un des meilleurs portraitistes vénitiens du XVIe siècle et ont collectionné ses œuvres. Depuis 70 ans, la connaissance de ce peintre s’est précisée, notamment grâce à la redécouverte de ses nombreux tableaux religieux, et les historiens italiens1 l’ont replacé dans la tradition naturaliste lombarde. En 1979, Mina Gregori a publié le catalogue raisonné et organisé une rétrospective à Bergame, puis d’autres ont suivi. Autant dire que la manifestation actuelle a peu de champ pour innover. Celle-ci est répartie sur quatre lieux, ce qui nécessite une longue marche à pied, bien entendu dans un site enchanteur. Dans la ville basse, le Musée Bernareggi propose une évocation assez représentative de sa carrière par une quarantaine de peintures dans une muséographie impersonnelle et froide2. La douzaine de retables, provenant de villages alentour de Bergame, révèlent la dette de Moroni vis-à-vis de Moretto, son maître à Brescia. Les quelques rares dessins conservés de l’artiste sont d’ailleurs des copies ou des dérivations de Moretto que Moroni réemploie dans ses tableaux, avec une certaine raideur, mais que compensent son sens de l’harmonie des couleurs sourdes, l'intériorité et la sérénité des personnages sacrés. Le naturalisme lombard, l’influence de la lumière lunaire de Lotto et de Savoldo sont perceptibles dans la Cène de Romano di Lombardia (ill.1). Les portraits constituent le meilleur de Moroni par leur qualité psychologique rendue avec une exceptionnelle économie de moyens. Une quinzaine sont montrés dont la Dame à l’éventail (Amsterdam, Rijkmuseum) et celui d'un couple, Roberto Spini et sa femme (Bergame, Accademia Carrare). De ce groupe, se détachent évidemment ceux de la période grise : le Portrait d’un jeune gentilhomme (Ottawa, ill. 2) ou le portrait de Gian Girolamo Albani d’une collection privée milanaise.

Photo SilvanaEditoriale

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1. Giovan Battista Moroni
La Cène, vers 1568-1569
Huile sur toile - 295 x 195 cm
Romano di Lombardia, Santa Maria Assunta e San Giacomo

2. Giovan Battista Moroni
Portrait d'un jeune gentilhomme, vers 1573
Huile sur toile - 97,9 x 78,2 cm
Ottawa, National Gallery of Canada

   Dans la vieille ville, la visite du Palais Moroni est un moment de grâce. Six des plus beaux portraits de l’artiste et deux toiles religieuses de petit format (ill. 3) sont exposés sous le magnifique décor des fresques baroques de Gian-Giacomo Barbelli. Cette collection privée, appartenant à des descendants de la famille collatérale du peintre, possède le Portrait d’une femme âgée en noir, le célèbre Portrait de Gian Girolamo Grumelli, le chevalier en rose (ill. 4), à la gamme de couleur gris-noir-rose  (qu'on a comparée à celle de Vélasquez et de Manet), et celui de sa femme, la poétesse Isota Brembati, au caractère aristocratique si finement exprimé. Les deux portraits de Marco et Simone Moroni (Florence, Offices), cadrés au col, sont accrochés à coté de leurs copies, d’excellente qualité, exécutées 30 à 40 après, qui permettent de comprendre la touche unique du maître : une légère vibration du fond gris, un rapport inégalé entre le visage net et le flou atmosphérique de l'image.

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3. Giovan Battista Moroni
Adoration des Mages, vers 1552-1555
Huile sur toile - 97 x 112 cm
Italie, collection particulière

4. Giovan Battista Moroni
Portrait de Gian Girolamo Grumelli, 1560
Huile sur toile - 216 x 123 cm
Bergame, Palazzo Moroni

   Un dossier sur la dernière œuvre de l’artiste est présenté au couvent San Francesco. En 1577, Moroni entreprit une copie du Jugement Dernier (ill. 5) de Michel-Ange à la Sixtine, d’après des gravures et avec de sensibles variantes. Laissée inachevée, elle fut terminée après sa mort par son élève Giovan Francesco Terzi. Restaurée et nettoyée récemment, la grande toile est dérangeante et manque d’unité. La partie inférieure dirigée par Moroni n’ajoute rien à sa renommée. En revanche, la diffusion de la composition d’origine et l’étude des modifications qui lui sont apportées en rapport avec la sociologie de la Contre-Réforme en Lombardie sont largement développées. A quelques pas de là, la bibliothèque Angelo Maj présentera à partir du 11 février un dossier sur Giorgo Asperti, l’un des commanditaires importants de Moroni et de Giovanni Paolo Cavagna.

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                                                Photo SilvanaEditoriale

5. Giovan Battista Moroni et Giovan Francesco Terzi
Le Jugement Dernier, 1577-1580 
Huile sur toile - 422 x 485 cm
Gorlago, San Pancrazio

6. Giovan Battista Moroni (?)
Portrait d'homme assis dans un fauteuil 
Huile sur toile - 115 x 96
Reims, musée des Beaux-Arts

   Il faut aussi se rendre au musée de la ville, l’Accadémia Carrara, qui possède dans ses collections permanentes quelques-uns des meilleurs tableaux du peintre. D’après la presse, cet établissement souhaitait organiser la rétrospective Moroni courant 2005-2006, mais le Musée Bernareggi, ouvert en 2000, l’a pris de vitesse en montant sa propre manifestation. Témoignage de l'importance prise par les musées diocésains sur la scène culturelle italienne actuelle, il a pu ainsi rassembler les retables majeurs éparpillés sur l'évêché, mais n'a pu obtenir de Londres, riche de 15 œuvres capitales du peintre, que le Portrait de vieillard tenant une lettre (l’avocat). Pour les USA, si le pénétrant petit tableau de Tucson a été prêtée, les magnifiques portraits à mi-corps ou en pieds de Washington, de New York et de Chicago manquent. Trois toiles, qu’on a peu souvent l’occasion de voir, sont venues de France3 : un Portrait d'homme du musée de Tours et un autre, d'une grande profondeur, du Musée de la société de l’histoire du protestantisme, à Paris. Le troisième, un Portrait d'homme assis dans un fauteuil, appartenant au musée de Reims (ill. 6), de conception typiquement lombarde et même moronienne, ne peut être accepté sans réserve, comme le propose le catalogue, à cause de parties inégales et semble plutôt revenir à l’un de ses suiveurs (comme l’Olmo, par exemple) .

   Le catalogue, à l’image de l’exposition, ne peut faire office de monographie. La plupart des superbes portraits absents de l’exposition n’y sont pas reproduits. Il présuppose que le lecteur connaisse déjà l’œuvre de l’artiste et se focalise sur plusieurs analyses pointues : les dessins, l'iconographie de la Contre-Réforme, l’évolution du statut de Moroni au cours du XXe siècle, la fortune critique de l’exposition de 1979... En conclusion, une rétrospective un peu partielle, laissant croire que Moroni n’a produit qu’une dizaine de chefs-d'œuvre absolus. Mais qui, rien que pour ces dix là, mérite le voyage.

                                                                Jérôme Montcouquiol
(mis en ligne le 4 janvier 2005)

1. Grâce aux travaux de Roberto Longhi, Francesco Arcangeli, FrederickAntal, Federico Zeri.
2. Les salles d'exposition en sous-sol sont éloignées les unes des autres, reliées par de tristes couloirs. Les salles anciennes du palais sont occupées par la collection permanente qui présente un réel intérêt.
3. Signalons que les musées de Chantilly, de Nantes et du Louvre possèdent aussi des portraits par Moroni. L’Allégorie de la Calomnie de Nîmes n’est plus unanimement acceptée.

Giovan Battista Moroni - Lo sguardo sulla realtà, Bergame du 12 novembre 2004 au 5 avril 2005

Commissariat : Simone Facchinetti, Mina Gregori

Catalogue : essais par Mina Gregori, Danilo Zardin, Simone Facchinetti, Novella Barbolani di Montaut, Alfonso Litta, Marcella Marongiu, Paolo Plebani, Carmen Quadri, Barbara Maria Savy, 320 p., SilvanaEditoriale, 35 (au comptoir de l’exposition 25 ). ISBN : 88-8215-811-X.

A signaler en complément le catalogue Giovan Battista Moroni. Itinerari bergamaschi par Giuseppe Frangi, SilvanaEditoriale, prix 22 (au comptoir de l’exposition 18 )  ISBN : 88-88566-03-1


Lien vers le site de l’exposition 

Lien vers le site du musée Bernareggi

 

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