Histoire d'un musée. Exposition-parcours du bicentenaire
Le Musée des Beaux-Arts de Lyon a deux cents
ans. Depuis le 16 septembre 2004 et jusqu’au 2 mai 2005, pour rappeler
quelques moments importants de cette longue existence, l’équipe scientifique
du musée s’est ingéniée à mettre en lumière le lieu et ses collections,
tout au long des trois étages de l’établissement rénové.
Pour ce faire, trois types d’informations jalonnent le musée :
sept « Points de vue sur l’architecture », pour mieux connaître
les lieux, six « Panneaux collections » pour mieux appréhender
certains grands ensembles des collections permanentes, depuis la collection
fondatrice jusqu’au legs de Jacqueline Delubac en 1998. Viennent ensuite neuf
« Expositions dossiers », disséminées sur les trois niveaux du
parcours, qui permettent de redécouvrir des ensembles dispersés auxquels sont
parfois venus s’adjoindre d’éloquents prêts complémentaires. Présentées
au sein de structures favorables à la découverte et à la délectation, créées
pour l’occasion, ces diverses réunions d’œuvres éclairent les facettes
d’un des plus riches musées de France, réputé pour la diversité de ses
collections, de l’archéologie à l’art du vingtième siècle.
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1. Michel Genod |
Au rez-de-chaussée, deux expositions
attendent le visiteur : près de l’entrée, un panorama historique du
lieu, et, dans l’angle opposé du parcours muséographique, une évocation du
musée lapidaire fondé en 1807 pour présenter une collection dont le premier
élément avait été acquis en 1528. La montée vers le premier étage
correspond à un grand saut dans le temps qui mène tout d’abord à l’évocation
de François Artaud (ill. 1), premier conservateur du lieu de 1806 à
1830, esprit curieux et travailleur infatigable dont on découvre les rares
manuscrits archéologiques et les résultats des fouilles locales, avant
d’atteindre le Cabinet Lambert. Il s’agit là d’une somptueuse sélection
réalisée parmi les 1390 antiques et objets d’art, plus particulièrement du
Moyen Age et de la Renaissance, au sein du médaillier de plus de 8000 monnaies
et médailles et de la bibliothèque de plus de 2500 manuscrits et imprimés que
Jacques-Antoine Lambert légua à sa ville en 1850. Cet impressionnant ensemble
a été, depuis 1895, dispersé soit dans différentes sections du parcours soit
déposé à la bibliothèque municipale, et se trouve heureusement réuni pour
l’occasion.
Le premier étage se clôt sur une nouvelle évocation archéologique :
les résultats des fouilles du théâtre des Célestins qui ont été réalisées
durant l’été 2003 et ont permis la découverte d’un lot de monnaies de la
seconde moitié du quinzième siècle. A quelques pas, l’escalier monumental
du musée, décoré par Pierre Puvis de Chavannes de 1884 à 1886, attend le
visiteur qui peut y découvrir un nouveau dossier réunissant nombre de feuilles
du maître, dont une bonne partie, qui évoque la réalisation de cette
prestigieuse commande, a été léguée par ses descendants. Vient ensuite, au
milieu des solennelles salles de peinture de l’établissement, la plus
originale des évocations, celle du musée Jacques Bernard, musée dans le musée,
accepté puis largement restitué aux héritiers du donateur, oublié mais
patiemment reconstitué pour cette présentation. Hormis les 62 tableaux conservés
par Lyon, la série offerte au musée d’Alès et les peintures exposées,
encore aux mains des descendants de Jacques Bernard, se révèlent un ensemble
fort intéressant en même temps qu’un champ d’études passionnant d’œuvres
à la recherche d’une paternité, mais aussi outils de réflexion pour une
histoire du goût ou de l’attributionnisme.
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2. Vue de la Galerie,
présentation |
En deux dossiers enfin, couvrant les périodes 1875-1913 et 1925-1970, sont réunies les œuvres qui permettent de faire le bilan d’une succession de conservateurs célèbres soutenus par une municipalité attentive. Ces deux moments, qui se ressentent de l’évolution historique et économique, offrent chacun une caractéristique particulière : le premier est celui des acquisitions prestigieuses, de Greuze à Gauguin en passant par Géricault, tandis que le second est celui des expositions retentissantes, depuis celles consacrées à Corot et à Cézanne dans les années 1930.
Plus qu’en une unique synthèse qui se trouverait déconnectée des partis pris muséographiques, ces multiples évocations où se répondent collection permanente et expositions temporaires, offrent un réel plaisir, non dépourvu de pédagogie. Un seul regret cependant, l’absence d’une publication qui faciliterait la prolongation des recherches que suscitent les étapes de cette passionnante exposition-parcours.
Dominique Lobstein
(mis en ligne le 14 février 2005)
Lyon, Musée des Beaux-Arts, Palais Saint-Pierre. Du 16 septembre 2004 au 2 mai 2005.
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