LETTRE D'INFORMATION
Chaque semaine,
soyez informé des nouveautés

ABONNEZ-VOUS

Catalogue livres d'histoire de l'art

LIVRES PROPOSES EN
PARTENARIAT AVEC
DESSIN ORIGINAL

 
Accueil
Editorial
Brèves
Expositions
Publications
Musées
Patrimoine
Débats
Acquisitions
Etudes
Artistes
Liens
Calendrier des expositions
Colloques
Courrier
Annonces
Archives
Nouvelles mises à jour
Contact
 

Caravaggio y la pintura realista europea

Barcelone, Museu Nacional d’Art de Catalunya. 8 octobre 2005 au 15 janvier 2006 (exposition terminée)

Cecco da Caravaggio - Femme avec une colombe - Madrid, Musée du Prado
1. Cecco da Caravaggio
Femme avec une colombe
Huile sur toile - 66 x 47 cm
Madrid, Musée du Prado
© Museo Nacional del Prado

   Entre la dernière décennie du XVIe siècle et la première du XVIIe, Caravage a révolutionné la peinture. Niant totalement les apports classiques de la Renaissance (place de l’homme dans un espace perspectif, beauté idéale à l’antique, paysages clairs) et du maniérisme (recherche de style, sophistication, iconographie élaborée), il impose, à l’aide d’un clair-obscur fortement contrasté, une peinture réaliste, directe, et des compositions réduites à l’essentiel. C’est à cet artiste et à la diffusion de son influence, que cette exposition est consacrée. A cette occasion, le Museu Nacional d’Art de Catalunya (MNAC) a mis en valeur la plupart des tableaux caravagesques qu’il conserve, et d'autres collections espagnoles ont été sollicitées, notamment le Prado, mais aussi celles de Valencia, de Bilbao ou des Patrimonios. Plusieurs institutions italiennes ont prêté, principalement le musée de Capodimonte à Naples et la fondation Longhi de Florence. Un nombre important de tableaux ont été demandés à des collections privées espagnoles et italiennes1

Tanzio da Varallo (Antonio d'Enrico, dit) - Saint Jérôme - Collection Koelliker
2. Tanzio da Varallo (Antonio d'Enrico, dit)
Saint Jérôme
Huile sur toile - 90 x 115,1 cm
Collection Koelliker
© Paolo Manusardi

   Neuf toiles du Caravage sont accrochés dans les deux premières salles, qui permettent de planter le décor plutôt que d’évoquer la complexité de sa carrière. On y compte les quatre conservées en Espagne2 ainsi que la Flagellation du Christ de Naples, le Martyre de Sainte Catherine (Naples, banca Intensa), L’Arracheur de dents (Florence, Pitti) et les deux Ecce Homo, de Gênes et celui d'une collection privée, récemment redécouvert3. La troisième salle est dédiée aux suiveurs du premier cercle, liés à l’Espagne : Borgianni, qui s'y est rendu à deux reprises, Saraceni, Orazio et Artemisa Gentileschi4. Le mur consacré au partage de l'œuvre de Cecco da Caravaggio entre Boneri (Musicien d’Athènes) et Nunez del Valle (Sainte Marguerite du Prado) est passionnant : il est quasiment impossible de savoir auquel des deux revient une magnifique Femme avec une colombe de petit format (ill. 1).

Juan Bautista Maino - Les larmes de saint Pierre - Collection particulière
3. Juan Bautista Maino
Les larmes de saint Pierre
Huile sur toile - 141 x 109 cm
Collection particulière
© D.R.

   Sont ensuite évoquées les écoles napolitaine (Stanzione du MNAC, Caracciolo, Cavallino) génoise et lombarde (Daniele Crespi, Tanzio da Varallo5, ill. 2) ainsi que Guerchin. La nature morte n’est représentée que par des œuvres espagnoles avec la formidable série du MNAC : deux bodegones de Francisco de Zurbarán et deux par Juan de Zurbarán (auxquels s'ajoute la Nature morte d'orfèvreries de la collection Massaveu à Oviedo, seule peinture qui nous soit parvenue de Juan Bautista Espinosa). Au cœur du parcours, un espace est réservé aux tableaux religieux et mythologiques de José de Ribera. L’école valencienne est mise en valeur grâce aux deux Ribalta du MNAC, au Saint Roch d’Urbano Fos (musée de Castellón, voir article du 16/1/04), et à un portrait exceptionnel de Jerónino Jacinto de Espinosa (collection privée)6. Se succèdent des œuvres de jeunesse importantes et célèbres de Vélasquez7, un ensemble de Maino avec les toiles bien connues du Prado, mais aussi d’autres moins accessibles (magnifiques Larmes de saint Pierre - ill. 3- et une petite Adoration des bergers très gentileschienne, toutes deux en collections privées). Pedro Orrente est ici montré sous son jour réaliste, sans aucune trace de Bassano (Sacrifice d’Isaac du musée de Bilbao et Saint Jean-Baptiste de collection privée).

Nicolas Régnier - Saint Jérôme - Collection particulière
4. Nicolas Régnier
Saint Jérôme
Huile sur toile - 99 x 128 cm
Collection particulière
© D.R.

   C’est donc une vision essentiellement liée à l’Espagne, et à ses liens avec l’Italie, qui est évoquée, un peu en retrait par rapport au titre de l’exposition8. Le Nord de l’Europe n’est en effet illustré que par quatre tableaux : Un jeune fumeur de pipe de TerBrugghen (Eger Gallery -Hongrie-), Saint Jérôme de Nicolas Régnier, une addition à son corpus due à Gianni Pappi (collection particulière, ill. 4) et les deux Georges de La Tour du Prado, le Musicien aveugle et le Saint Jérôme lisant identifié au printemps dernier (voir brève du 3/6/05, ill. 5). Les incroyables variations entre le gris, les blancs crème et le rouge vermillon, les plans abstraits dûs aux triangulations des drapés, les coups de pinceau en zigzags et les graffitis dans la barbe et les cheveux, constituent une image d’une grande force plastique et émotionnelle, à la fois incroyablement moderne et bien dans la mystique de son siècle9.


5. Georges de La Tour
Saint Jérôme lisant
Huile sur toile - 141 x 109 cm
Madrid, Musée du Prado
© Museo Nacional del Prado

   Dans l’espace souterrain aveugle du MNAC, l’accrochage est basique, sans aucune mise en scène, si ce n’est les couleurs de murs. Ce qui convient particulièrement bien aux tableaux caravagesques, déjà si forts et parfois si théâtraux. Au final, cet événement s’impose comme une réussite, présentant le caravagisme avec des exemples au plus haut niveau de qualité, suffisamment généraliste pour le néophyte, et renouvelant quelque peu le sujet, grâce notamment à des toiles méconnues, qui satisferont les plus initiés. Dans les salles, les panneaux pédagogiques sont clairs et précis. Le catalogue ne comprend pas d’essais mais les notices sont longues et complètes, tant sur l’iconographie, la provenance et les problèmes d’attributions que soulève chaque œuvre (les reproductions photographiques sont un peu foncées).

Michel de Piles
(mis en ligne le 12 décembre 2005)

1. En premier lieu, celle de Richard Koelliker, véritable boulimique ; sa collection de peintures baroques italiennes comprend plusieurs milliers de numéros.
2.Sainte Catherine, Madrid, Museo Thyssen-Bornemisza ; David Vainqueur de Goliath, Prado ; Saint Jérôme, Abbaye de Montserrat, qui a subi un nettoyage drastique pour cette occasion, Salomé portant la tête de Saint Jean-Baptiste, Madrid, Palais Royal.
3. Il a été présenté à l’exposition de Londres du printemps 2005. Bien que défendue par Mina Gregori et Maurizio Marini, spécialiste de l’artiste, certains historiens d’art restent dubitatifs sur son authenticité, compte-tenu de la pauvreté de l’image, peu inventive, et de sa matière picturale, sèche.
4. Mais pas de Manfredi ou de Cavarozzi, ni Pretti. Pas de caravagesques français non plus, alors que le séjour de Vignon en Espagne a été marquant.
5. Le Saint Antoine de Tanzio da Varallo de la collection Koelliker a été nettoyé depuis la rétrospective Tanzio de Milan, Palazzo Reale, en 2000.
6. Malheureusement reproduit avant restauration dans le catalogue, ce qui ne permet pas d'imaginer, pour ceux qui ne feront pas le voyage, sa richesse chromatique.
7.Saint Paul du MNAC, Saint Thomas d'Orléans, L'Adoration des Mages et le Portrait de Jeronima de la Fuente du Prado.
8. C’est seulement si on s’y attarde que l’on relève des légères usures ponctuelles. L'analyse scientifique du laboratoire du Prado, publiée dans le catalogue, précise que le tableau a été coupé en haut et à droite et que le rayon de lumière a été retouché.

Barcelone, Museu Nacional d’Art de Catalunya, Palau Nacional. Parc de Montjuïc, du 8 octobre 2005 au 15 janvier 2006.

Commissariat : José Milicua et María Margarita Cuyàs.

Catalogue : Caravaggio y la pintura realista europea, en castillan et résumés en anglais, textes de Sivigliano Alloisi, Fernando Benito Domènech, Piero Boccardo, María Margarita Cuyàs, Brigitte Daprà, Clario Di Fabio, Gabriele Finaldi, Carmen Garrido, Mina Gregori, Juan J. Luna, José Milicua, Denise Maria Pagano, Gianni Papi, Javier Portús, Artur Ramon i Navarro, Leticia Ruiz, Nicola Spinosa, Joan Sureda, Rossella Vodret et Joan Yeguas, 444 pages, prix : 55 €, ISBN : 84-8043-153-9

Site internet du musée : www.mnac.es

De Herrera à Velásquez. El primer naturalismo en Sevilla

Séville, Fundación Focus-Abengoa (Hospital de los Venerables). Jusqu'au 28 février 2006.

Bilbao Museo de Bellas Artes du 28 mars au 28 mai 2006.

Diego Vélasquez (attribué à) - Concert de musiciens - Berlin, Gemäldegalerie
6. Diego Vélasquez (attribué à)
Concert de musiciens
Huile sur toile - 88 x 160 cm
Berlin, Gemäldegalerie
Photo : Service de presse
 
Anonyme, premier tiers du XVIIe siècle - L'Adoration des bergers - Londres, National Gallery
7. Anonyme, premier tiers du XVIIe siècle
L'Adoration des bergers
Huile sur toile - 228 x 164,5 cm
Londres, National Gallery
Photo : Service de presse

   Consacré à un thème plus restreint, le rapport Italie-Séville dans le premier tiers du XVIIe siècle, cette exposition propose une relecture du passage du maniérisme au naturalisme dans cette cité, moment crucial qui voit l’éclosion des talents de Vélasquez, Cano et Zurbarán. De nombreux artistes (et même plusieurs tableaux) sont communs avec la manifestation précédente1. L’accent a été mis sur la présence de toiles rarement vues (les musées du Prado et celui des Beaux-arts de Séville ont été sollicités au minimum) et certaines ont été nettoyées pour l’occasion. Plusieurs prêts ont été consentis par les églises et les monastères sévillans peu accessibles, des fondations ibériques (Forum Filatelico, Casa de Alba), des musées américains (Chicago, Kansas-City), des collections privées espagnoles, mais aussi chiliennes et allemandes. L’influence directe de Caravage est montrée par trois toiles du maître, par des copies de ses œuvres arrivées très tôt dans la péninsule, et par celles de ses disciples Orazio Borgianni, Artemisia Gentilechi et Bartolomeo Cavarozzi. Vélasquez est représenté par huit œuvres de jeunesse (ill. 6), certaines reconsidérées depuis peu : Tête d’apôtre (collection privée) ou les Larmes de saint Pierre (collection privée, voir brève du 26/1/04). Si Zurbarán, Ribera et Cano sont mis en évidence par quelques toiles, la part belle est faite à Francisco de Herrera l’ancien (douze peintures), à Louis Tristán (cinq) et Juan de Roelas (trois). Un magnifique tableau d’autel provenant de Séville, L’Adoration des Bergers (ill. 7) de la National Gallery de Londres, a été attribué tour à tour à Vélasquez, à Murillo et à Zurbarán et enfin à l’école napolitaine. Son irritant anonymat n’a pu être résolu. Signalons enfin La mise au tombeau, rare tableau de Guy Romano. En tout, soixante-deux œuvres qui permettent la relecture d'un moment crucial de l'évolution de la peinture ibérique ; Séville assimile le réalisme d'origine flamande et surtout caravagesque, en faisant un langage typiquement espagnol.

M. de P.

1. Entre autre, les Larmes de saint Pierre de Maino ou le Saint Jérôme de Caravage (Montserrat). Leur période d’exposition sera partagée entre chaque étape.

Séville. Fundación Focus-Abengoa Hospital de los Venerables. 29 novembre 2005 au 28 février 2006 puis Bilbao, Museo de Bellas Artes. 28 mars au 28 mai 2006

Commissariat : Alfonso E. Pérez Sánchez, Benito Navarrete Prieto.

Catalogue : De Herrera à Velásquez. El primer naturalismo en Sevilla, essais par Alfonso E. Pérez Sánchez y Benito Navarrete Prieto, Salvador Salort Pons, Enrique Valdivieso, Antonio Martínez Ripoll, Odile Delenda et Benito Navarrete Prieto, ediciones El Viso.

Une apostille sur les expositions Caravage et Vélasquez

   Sans revenir sur les expositions consacrées à Caravage et à son école qui ont eu lieu après-guerre, on peut remarquer que leur rythme s’accélère. L’hiver dernier, Londres célébrait les dernières années de l'artiste, quatre ans après avoir montré sa période romaine. Une grande rétrospective a lieu actuellement à Milan, puis ira à Vienne en Autriche, alors que d’autres sont annoncées en 2006 à Amsterdam et à Düsseldorf. Contrairement à Monet ou à Picasso, on ne possède qu’une centaine de tableaux de Caravage, dont certains grands formats difficiles à déplacer hors de leurs églises d’origine. Autant dire que ses toiles sont précieuses et qu’on devrait prendre les plus grandes précautions pour assurer leur avenir dans le meilleur état possible de conservation. La multiplication des prêts extérieurs va-t-elle dans ce sens ? On imagine les pressions et les ruses de guerre que les organisateurs de Barcelone et ceux de Séville ont dû faire pour réserver et se distribuer les tableaux du peintre lombard conservés en Espagne, en arracher d’autres à l’étranger, alors que Milan et Vienne les convoitaient aussi. La démonstration vaut pour Vélasquez1. Cela concerne une centaine d’artistes phares de l’histoire de l’art qui attirent les foules : les money-makers (par exemple Cézanne, à qui l’on consacre une rétrospective tous les cinq ans à Paris et tous les deux ans à Aix-en-Provence, sans compter celles en d'autres lieux). Des tableaux de Caravage ont été prêtés quinze fois en vingt ans (à comparer avec le passé, où certains n'étaient pas sortis de leurs églises ou de leurs palais pendant trois siècles…). Un tableau comme l’Arrestation du Christ de Caravage (Dublin), le Saint Thomas de Vélasquez (Orléans), le Nouveau-Né de Georges de la Tour (Rennes) ou les Rembrandt de l’Ermitage sont plus souvent à l’étranger, en tournée mondiale, que sur leurs cimaises respectives2. Les aléas des voyages, les changements climatiques et les bichonnages et restaurations successives risquent de transformer peu à peu des œuvres sensibles en produits de consommation saturées de vernis brillant.

   A plusieurs reprises, La Tribune de l’Art s'est inquiété de l'évolution de la conception des expositions (Éditorial du 7/4/03 et celui du 15/5/05), non plus basées sur des rassemblements didactiques et historiques mais destinées à créer des événements médiatiques. Il y a incontestablement un emballement, même par rapport aux dénonciations des éditoriaux de La Revue de l’Art dans les années 1980, à la publication posthume de Francis Haskell consacrée à ce problème, Le musée éphémère, en 2000. Dans son éditorial de novembre 2005, le Burlington Magazine s’inquiétait de certains dangers : les dessins de Michel-Ange de la Casa Buonarotti, sans cesse sollicités, ou la folie qu’a acceptée la ville de Florence : envoyer les sculptures de Verrocchio, de Nanni di Banco et de Ghiberti des niches d’Orsanmichele à Washington, au moment même où les trésors des Offices et du Pitti partent en Chine.

   Les philosophes ont montré comment la post-modernité peut nier certains principes de base vitaux sous le couvert d'un discours généreux ; ici faire partager au monde entier les richesses culturelles d'une collection. Bien entendu, la consommation de masse des peintures des grands artistes est à l’image de la société actuelle, mondialisée, à l’image de la surexploitation des ressources naturelles ou animales. Le « principe de précaution » et le développement durable devraient s’appliquer aussi aux œuvres d’art (qui ne sont constitués que de matières organiques fragiles) que l'on devrait ménager. Ce qui implique d'aller à rebours de l'évolution actuelle, de ne plus considérer les collections comme des biens exploitables que l’on peut louer ou échanger.

   Mais c'est un peu comme les problèmes écologiques. Autant prêcher dans le désert.

M. de P.

1. Exposition à Naples en 2004, une autre à Londres en 2006…
2. Autres exemples : Un Bureau de coton à la Nouvelle Orléans de Degas (Pau), la Célestine de Picasso (Paris, musée Picasso), les œuvres de Klimt sont devenus de vrais voyageurs cosmopolites.