Nulle ville plus que Valenciennes n'était légitime pour accueillir cette
exposition sur le genre de la Fête galante, puisqu'elle vit naître son
représentant majeur, Watteau et l'un des meilleurs disciples de celui-ci, Jean-Baptiste
Pater.
Watteau fut reçu par l'Académie, nous répètent depuis deux siècles les
historiens d'art, en tant que peintre de fête galante, nouvelle catégorie
créée spécialement pour lui. Il s'agit en
réalité d'une légende comme nous l'apprend le catalogue dont les essais
introductifs s'emploient à définir ce terme et son usage au cours des
siècles. Cette erreur nous rappelle qu'il est bon de revenir au sources
archivistiques. L'ouvrage s'efforce par ailleurs de revenir sur quelques
interprétations abusives dont les romantiques, qui redécouvrirent Watteau et
ses suiveurs, sont à l'origine : pour Martin Eidelberg, co-commissaire avec
Patrick Ramade et fin connaisseur de ces artistes, il ne faut pas voir dans les
tableaux de fêtes galantes de contenu narratif caché. Il affirme, par exemple
à propos du tableau Le Concert champêtre, renommé par Pierre Rosenberg
La Déclaration attendue (cat. 3), que « ce type de dramaturgie » - un homme
hésitant à se déclarer à une femme qui n'attend que cela - « paraît loin
des préoccupations de l'artiste ». Il ne faudrait pas plus voir d'allégorie,
comme l'interprétait Albert Pomme de Mirimonde, dans L'Accord parfait (ill.
1, cat. 56).
Watteau aurait été moins fasciné par l'allégorie que ses modernes
exégètes.
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1. Antoine Watteau |
2. Antoine Watteau |
S'attachant aux origines du thème et aux suiveurs directs de
Watteau, les œuvres vont de la fin
du Moyen-Age avec les représentations de l'amour courtois, jusqu'au milieu du
XVIIIe siècle. Une part importante est faite à la Venise du XVIe siècle et aux
Pays-Bas du XVIIe qui furent les sources, parfois littérales, des scènes de
fête galante.
Le parcours thématique de l'exposition, qui distingue des sous-genres (Foires, Noces, Collations, Jeux, etc.), n'est pas réellement convaincant, ce
que reconnaissent d'ailleurs implicitement les commissaires dans leur introduction
au catalogue : les thèmes s'entremêlent, et la pertinence de cette
segmentation quelque peu artificielle - elle sépare des pendants - n'apparaît
pas clairement. Sans doute eût-il été plus intéressant de présenter
d'abord les précurseurs, puis Watteau, de regrouper Lancret et
Pater, les deux honorables
suiveurs en une même salle, et de
terminer par les épigones plus ou moins inspirés, tels que Quilliard,
De Bar
ou Octavien. Le mélange des tableaux souligne cruellement la faiblesse de ces
derniers et le choix peu heureux (dicté sans doute par des impératifs
financiers) des tableaux sélectionnés pour illustrer la genèse du thème. Une
présentation plus resserrée aurait permis d'éviter que près de la moitié du musée soit envoyée en réserve pour
faire place à cette manifestation.
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3.
Nicolas Lancret |
4. Jean-Baptiste Pater |
Ces quelques réserves ne sauraient cependant occulter l'intérêt de
l'exposition dont la présentation, grâce à une scénographie sobre et parfaite, à un
éclairage qui évite tous reflets et à des panneaux didactiques
remarquablement pédagogiques, est une pleine réussite. Si les œuvres montrées sont inégales, on peut
cependant voir plusieurs pièces majeures dont certaines sont peu connues en
France. Ainsi, L'Accord parfait déjà cité (ill. 1), était conservé dans une
collection particulière britannique et fut acquis en 1998 par le Los Angeles
County Museum of Art. Il n'avait pas été exposé depuis 1891. Le musée de
Stockholm a prêté une belle sanguine (cat. 10), étude pour les Deux Cousines (ill.
2, cat. 9) du
Louvre qui, avec un autre dessin du British Museum, retrouve pour quelques
semaines le tableau qu'elle prépare. Parmi les dessins, on admirera
particulièrement les deux grandes feuilles de Rubens, représentant Le
Jardin d'amour (cat. 17 et 18), conservées au Metropolitan Museum et celui que Watteau
copia d'après un modèle de l'entourage de Campagnola, également exposé.
Lancret et Pater sont représentés par des tableaux de fort belle
qualité, tel que la Danse dans le Parc (Toledo Museum of Art, ill. 3,
cat. 67)
pour le premier ou la Collation (Collection particulière, ill. 4,
cat. 74) pour le
second.
L'exposition, présentée dans le cadre de Lille 2003, complète intelligemment celle de Lille sur Rubens, et celle d'Arras présentant la querelle entre les poussinistes et les rubénistes. Au début du XVIIIe siècle, les seconds l'avaient emporté, et la fête galante est bien l'un des avatars possibles de l'art flamand.
Didier Rykner
(mis en ligne le 9 mars 2004)
Valenciennes, Musée des Beaux-Arts. Exposition terminée le 14 juin 2004.
Commissariat : Patrick Ramade, Conservateur en chef , directeur du musée des Beaux-Arts de Valenciennes, Martin Eidelberg, Historien de l'art, professeur émérite de la Rutgers University, New Jersey (Etats-Unis), assistés de Virginie Frelin, assistante qualifiée de conservation, musée des Beaux-Arts de Valenciennes et d'Ingrid Lemainque, attachée de conservation.
Catalogue Watteau et la fête galante, par Martin Eidelberg, avec des essais de Barbara Anderman, Guillaume Glorieux, Michel Hochmann et François Moureau. Editions de la Réunion des Musées Nationaux, 296 p., 39 €. ISBN : 2-7118-4677-6
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