Cette exposition réunit un choix d’œuvres des deux ensembles hollandais les plus importants de la capitale après celui du Louvre, actuellement peu accessibles, celui des frères Dutuit à cause de la fermeture pour rénovation du Petit Palais et celui de Lugt parce qu’il est gardé dans les appartements de la fondation Custodia1. Auguste (1812-1902) et Eugène (1807-1886) Dutuit ont constitué leur collection au cours du XIXe siècle, et leur legs entrait à peine au Petit Palais que Frits Lugt (1884-1970) commençait la sienne.
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1.Adrian van Ostade |
2. Pieter Saenredam |
Par bien des aspects, les deux sélections se
ressemblent plus qu’elles ne se complètent2. Il
s’agit dans les deux cas d’amateurs fortunés3,
de curieux
passionnés auteurs de livres de référence4
et privilégiant les
provenances prestigieuses. Ils amassèrent des tableaux mais aussi
des dessins et des séries complètes de gravures, leurs ensembles hollandais
constituant la partie la plus importante d’une collection à vocation
universelle. Les Dutuit et Lugt sont passionnés par Rembrandt et
Cuyp, sensibles aux redécouvertes de leurs époques, Hobbema pour les premiers,
les intérieurs d’église, les peintres de Delft, pour le second.
Les collectionneurs rouennais ont aimé les scènes de genre typiques de la « manière
fine », les œuvres satiriques des Van Ostade (ill. 1), les paysages de Ruysdael,
le grand historien d’art a privilégié les raretés (Esaias
Bourse, par
exemple), le moment
particulier ou atypique dans la carrière d’un peintre.
La démonstration permet de mêler les techniques, Rembrandt étant
présent à la fois dans la salle des gravures, dans celle des dessins et parmi
les peintures. Un bel ensemble de paysages monochromes et de scènes de genre
tirés des deux fonds se répondent (Jansens Eliga -
Jacobus Vrel), quelques natures mortes et
peintures d’histoire, peu de portraits. Lugt sut acheter avant que ce soit
très recherché deux Pieter Saenredam (ill. 2), Emmanuel
de Witte6 et des belles aquarelles d’Avercamp et
de Philipp Koninck. On voit aussi
plusieurs dessins de scènes de genre, ce qui est rare, dialoguant avec les mêmes
sujets peints.
Comme toujours à l’Institut Néerlandais, la présentation
est simple, de bon goût. Sans effets d'architecte ou de décorateur à la mode.
C’est l’accrochage seul qui, par un cote à cote signifiant d’œuvres se
complétant, s’adresse à la sensibilité et à l’intelligence du visiteur.
Les texte des cartels sont courts et remarquables. Le plus de cette institution est toujours de montrer des documents exceptionnels
lui appartenant :
une lettre d’Eugène Dutuit sur son livre, le catalogue de Lugt de 1927 sur
les dessins de la collection Dutuit...
Un mot sur les cadres, car on sait combien cela est fondamental
pour apprécier les petits formats hollandais. On
pourrait presque grâce à eux reconnaître à l’œil la provenance des
tableaux, ceux de Lugt, d’époque, en bois dorés et le plus souvent noirs ou
cirés comme le recommande la muséologie actuelle, ceux des Dutuit plus lourds,
à l’or mécanique, datent du XIXe imitant le XVIIIe. Des puristes
seront sûrement choqués par les bordures du Paysage au moulin de Hobbema, couleur
bronze, ou de la Musicienne de Metsu, mais parce que le Petit Palais n’est
ni le Rijksmuseum, ni le Louvre, il faut absolument garder ces encadrement
typiques d’une époque, des collectionneurs parisiens de la seconde moitié du
XIXe, en cohérence avec le bâtiment qui les conserve.
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3. Rembrandt van Rijn |
Les notices du catalogue sont dans la meilleure tradition muséographique, claires et érudites. Les œuvres des deux collections ont été depuis longtemps publiées5. L’intérêt du livre réside aussi dans les essais retraçant les carrières parallèles des trois donateurs, dans les belles reproductions couleurs pleine page d’une remarquable fidélité, et les notices qui permettent de faire le point sur des controverses (par exemple l’authenticité réaffirmée de l’Autoportrait de Rembrandt au chien - ill. 3 - mise en cause dans les années 1960-1970 et pour lequel les avis des spécialistes actuels et des examens scientifiques récents devraient clore le débat).
Michel de Piles
(mis en ligne le 3 mai 2004)
1. Des visites par petits groupes sont régulièrement
organisées
2. On ne cherchera ni Hals, ni Vermeer, ni Pieter de Hooch
absents des deux collections ; les caravagesques, les paysagistes italianisants
de la première génération y sont peu présents.
3. Mais pas non plus aux moyens illimités, ce n’est ni les
choix des Jacquemart-André, Rotschild, Frick, ou Rodgers. Le plus proche
serait peut-être Hendrick Thyssen.
4. Eugène Dutuit a publié entre 1881 et 1888 un Manuel de l’amateur d’estampes.
5. Juliette Laffon, Catalogue sommaire
illustré des peintures, Palais des beaux-arts de la Ville de Paris (Musée
du Petit Palais), vol. 1, A-H , 1981 et vol. 2, I-Z, 1982 ; Catalogue de l’exposition
Reflet du siècle d'or. Tableaux hollandais du dix-septième siècle,
collection Frits Lugt, Fondation Custodia, Institut néerlandais, 1983
; Raoul Ergmann, Collection Frits Lugt, Institut néerlandais,
Fondation Custodia 1986
Paris, Institut Néerlandais, Fondation Custodia. Exposition terminée le 16 mai 2004
Commissariat : Marià van Berge-Gerbaud et Gilles Chazal
Catalogue : Collectif, Regards sur l'art hollandais du XVIIe siècle Frits Lugt et les Frères Dutuit, collectionneurs. 400 pp., 140 ill. couleurs, 12 en noir et blanc, 55 €. ISBN : 2-8766-0391-8
Lien vers le site de la Fondation Custodia
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