L'exposition du Musée de Dijon pourrait être de celles dont on sort content tout en se
demandant quelle peut bien être leur utilité. Car prendre les œuvres d'un
musée pour les montrer dans un autre sans autre justification scientifique fait
courir aux œuvres des risques bien inutiles.
Heureusement, les organisateurs ont eu l'intelligence d'ajouter des tableaux et dessins provenant
d'institutions diverses, ce qui
permet des confrontations fructueuses, rendant quelque sens à cette
présentation.
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1. Rembrandt |
2. Rembrandt et son atelier |
La première salle est éblouissante et peut justifier, à elle
seule, une visite à Dijon. On y voit deux chef-d'œuvres de
Rembrandt des collections russes, la Flore (cat. 1) et le Sacrifice d'Abraham
(ill. 1, cat. 2),
ainsi que la variante de ce dernier tableau conservée à l'Alte
Pinakothek de Münich (ill. 2). Avec des dessins du maître et de ses élèves consacrés
au thème du Sacrifice d'Abraham et une version peinte en grisaille par Pieter Lastman
(cat. 42), c'est
donc une véritable exposition-dossier que nous propose ici le musée de Dijon.
Devant les deux tableaux, les visiteurs avertis prennent un air entendu, soulignant
la qualité de l'un et les faiblesses de l'autre. Cela est facile lorsque l'on
sait que le premier est entièrement dû au maître et que celui de Münich, peint par un
élève, n'a probablement été que retouché par le chef d'atelier (il porte la
mention « Rembrandt changé et repeint, 1636 »1), mais
si l'on ignorait que l'un n'est pas autographe, il est probable
que les deux paraîtraient authentiques. Distinguer entre la main de Rembrandt et celles de ses élèves est
un exercice qu'affectionnent les historiens d'art et qui s'avère sans doute
plus complexe que pour tout autre peintre. Le Rembrandt Research Project
(RRP) a depuis trente ans réduit de manière drastique la liste des tableaux
attribués entièrement au maître, et ses résultats sont d'ailleurs contestés
par certains. L'exposition montre un troisième tableau de l'artiste, Vieille
femme assise dans un fauteuil2 (cat. 3) dont le caractère autographe est
discuté bien qu'il soit présenté comme tel.
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3. Jacob
Adriaensz. Backer |
Le reste de l'exposition est consacré aux élèves et suiveurs.
Là aussi, des dessins complètent et enrichissent le parcours. Celui-ci est,
forcément, tributaire des collections de l'Ermitage. On y verra donc peu de
paysages, et pas de Carel Fabritius, l'un des meilleurs élèves de Rembrandt,
mort à l'âge de 32 ans, dont le musée ne conserve pas d'œuvres. Le choix est
inégal (le musée ne s'est pas dessaisi de ses meilleurs tableaux) mais reste
passionnant. On notera un ensemble important de Jacob Adriaensz. Backer (ill.
3, cat. 9), un Philosophe de Salomon
Koninck, un Nathan et
Bethsabée de Ferdinand Bol (cat. 19) dont la signature vient d'être
retrouvée lors d'une récente restauration et de beaux tableaux d'histoire de
Gerbrand van den Eeckhout (Le sacrifice de Jéroboam, cat. 25).
Parmi les collaborateurs les plus intéressants, Govaert Flinck est
néanmoins représenté par des toiles assez faibles, à moins qu'il faille
rendre à cet artiste, comme le suggère la notice du catalogue, la belle
réplique du Sacrifice d'Abraham dont nous parlions plus haut.
Didier Rykner
(mis en ligne le 11 janvier 2004)
1. « Rembrandt. verandert. En overgeschildert. 1636 ».
La notice du catalogue est ambiguë, car on y lit, dans la description du
tableau : « aucune partie de l'inscription n'est de la main de Rembrandt »,
tandis que dans le corps du texte Emmanuel Starcky écrit : « la signature
semble authentique ».
2. Une copie de ce tableau, au pastel, par Chardin, est
conservé au Musée de Besançon et actuellement montré jusqu'au 2 février
2004 dans l'exposition Les
dessins du Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon.
Dijon, Musée des Beaux-Arts. Exposition terminée le 8 mars 2004
Commissariat
: Irina Sokolava et Emmanuel Starcky.
Catalogue Rembrandt
et son école. Collections du musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg,
collectif, Edition Réunion des Musées Nationaux, 248 p., 42 €.
ISBN :
2-7118-4581-
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