Hommage aux donateurs
Il y a
deux ans, l’exposition de la collection Seligmann offerte au musée Carnavalet
révélait un XIXe siècle différent de ce que l’on voit ailleurs, les
peintres mondains et les illustrateurs du Second Empire aux Années Folles.
L’exposition de cet été regroupe la plupart des donations reçues depuis dix
ans par le musée et permet, au delà de l’hommage à la générosité des
bienfaiteurs, de montrer des œuvres nouvelles, peu connues ou fragiles comme
les dessins et les photographies. Certains domaines des collections sont très
peu représentés, notamment à cause de leur rareté, comme l’archéologie,
le Moyen-Age et la Renaissance. Le musée a reçu en revanche de nombreux legs
de meubles, mais ils n’ont pas été déplacés et sont restés dans les
salles. On voit tout de même deux petits miroirs de l’époque Louis XIV, deux
chaises-voyageuses de Georges Jacob, une table Boulle et de nombreux objets
d’art. L’essentiel est surtout consacré à des œuvres picturales ou
graphiques du XVIIe au XXe siècle.
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1. François Gérard |
2. Camille Corot |
Conformément à l’esprit des salles permanentes, les chefs-d'œuvre côtoient des documents historiques. Parmi les sommets, le Portrait de Madame Tallien1 par Gérard (ill. 1), présenté pour la première fois au public nettoyé et dans son cadre restauré, constituera un pendant idéal au célèbre Portrait de Madame Récamier dans la salle sur la vie intellectuelle et les salons littéraires vers 1800. La série des paysages parisiens s’enrichit d’un Corot de jeunesse (Le Pont au change vu du quai de Gresves, 1830 : ill. 2)2, l’une des rares vues de Paris de l’artiste, d’une aquarelle spectaculaire d'Antoine Mongin, La Pompe du Gros Caillou, et de nombreuses vues topographiques évocatrices de lieux célèbres ou détruits (l’Eglise Saint-Benoît par Louis Courtin).
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3. Philippe-Auguste
Hennequin |
4. Jacques-Albert Senave |
Le
fonds iconographique est renforcé par le Portrait de Monseigneur Sibour
par Thomas Couture, tout en scintillements arrachés au fond sombre, des
photographies d’écrivains (Gide) et de peintres (Magritte) ou de cinéastes
(René Clair). La section révolutionnaire, l’un des points forts de la
collection permanente, engrange des œuvres de petits formats mais importantes,
comme le dessin des Martyrs de Prairial (ill. 3) par Philippe-Auguste Hennequin ou
la Salle des ventes au Palais de l’Élysée (ill. 4) de Jacques-Albert Senave
(1796). Des objets ayant appartenu aux prisonniers du Temple complèteront la
salle qui leur est dévolue (un billard d’enfant de Louis XVII). Des reliques
des révolutions du XIXe siècle ou de la Libération complètent l’évocation
de l’histoire de Paris
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5. Claude Simpol |
6. Nicolas-Guy Brenet |
Deux salles présentent des esquisses pour les peintures des monuments parisiens. Pour le XVIIe siècle, notamment un modello de Jean-Baptiste Corneille, pour le XVIIIe, celui de Claude Simpol pour le May de 1704 (ill. 5), un Brenet pour la chapelle de l’hôtel militaire (ill. 6), un Carle Van Loo pour Notre-Dame des Victoires, l’Entrée du Christ à Jérusalem de Nicolas-René Jollain pour le tableau disparu des Chartreux3. La ville de Paris possède de nombreuses esquisses pour les décors religieux du XIX, la plupart restées dans les collections municipales après leur présentation par les artistes à la commission chargée d’attribuer les commandes. Longtemps gardées au dépôt d’Ivry, maintenant dans les réserves du Petit Palais, qui ne les a jamais montrées au public, elles relatent plus d’un siècle de peinture monumentale française. Les responsables du musée Carnavalet ont choisi de développer cette section grâce aux fonds de l’Association des Amis dont il faut souligner le rôle très actif. En effet, de telles esquisses passent régulièrement sur le marché, pour quelques milliers d’euros seulement, ce qui oblige les conservateurs à agir quasiment comme des « chineurs », à fréquenter régulièrement les marchés aux Puces, les marchands et les ventes à Drouot4.
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7. Alexandre-Denis Abel de
Pujol |
8. Henri Gervex |
Ce travail exemplaire a permis d’acquérir l’esquisse du Baptême
du Christ de Hippolyte Flandrin pour Saint-Germain-de-Prés (voir Brève du
8/8/03), Dieu le Père, le Christ et la Vierge pour l’abside de
Saint-Denis-du-Saint-Sacrement
d’Abel de Pujol (ill. 7), l’étude d’Isidore Pils pour l’escalier de l'Opéra
Garnier ou celle de Gervex (ill. 8) pour un plafond de l’Elysée (que l’on renonça
à mettre en place). Des héritiers d’artistes ont offert des fonds importants :
le fils de Lucien Jonas, déjà auteur d’une importante donation exposée en
20035 a renouvelé son geste avec un ensemble comparable dont de nombreuses études
préparatoires pour l’église espagnole de la Rue de la Pompe (décor toujours
en place) ; des ébauches de Carlos Sarabezolles pour le groupe du
Palais de Chaillot, ont été donnés par sa fille, le musée ayant également
acheté plusieurs sculptures ; les héritiers de Gaspard
Gsell, important
maître verrier du XIXe siècle ont donné plusieurs centaines de dessins,
projets pour des vitraux d’édifices parisiens. Des feuilles de Frère André
(Apothéose de Saint Vincent de Paul), de Dumont le Romain (Vocation de saint
Pierre et de saint André ; ill. 9) François de Troy (Portrait de Jérôme
Bignon, prévost
des marchands6) étude pour l’ex-voto de Sainte-Geneviève) un ensemble de
projets dessinés de Denuelle pour l’Hôtel d’Henri Lehmann sont également
exposés.
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9. Jacques Dumont le Romain |
Cette
exposition qui ne bénéficie malheureusement pas de publicité ni de la
publication d’un catalogue7, est en tout point passionnante et exemplaire.
Elle s’apparente à une très belle collection d’amateur qui permet de découvrir
de nombreux artistes que même les plus blasés ignorent (Paul-Émile Becat,
…). Peut-être aurait-il été intéressant de montrer aussi les acquisitions
onéreuses pour avoir une vue d’ensemble des enrichissements. Ces œuvres données
trouvent parfaitement leurs places dans les ensembles déjà constitués et ont
toute leur légitimé à écrire un chapitre de l’histoire de Paris, et elles
permettent de compléter de manière fort instructive avec des artistes ou des
sujets absent des collections nationales du Louvre (Jean-Baptiste Corneille,
Claude Simpol), d’Orsay (les peintres de la belle époque ou des années
folles comme Jean Beraud), ou de Beaubourg (les illustrateurs et les créateurs
en marge de l’avant-garde comme Auguste Leroux - Le Pont Alexandre
III)
Michel
de Piles et Didier Rykner
(mis en ligne le 1er juillet 2004)
1.
Acquis en 2001 avec la participation de l’Association des Amis du Musée
et de la baronne Elie de Rothschild.
2. Legs Miss Alice Tully, surtout connue pour sa générosité envers le
Metropolitan Opera à New York et le Musée d’Israël de Jérusalem. Cette œuvre
avait été exposée en 1961, au Musée Carnavalet et avait été promise à
cette occasion.
3. Reproduit dans l'article
sur l'exposition Apothéose du geste aux musées de Tours et de
Strasboug.
4. Les amateurs retrouveront des œuvres
provenant, par exemple de la vente Ciechanowiecki (Eugène Devéria - ill.
10, Jollain, Doyen - ill. 11, Galloche - illustré dans l'article cité
note 3)
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10. Eugène Devéria |
11. Gabriel-François Doyen |
5. Voir l'article
consacré à l'exposition de cette première donation Jonas au Musée Carnavalet.
6. Etude pour l'ex-voto de
Sainte-Geneviève (Paris, église Saint-Etienne-du-Mont).
7. Ce qui est fort dommage, la plupart des œuvres étant
des découvertes inédites.
Paris, Musée Carnavalet. Exposition terminée depuis le 5 septembre 2004.
Commissariat
: Christophe
Leribault
Lien
vers le site du Musée Carnavalet.
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