Hommage aux donateurs

 

   Il y a deux ans, l’exposition de la collection Seligmann offerte au musée Carnavalet révélait un XIXe siècle différent de ce que l’on voit ailleurs, les peintres mondains et les illustrateurs du Second Empire aux Années Folles. L’exposition de cet été regroupe la plupart des donations reçues depuis dix ans par le musée et permet, au delà de l’hommage à la générosité des bienfaiteurs, de montrer des œuvres nouvelles, peu connues ou fragiles comme les dessins et les photographies. Certains domaines des collections sont très peu représentés, notamment à cause de leur rareté, comme l’archéologie, le Moyen-Age et la Renaissance. Le musée a reçu en revanche de nombreux legs de meubles, mais ils n’ont pas été déplacés et sont restés dans les salles. On voit tout de même deux petits miroirs de l’époque Louis XIV, deux chaises-voyageuses de Georges Jacob, une table Boulle et de nombreux objets d’art. L’essentiel est surtout consacré à des œuvres picturales ou graphiques du XVIIe au XXe siècle.

François Gérard - Madame Tallien - Huile sur toile - 212 x 127 cm - Paris, Musée Carnavalet - Photo D. Rykner

                                 Camille Corot - Le Pont au Change vu du Quai de Gresves, 1830 - Huile sur toile - Paris, Musée Carnavalet - © Phototèque  des musées de la Ville de Paris

1. François Gérard
Portrait de Madame Tallien
, 1804

Paris, Musée Carnavalet

2. Camille Corot
Le Pont au Change vu du Quai de Gresves
, 1830

Paris, Musée Carnavalet

 Conformément à l’esprit des salles permanentes, les chefs-d'œuvre côtoient des documents historiques. Parmi les sommets, le Portrait de Madame Tallien1 par Gérard (ill. 1), présenté pour la  première fois au public nettoyé et dans son cadre restauré, constituera un pendant idéal au célèbre Portrait de  Madame Récamier dans la salle sur la vie intellectuelle et les salons littéraires vers 1800. La série des paysages parisiens s’enrichit d’un Corot de jeunesse (Le Pont au change vu du quai de Gresves, 1830 : ill. 2)2, l’une des rares vues de Paris de l’artiste, d’une aquarelle spectaculaire d'Antoine Mongin, La Pompe du Gros Caillou, et de nombreuses vues topographiques évocatrices de lieux célèbres ou détruits (l’Eglise Saint-Benoît par Louis Courtin). 

Philippe-Auguste Hennequin - Les martyres de Prairial, 1795 - Paris, Musée Carnavalet - © Phototèque des Musées de la Ville de Paris

                                Jacques-Albert Senave - Salle de vente à l'Elysée-Bourbon, 1797 - Paris, Musée Carnavalet - © Phototèque des Musées de la Ville de Paris

3. Philippe-Auguste Hennequin
L
es martyrs de Prairial, 1795

Paris, Musée Carnavalet

4. Jacques-Albert Senave
Salles de vente à l'Elysée-Bourbon
, 1797

Paris, Musée Carnavalet

   Le fonds iconographique est renforcé par le Portrait de Monseigneur Sibour par Thomas Couture, tout en scintillements arrachés au fond sombre, des photographies d’écrivains (Gide) et de peintres (Magritte) ou de cinéastes (René Clair). La section révolutionnaire, l’un des points forts de la collection permanente, engrange des œuvres de petits formats mais importantes, comme le dessin des Martyrs de Prairial (ill. 3) par Philippe-Auguste Hennequin ou la Salle des ventes au Palais de l’Élysée (ill. 4) de Jacques-Albert Senave (1796). Des objets ayant appartenu aux prisonniers du Temple complèteront la salle qui leur est dévolue (un billard d’enfant de Louis XVII). Des reliques des révolutions du XIXe siècle ou de la Libération complètent l’évocation de l’histoire de Paris.

Claude Simpol - Le Christ chez Marthe et Marie, 1704 - Paris, Musée Carnavalet - © Phototèque des Musées de la Ville de Paris                                                  

Nicolas-Guy Brenet - Saint Louis et le vieux de la montagne, 1773 - Paris, Musée Carnavalet - © Phototèque des Musées de la Ville de Paris

5. Claude Simpol
Le Christ chez Marthe et Marie, 1704

Paris, Musée Carnavalet

6. Nicolas-Guy Brenet
Saint Louis et le Vieux de la montagne, 1773

Paris, Musée Carnavalet

   Deux salles présentent des esquisses pour les peintures des monuments parisiens. Pour le XVIIe siècle, notamment un modello de Jean-Baptiste Corneille, pour le XVIIIe, celui de Claude Simpol pour le May de 1704 (ill. 5), un Brenet pour la chapelle de l’hôtel militaire (ill. 6), un Carle Van Loo pour Notre-Dame des Victoires, l’Entrée du Christ à Jérusalem de Nicolas-René Jollain pour le tableau disparu des Chartreux3. La ville de Paris possède de nombreuses esquisses pour les décors religieux du XIX, la plupart restées dans les collections municipales après leur présentation par les artistes à la commission chargée d’attribuer les commandes. Longtemps gardées au dépôt d’Ivry, maintenant dans les réserves du Petit Palais, qui ne les a jamais montrées au public, elles relatent plus d’un siècle de peinture monumentale française. Les responsables du musée Carnavalet ont choisi de développer cette section grâce aux fonds de l’Association des Amis dont il faut souligner le rôle très actif. En effet, de telles esquisses passent régulièrement sur le marché, pour quelques milliers d’euros seulement, ce qui oblige les conservateurs à agir quasiment comme des « chineurs », à fréquenter régulièrement les marchés aux Puces, les marchands et les ventes à Drouot4.

Alexandre-Denis Abel de Pujol - Dieu le Père, le Christ et la Vierge - Paris, Musée Carnavalet - Photo D. Rykner                           Henri Gervex - La France accueillant l'Abondance - gouache et aquarelle sur papier, contrecollée sur carton - 44,3 x 47,5 cm - Monogrammé en bas à gauche - Paris, Musée Carnavalet - © D.R.

7. Alexandre-Denis Abel de Pujol
Dieu le père, le Christ et la Vierge, 1838

Paris, Musée Carnavalet

8. Henri Gervex
La France accueillant l'Abondance, 1907

Paris, Musée Carnavalet

   Ce travail exemplaire a permis d’acquérir l’esquisse du Baptême du Christ de Hippolyte Flandrin pour Saint-Germain-de-Prés (voir Brève du 8/8/03), Dieu le Père, le Christ et la Vierge pour l’abside de Saint-Denis-du-Saint-Sacrement d’Abel de Pujol (ill. 7), l’étude d’Isidore Pils pour l’escalier de l'Opéra Garnier ou celle de Gervex (ill. 8) pour un plafond de l’Elysée (que l’on renonça à mettre en place). Des héritiers d’artistes ont offert des fonds importants : le fils de Lucien Jonas, déjà auteur d’une importante donation exposée en 20035 a renouvelé son geste avec un ensemble comparable dont de nombreuses études préparatoires pour l’église espagnole de la Rue de la Pompe (décor toujours en place) ; des ébauches de Carlos Sarabezolles pour le groupe du Palais de Chaillot, ont été donnés par sa fille, le musée ayant également acheté plusieurs sculptures ; les héritiers de Gaspard Gsell, important maître verrier du XIXe siècle ont donné plusieurs centaines de dessins, projets pour des vitraux d’édifices parisiens. Des feuilles de Frère André (Apothéose de Saint Vincent de Paul), de Dumont le Romain (Vocation de saint Pierre et de saint André ; ill. 9) François de Troy (Portrait de Jérôme Bignon, prévost des marchands6) étude pour l’ex-voto de Sainte-Geneviève) un ensemble de projets dessinés de Denuelle pour l’Hôtel d’Henri Lehmann sont également exposés.  

Jacques Dumont le Romain - La Vocation de saint Pierre et de saint André - Sanguine et rehauts de craie blanche - 34 x 23,8 cm - Paris, Musée Carnavalet - © D.R.

9. Jacques Dumont le Romain
La Vocation de saint Pierre et de saint André
Paris, Musée Carnavalet

   Cette exposition qui ne bénéficie malheureusement pas de publicité ni de la publication d’un catalogue7, est en tout point passionnante et exemplaire. Elle s’apparente à une très belle collection d’amateur qui permet de découvrir de nombreux artistes que même les plus blasés ignorent (Paul-Émile Becat, …). Peut-être aurait-il été intéressant de montrer aussi les acquisitions onéreuses pour avoir une vue d’ensemble des enrichissements. Ces œuvres données trouvent parfaitement leurs places dans les ensembles déjà constitués et ont toute leur légitimé à écrire un chapitre de l’histoire de Paris, et elles permettent de compléter de manière fort instructive avec des artistes ou des sujets absent des collections nationales du Louvre (Jean-Baptiste Corneille, Claude Simpol), d’Orsay (les peintres de la belle époque ou des années folles comme Jean Beraud), ou de Beaubourg (les illustrateurs et les créateurs en marge de l’avant-garde comme Auguste Leroux - Le Pont Alexandre III).

 Michel de Piles et Didier Rykner
(mis en ligne le 1er juillet 2004)

1. Acquis en 2001 avec la participation de l’Association des Amis du Musée et de la baronne Elie de Rothschild.
2. Legs Miss Alice Tully, surtout connue pour sa générosité envers le Metropolitan Opera à New York et le Musée d’Israël de Jérusalem. Cette œuvre avait été exposée en 1961, au Musée Carnavalet et avait été promise à cette occasion.
3. Reproduit dans l'article sur l'exposition Apothéose du geste aux musées de Tours et de Strasboug.
4. Les amateurs retrouveront des œuvres provenant, par exemple de la vente Ciechanowiecki (Eugène Devéria - ill. 10, Jollain, Doyen - ill. 11, Galloche - illustré dans l'article cité note 3)

Eugène Devéria - Apothéose de sainte Geneviève - Huile sur toile - 73,7 x 43,5 cm - Paris, Musée Carnavalet - © D.R.

                                    Gabriel-François Doyen - Allégorie funéraire à Loustalot - Huile sur toile - 58,5 x 43 cm - Paris, Musée Carnavalet - © D.R.

10. Eugène Devéria
Apothéose de sainte Geneviève
Paris, Musée Carnavalet

11. Gabriel-François Doyen
Allégorie funéraire à Loustalot
Paris, Musée Carnavalet

5. Voir l'article consacré à l'exposition de cette première donation Jonas au Musée Carnavalet.
6.
Etude pour l'ex-voto de Sainte-Geneviève (Paris, église Saint-Etienne-du-Mont).
7.
Ce qui est fort dommage, la plupart des œuvres étant des découvertes inédites.

Paris, Musée Carnavalet. Exposition terminée depuis le 5 septembre 2004.

Commissariat : Christophe Leribault

Lien vers le site du Musée Carnavalet.

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